"La Cour présente les preuves sans s'attarder sur leur force ou faiblesse. La Cour lève l'audience. Il faut se reposer. Nous sommes épuisés."

Vendredi 16 mars, Cour d'appel de Casablanca. Au procès du Hirak, un nouveau visage: Mohamed El Haini, magistrat naguère, se présente aujourd'hui dans sa robe noire à col blanc, épitoge et manches bordées d'hermine. Fraichement inscrit au barreau, c'est son premier dossier en tant qu'avocat. Et Hamid El Mahdaoui sera son premier client. El Haini plaidera devant ceux qu'il considérait, deux ans plus tôt, comme ses confrères.

Dans la salle 7 - la plus grande de la Cour, les bancs ne sont pas vides, mais presque. L'essoufflement ou le désintérêt expliquent  la présence de plus en plus timorée du public. On ne s'en plaindra pas. La veille, dans la même salle, la police a exclu du monde pour laisser place à la pléthore d'avocats venus assister au procès Bouachrine.

La Cour n'a pas bouclé l'interrogatoire, démarré fin janvier. Des 54 accusés, une quarantaine ont eu l'occasion de s'exprimer devant le président Ali Torchi. Mohamed Haki et Achraf Yakhloufi passaient ce vendredi à la barre. Dans l'organigramme du Hirak, les deux sont considérés comme des membres influents. Ce qui leur vaut les accusations les plus graves, dont l'atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat.

Crâne chauve et barbe négligée, Haki avait comparu mardi. Il revient de nouveau devant ses juges. C'est que le président avait beaucoup de questions pour celui que l'enquête identifie comme "l'encadrant" de Nasser Zefzafi, notamment sur un post Facebook publié par l'intéressé en 2011.

On y voit le portrait de Mohand Ben Abdelkrim El Khattabi sur fond de drapeau rifain, ainsi qu'une légende en anglais: "The 90Th anniversary of Republic Of Rif", le 90e anniversaire de la république du Rif.

Drapeau rifain, drapeau marocain 

Dans ce procès où on prête à certains accusés des velléités séparatistes, l'omniprésence du drapeau rifain lors des manifestations, conjuguée à l'absence de l'emblème national, semble avoir été utilisée comme preuve à charge.  

L'étendard au fond rouge, avec au milieu un croissant vert et une étoile verte à six branches, remonte à la République du Rif, Etat proclamé par Abdelkrim El Khattabi entre 1921 et 1926. C'est en tout cas comme tel qu'il est perçu dans l'imaginaire collectif. Car pour les accusés, il s'agit plutôt "d'un symbole culturel et historique, celui de la résistance contre les colonialismes français et espagnol".

Mohamed Haki au président: "C'est le drapeau de la victoire, pas du séparatisme. Cela doit être enseigné à l'école, dans les livres d'histoire". L'accusé demande de convoquer "le directeur de la bibliothèque nationale" qui, selon lui, détient des archives confirmant son propos. Une requête confirmée par son avocat Me Abderrahim Jamai, mais sur laquelle le parquet a émis une objection: "Cette demande a déjà été formulée par la défense. Nous n'y trouvons aucun intérêt. Ce n'est pas l'histoire que nous sommes en train de juger."

Des drapeaux rifains partout et des drapeaux marocains nulle part: Quand Achraf Yakhloufi sort du box, il est lui aussi mitraillé de questions en ce sens. "Le responsable du comité financier", comme le désigne la BNPJ, avait indiqué aux enquêteurs s'être entretenu avec Karim El Moussaoui, marocain résident en Espagne, qui lui a affirmé vouloir faire rentrer quotidiennement et clandestinement 20 étendards au Maroc.

"Quand vous brandissiez les drapeaux du Rif, interdisiez vous que les drapeaux marocains soient levés?", interroge Ali Torchi. D'abord, "il ne s'agit pas du drapeau du Rif. C'est celui de tous les Marocains et il symbolise la résistance", répond l'accusé. Ensuite, "nous n'avons jamais interdit le drapeau national. Il a été brandi notamment lors de la marche "Nous ne sommes pas séparatistes", poursuit-il.

Le juge persiste: "les personnes qui arboraient le drapeau national étaient-elles taguées de "traîtres" et de "Ayacha"? Au chevet de l'accusé, Me Mohamed Mesaoudi ne laisse pas ce dernier répondre et glisse une contre-question: "L'absence du drapeau marocain est-elle un élément constitutif de l'infraction reprochée à l'accusé?"

Son confrère Me Mousaoui intervient à son tour, considérant que "la loi sur les libertés publiques n'impose pas la présence des drapeaux marocains lors des manifestations". Le juge rétorque qu'il ne fait que présenter "les preuves contenues dans le dossier".

Me Naima Guellaf croit tenir une perche. Elle demande au greffier de noter que "pour justifier les accusations pourtant lourdes" à l'encontre de Yakhloufi, "la Cour utilise la présence du drapeau rifain, dont nous sommes fiers, comme preuve forte".

Le président réplique net: "La Cour présente les preuves sans s'attarder sur leur force ou faiblesse. La Cour lève l'audience. Il faut se reposer. Nous sommes épuisés."

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Vendredi 16 mars, Cour d'appel de Casablanca. Au procès du Hirak, un nouveau visage: Mohamed El Haini, magistrat naguère, se présente aujourd'hui dans sa robe noire à col blanc, épitoge et manches bordées d'hermine. Fraichement inscrit au barreau, c'est son premier dossier en tant qu'avocat. Et Hamid El Mahdaoui sera son premier client. El Haini plaidera devant ceux qu'il considérait, deux ans plus tôt, comme ses confrères.

Dans la salle 7 - la plus grande de la Cour, les bancs ne sont pas vides, mais presque. L'essoufflement ou le désintérêt expliquent  la présence de plus en plus timorée du public. On ne s'en plaindra pas. La veille, dans la même salle, la police a exclu du monde pour laisser place à la pléthore d'avocats venus assister au procès Bouachrine.

La Cour n'a pas bouclé l'interrogatoire, démarré fin janvier. Des 54 accusés, une quarantaine ont eu l'occasion de s'exprimer devant le président Ali Torchi. Mohamed Haki et Achraf Yakhloufi passaient ce vendredi à la barre. Dans l'organigramme du Hirak, les deux sont considérés comme des membres influents. Ce qui leur vaut les accusations les plus graves, dont l'atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat.

Crâne chauve et barbe négligée, Haki avait comparu mardi. Il revient de nouveau devant ses juges. C'est que le président avait beaucoup de questions pour celui que l'enquête identifie comme "l'encadrant" de Nasser Zefzafi, notamment sur un post Facebook publié par l'intéressé en 2011.

On y voit le portrait de Mohand Ben Abdelkrim El Khattabi sur fond de drapeau rifain, ainsi qu'une légende en anglais: "The 90Th anniversary of Republic Of Rif", le 90e anniversaire de la république du Rif.

Drapeau rifain, drapeau marocain 

Dans ce procès où on prête à certains accusés des velléités séparatistes, l'omniprésence du drapeau rifain lors des manifestations, conjuguée à l'absence de l'emblème national, semble avoir été utilisée comme preuve à charge.  

L'étendard au fond rouge, avec au milieu un croissant vert et une étoile verte à six branches, remonte à la République du Rif, Etat proclamé par Abdelkrim El Khattabi entre 1921 et 1926. C'est en tout cas comme tel qu'il est perçu dans l'imaginaire collectif. Car pour les accusés, il s'agit plutôt "d'un symbole culturel et historique, celui de la résistance contre les colonialismes français et espagnol".

Mohamed Haki au président: "C'est le drapeau de la victoire, pas du séparatisme. Cela doit être enseigné à l'école, dans les livres d'histoire". L'accusé demande de convoquer "le directeur de la bibliothèque nationale" qui, selon lui, détient des archives confirmant son propos. Une requête confirmée par son avocat Me Abderrahim Jamai, mais sur laquelle le parquet a émis une objection: "Cette demande a déjà été formulée par la défense. Nous n'y trouvons aucun intérêt. Ce n'est pas l'histoire que nous sommes en train de juger."

Des drapeaux rifains partout et des drapeaux marocains nulle part: Quand Achraf Yakhloufi sort du box, il est lui aussi mitraillé de questions en ce sens. "Le responsable du comité financier", comme le désigne la BNPJ, avait indiqué aux enquêteurs s'être entretenu avec Karim El Moussaoui, marocain résident en Espagne, qui lui a affirmé vouloir faire rentrer quotidiennement et clandestinement 20 étendards au Maroc.

"Quand vous brandissiez les drapeaux du Rif, interdisiez vous que les drapeaux marocains soient levés?", interroge Ali Torchi. D'abord, "il ne s'agit pas du drapeau du Rif. C'est celui de tous les Marocains et il symbolise la résistance", répond l'accusé. Ensuite, "nous n'avons jamais interdit le drapeau national. Il a été brandi notamment lors de la marche "Nous ne sommes pas séparatistes", poursuit-il.

Le juge persiste: "les personnes qui arboraient le drapeau national étaient-elles taguées de "traîtres" et de "Ayacha"? Au chevet de l'accusé, Me Mohamed Mesaoudi ne laisse pas ce dernier répondre et glisse une contre-question: "L'absence du drapeau marocain est-elle un élément constitutif de l'infraction reprochée à l'accusé?"

Son confrère Me Mousaoui intervient à son tour, considérant que "la loi sur les libertés publiques n'impose pas la présence des drapeaux marocains lors des manifestations". Le juge rétorque qu'il ne fait que présenter "les preuves contenues dans le dossier".

Me Naima Guellaf croit tenir une perche. Elle demande au greffier de noter que "pour justifier les accusations pourtant lourdes" à l'encontre de Yakhloufi, "la Cour utilise la présence du drapeau rifain, dont nous sommes fiers, comme preuve forte".

Le président réplique net: "La Cour présente les preuves sans s'attarder sur leur force ou faiblesse. La Cour lève l'audience. Il faut se reposer. Nous sommes épuisés."

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