L'affaire a été déterrée trois fois en un quart de siècle. Les proches d'Ait Ljid réclament la condamnation de Hamidine pour homicide volontaire. Appuyé par son parti le PJD, ce dernier crie à la machination.

Mardi 27 mars, n Abdelali Hamidine comparaitra devant le juge d'instruction (Chambre criminelle près la Cour d'appel de Fès), dans le cadre de l'affaire du meurtre de Mohamed Ait Ljid Benaissa. Le secrétaire régional du PJD (Rabat-Salé-Kénitra) fait l'objet d'une plainte déposée par les proches du défunt, tué en 1993 en pleine guerre des factions entre étudiants gauchistes et islamistes à Fès.

Un quart de siècle après les faits, le dossier refait surface, avec Hamidine au centre de l'image. Récit.

>Les faits [source: documents judiciaires publics]

Ils remontent au 25 février 1993. A Fès, aux alentours de 15 heures, l'université Sidi Mohamed Ben Abdallah est secouée par de violents affrontements entre deux groupes d'étudiants. Gauchistes, d'une part, et islamistes, d'autre part, s'échangent des coups moyennant pierres, bâtons et armes blanches.

Les affrontements, qui débutent dans l'enceinte de l'université, se muent en course-poursuite dans les rues de la capitale spirituelle. Pour tenter de fuir, Ait Ljid et un "camarade" prennent un taxi en direction de Hay Lirak. Seulement, dans le quartier industriel Sidi Brahim, à proximité de l'usine de Coca-Cola, le véhicule est intercepté puis encerclé par une vingtaine d'individus. L'enquête les identifie comme appartenant à la faction islamiste.

Le groupe d'individus prend d'assaut le taxi, casse une vitre et évacue les deux étudiants. Ces derniers seront lynchés, dont l'un à mort: Ait Ljid est déjà à terre lorsqu'il reçoit, en pleine tête, une bordure de trottoir en béton.

Quand elle se déplace sur les lieux du crime, la police y retrouve quatre personnes, visiblement blessées et à même le sol: Ait Ljid, El Haddioui El Khammar, Rammach Omar et Abdelali Hamidine. Le premier est conduit à l'hôpital préfectoral Ghassani, puis à la morgue. Le deuxième est transféré au même établissement d'où il s'échappe avant son arrestation 6 mois plus tard. Les deux derniers sont également transportés à Ghassani, où ils seront arrêtés.

>Des condamnations

Le 4 mai 1994, la sentence tombe. Les trois prévenus, dont Abdelali Hamidine, sont condamnés à 2 ans d'emprisonnement ferme. La Chambre criminelle près la Cour d'appel de Fès a retenu le délit de "participation à une rixe au cours de laquelle sont exercées des violences ayant entraîné la mort".

La condamnation est confirmée en appel. Hamidine purge une partie de la peine à la prison locale de Ain Kadous, une autre à la prison d'Errachidia.

Omar Mohib (Al Adl Wal Ihsane), l'accusé principal, ne sera arrêté que treize ans après les faits. Le 11 septembre 2007, il est condamné à 10 ans de réclusion pour homicide volontaire.

>Une sentence arbitrale

Février 2004, Hamidine saisit l'Instance Equité et Réconciliation. Il y revient sur les événements de 1993 en dénonçant les conditions de son arrestation et sa "détention préventive". Il demande, à ce titre, des dédommagements.

Novembre 2005, l'IER rend une sentence arbitrale favorable. Hamidine touche 82.900 DH au titre de réparation pour "les transgressions qu'il a subies en tant qu'être humain et citoyen" et pour "le mauvais traitement et torture endurés au cours de sa détention."  

Ici, l'IER n'a pas statué sur les faits. Sa sentence concerne la procédure. Elle ne remet pas en cause le fond du dossier. Quoique, dans un Etat de droit, la forme est aussi, voire plus importante que le fond.

>De nouvelles plaintes

On croyait alors le dossier définitivement clos. Il sera pourtant ressuscité en 2012, par le biais d'une nouvelle plainte déposée contre Hamidine. Les proches d'Ait Ljid y réclament une enquête sur ce qu'ils considèrent comme "un assassinat méthodique, planifié, auquel Hamidine a pris part au même titre que le dénommé Omar Mohib", accusé principal.

Ici, on recherche la condamnation de Hamidine pour meurtre.

Saisi de la requête, le procureur général du Roi près la Cour d'appel de Fès ouvre effectivement une enquête. Celle-ci se soldera néanmoins par un classement sans suite. Motifs: la prescription et l'existence d'une décision judiciaire définitive concernant les mêmes faits.

2013, le clan Ait Ljid revient à la charge, cette fois-ci devant le juge d'instruction de la même juridiction. Mais la démarche échoue pour les mêmes raisons que la précédente.

Fin 2017, troisième tentative. Hamidine a comparu le 5 mars devant le juge d'instruction, qui livrera son verdict ce mardi 27 mars 2018.

>"Aucun élément nouveau"

Discret sur les deux premières plaintes, Hamidine n'a pas pu s'empêcher de commenter la dernière. D'abord dans des posts Facebook, puis, surtout, dans une conférence de presse tenue le 2 mars où il a déploré "une campagne médiatique coordonnée, récurrente et de mauvaise foi" tendant à le faire condamner pour "une accusation pénale avec laquelle il n'a aucun rapport". En filigrane, on crie à une "machination" orchestrée par le PAM.

En soutien à leur "frère", les ministres PJD Mustapha Ramid, ministre d'Etat chargé des droits de l'Hommes et Lahcen Douadi, ministre délégué aux affaires générales ont assisté à cet événement. Leur présence a été largement commentée et critiquée.

Dans le même élan de solidarité, Abdelilah Benkirane, ex Chef du gouvernement et ancien SG du parti, promettait un mois plus tôt que "nous ne vous livrerons pas notre frère Hamidine".

Le 5 mars, jour de comparution de Hamidine devant le juge d'instruction, c'était au tour de Saadedine Elotmani, actuel Chef du gouvernement et secrétaire général du PJD, d'affirmer dans un communiqué -signé en sa qualité partisane- son "soutien total" à l'intéressé qui serait victime d'une "dénonciation calomnieuse".

Juridiquement, la défense de Hamidine reproche à la famille du défunt une démarche "sans aucun élément nouveau". On fait ainsi valoir la règle "Non Bis In Idem" selon laquelle "nul ne peut être poursuivi et jugé pénalement en raison des mêmes faits." En réalité, selon la famille et la défense, il y a de nouveaux éléments qui justifient une réouverture du procès.

Mardi, on sera fixés.

Lire aussi: Quels sont les éléments nouveaux invoqués contre Hamidine?

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Mardi 27 mars, n Abdelali Hamidine comparaitra devant le juge d'instruction (Chambre criminelle près la Cour d'appel de Fès), dans le cadre de l'affaire du meurtre de Mohamed Ait Ljid Benaissa. Le secrétaire régional du PJD (Rabat-Salé-Kénitra) fait l'objet d'une plainte déposée par les proches du défunt, tué en 1993 en pleine guerre des factions entre étudiants gauchistes et islamistes à Fès.

Un quart de siècle après les faits, le dossier refait surface, avec Hamidine au centre de l'image. Récit.

>Les faits [source: documents judiciaires publics]

Ils remontent au 25 février 1993. A Fès, aux alentours de 15 heures, l'université Sidi Mohamed Ben Abdallah est secouée par de violents affrontements entre deux groupes d'étudiants. Gauchistes, d'une part, et islamistes, d'autre part, s'échangent des coups moyennant pierres, bâtons et armes blanches.

Les affrontements, qui débutent dans l'enceinte de l'université, se muent en course-poursuite dans les rues de la capitale spirituelle. Pour tenter de fuir, Ait Ljid et un "camarade" prennent un taxi en direction de Hay Lirak. Seulement, dans le quartier industriel Sidi Brahim, à proximité de l'usine de Coca-Cola, le véhicule est intercepté puis encerclé par une vingtaine d'individus. L'enquête les identifie comme appartenant à la faction islamiste.

Le groupe d'individus prend d'assaut le taxi, casse une vitre et évacue les deux étudiants. Ces derniers seront lynchés, dont l'un à mort: Ait Ljid est déjà à terre lorsqu'il reçoit, en pleine tête, une bordure de trottoir en béton.

Quand elle se déplace sur les lieux du crime, la police y retrouve quatre personnes, visiblement blessées et à même le sol: Ait Ljid, El Haddioui El Khammar, Rammach Omar et Abdelali Hamidine. Le premier est conduit à l'hôpital préfectoral Ghassani, puis à la morgue. Le deuxième est transféré au même établissement d'où il s'échappe avant son arrestation 6 mois plus tard. Les deux derniers sont également transportés à Ghassani, où ils seront arrêtés.

>Des condamnations

Le 4 mai 1994, la sentence tombe. Les trois prévenus, dont Abdelali Hamidine, sont condamnés à 2 ans d'emprisonnement ferme. La Chambre criminelle près la Cour d'appel de Fès a retenu le délit de "participation à une rixe au cours de laquelle sont exercées des violences ayant entraîné la mort".

La condamnation est confirmée en appel. Hamidine purge une partie de la peine à la prison locale de Ain Kadous, une autre à la prison d'Errachidia.

Omar Mohib (Al Adl Wal Ihsane), l'accusé principal, ne sera arrêté que treize ans après les faits. Le 11 septembre 2007, il est condamné à 10 ans de réclusion pour homicide volontaire.

>Une sentence arbitrale

Février 2004, Hamidine saisit l'Instance Equité et Réconciliation. Il y revient sur les événements de 1993 en dénonçant les conditions de son arrestation et sa "détention préventive". Il demande, à ce titre, des dédommagements.

Novembre 2005, l'IER rend une sentence arbitrale favorable. Hamidine touche 82.900 DH au titre de réparation pour "les transgressions qu'il a subies en tant qu'être humain et citoyen" et pour "le mauvais traitement et torture endurés au cours de sa détention."  

Ici, l'IER n'a pas statué sur les faits. Sa sentence concerne la procédure. Elle ne remet pas en cause le fond du dossier. Quoique, dans un Etat de droit, la forme est aussi, voire plus importante que le fond.

>De nouvelles plaintes

On croyait alors le dossier définitivement clos. Il sera pourtant ressuscité en 2012, par le biais d'une nouvelle plainte déposée contre Hamidine. Les proches d'Ait Ljid y réclament une enquête sur ce qu'ils considèrent comme "un assassinat méthodique, planifié, auquel Hamidine a pris part au même titre que le dénommé Omar Mohib", accusé principal.

Ici, on recherche la condamnation de Hamidine pour meurtre.

Saisi de la requête, le procureur général du Roi près la Cour d'appel de Fès ouvre effectivement une enquête. Celle-ci se soldera néanmoins par un classement sans suite. Motifs: la prescription et l'existence d'une décision judiciaire définitive concernant les mêmes faits.

2013, le clan Ait Ljid revient à la charge, cette fois-ci devant le juge d'instruction de la même juridiction. Mais la démarche échoue pour les mêmes raisons que la précédente.

Fin 2017, troisième tentative. Hamidine a comparu le 5 mars devant le juge d'instruction, qui livrera son verdict ce mardi 27 mars 2018.

>"Aucun élément nouveau"

Discret sur les deux premières plaintes, Hamidine n'a pas pu s'empêcher de commenter la dernière. D'abord dans des posts Facebook, puis, surtout, dans une conférence de presse tenue le 2 mars où il a déploré "une campagne médiatique coordonnée, récurrente et de mauvaise foi" tendant à le faire condamner pour "une accusation pénale avec laquelle il n'a aucun rapport". En filigrane, on crie à une "machination" orchestrée par le PAM.

En soutien à leur "frère", les ministres PJD Mustapha Ramid, ministre d'Etat chargé des droits de l'Hommes et Lahcen Douadi, ministre délégué aux affaires générales ont assisté à cet événement. Leur présence a été largement commentée et critiquée.

Dans le même élan de solidarité, Abdelilah Benkirane, ex Chef du gouvernement et ancien SG du parti, promettait un mois plus tôt que "nous ne vous livrerons pas notre frère Hamidine".

Le 5 mars, jour de comparution de Hamidine devant le juge d'instruction, c'était au tour de Saadedine Elotmani, actuel Chef du gouvernement et secrétaire général du PJD, d'affirmer dans un communiqué -signé en sa qualité partisane- son "soutien total" à l'intéressé qui serait victime d'une "dénonciation calomnieuse".

Juridiquement, la défense de Hamidine reproche à la famille du défunt une démarche "sans aucun élément nouveau". On fait ainsi valoir la règle "Non Bis In Idem" selon laquelle "nul ne peut être poursuivi et jugé pénalement en raison des mêmes faits." En réalité, selon la famille et la défense, il y a de nouveaux éléments qui justifient une réouverture du procès.

Mardi, on sera fixés.

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