REVELATIONS. Voici un second récit de l’affaire Khadija, plus complet que celui que nous avons publié auparavant. Il a été reconstitué sur la base de déclarations orales de la part de sources fiables dont un avocat de la partie civile. Attention, dans un dossier criminel, il y a plusieurs étapes: l’enquête préliminaire (déjà bouclée), l’instruction judiciaire (entamée le 6 septembre), ensuite les débats publics si le juge d’instruction décide d'inculper les prévenus. Quelle que soit votre opinion à l’issue de ce que vous allez lire, la vérité finale sera celle des juges.

Toutes les données disponibles à ce jour, faits, témoignages, déclarations, confrontations, vont dans le même sens: l’affaire Khadija est un drame innommable, une histoire effrayante, inhumaine, où Khadija est une victime.

Enlevée sous la menace, elle a été séquestrée par des malfrats. Elle a été transportée d’une cachette à l’autre, violée des dizaines ou des centaines de fois, a failli être brûlée vive -dénudée et attachée à un poteau, a été torturée, brûlée à coup de mégots de cigarettes, frappée, déflorée, louée à 50 ou 100 DH par nuit, voire pour un joint, forcée de consommer des drogues et de l’alcool,… elle a (sur)vécu dans un tunnel, un cauchemar dont peu seraient sortis indemnes.

Telle est l’impression générale qui se dégage de l’analyse des seuls faits disponibles jusqu’à présent. Et qui devront être confirmés, précisés, nuancés, ou infirmés par l’instruction puis par l’éventuel débat public.

Les prévenus sont au nombre de 12. Entre 2 et 7 autres, selon les sources, sont en fuite et ont fait l’objet de mandats de recherche.

Le récit

Vendredi 17 août, 9H du matin. A Oulad Ayad, une femme accompagne sa fille, une adolescente à l’allure frêle, au poste de la gendarmerie. La première est là pour dénoncer "le viol", "l’enlèvement" et d’autres sévices selon elle subis par sa fille de 17 ans, réapparue deux jours plus tôt après deux mois de disparition. La plainte qu’elle dépose vise plusieurs mis en cause.

Le premier constat effectué par les gendarmes est visuel: "la fille, mineure, semble dans un état grave et présente les traces de tortures mentale et physique que lui ont fait subir ses violeurs". La victime porte des "cicatrices, des brûlures et tatouages récents au niveau de ses mains et jambes“. Le corps de Khadija, c’est le nom de la victime, est une photographie de ce qui ressemble à une descente aux enfers.

Le récit de l’affaire, lui, renvoie immanquablement à l’image d’un objet que des individus se disputent, sinon s’échangent pour quelques sous, pour un morceau de cannabis ou quelques pilules psychotropes.

L’affaire commence le 16 juin 2018. Leur déclencheur, devenu suspect principal, est un certain R.B, 28 ans. Lui et la victime se connaissent bien. Ils habitent le même quartier à Oulad Ayad (province Fkih Ben Salah). Plusieurs témoignages affirment que les deux se connaissaient personnellement et pas seulement de loin.

Ce jour-là, Khadija a dit à ses parents qu’elle allait rendre visite à son oncle.

Il est environ 14h lorsque, dans une petite ruelle, R.B. surprend Khadija et la contraint, armé d’un couteau, à le suivre à son domicile familial. Elle y sera séquestrée dans une chambre située sur le toit du bâtiment. Et y subira des viols à répétition, dont certains provoqueront des saignements, selon la version de la victime, qui déclare aussi avoir été “déflorée“, mais aussi “violentée“, droguée“ et “privée de nourriture“.

“Il prenait plaisir à me torturer en éteignant des cigarettes sur différentes parties de mon corps“, déclare-t-elle en déposant plainte.

Une semaine plus tard – et plusieurs tentatives de fuite restées vaines, R.B. transportera la victime chez un ami surnommé “Zreiga“. Là aussi, et pendant dix jours, le quotidien de Khadija sera fait de viols et de brûlures de cigarettes. Un séjour au cours duquel une dizaine de visiteurs viendront régulièrement violer une personne constamment sous l’effet de la drogue.  

Le corps de Khadija sera loué pour 50 à 100 DH la nuit, ou contre du cannabis. Avec un R.B. qui agit souvent en propriétaire-bailleur. Entre lui et la victime, s’installe une relation assimilable à la traite. C’est, d’ailleurs, l’un des griefs que tente d’élucider l’instruction judiciaire aujourd’hui en cours.  

Les tatouages

Dans un logis, au détour d’une colline, dans une grotte ou dans un cimetière… les lieux du crime seront divers. Devant les gendarmes, Khadija identifiera chacun d’eux, et se rappellera de chacun de ses bourreaux. Pas moyen d’oublier S.E., auquel elle impute les “tatouages sur la main droite et sur deux jambes“. Des tatouages dont les images contribuent à la médiatisation internationale de cette affaire. Leur auteur, un dealer de drogue notoire, fait partie des suspects faisant l’objet d’un avis de recherche.

Difficile, aussi, d’oublier le jour où elle sera dénudée et attachée à une colonne de béton, puis aspergée d’eau de vie et menacée d’être brûlée vive. Une entreprise à laquelle n’ont renoncé ses protagonistes que contre l’engagement, pris par la victime, de ne pas porter plainte une fois “libérée“.

C’est également contre la garantie de ne pas alerter les autorités que, ce 15 août 2018, R.B. décidera de rendre Khadija à sa famille. Toujours selon la victime, la mère avait quelques jours plutôt identifié le kidnappeur avec lequel elle a négocié la libération de sa fille contre la promesse de ne pas le dénoncer.  

Concernant les tatouages, l'audience d'instruction le 6 septembre a apporté un témoignage important, apprend-on auprès d'un avocat. L'un des prévenus a affirmé qu'au début de la séquestration, à la veille de l'aïd, le corps de Khadija ne portait pas de traces de tatouages. 

Elément supplémentaire: un chirurgien esthétique de Casablanca, connu et crédible, a annoncé à la victime et à la défense que les tatouages étaient tous récents, que la plupart n'étaient pas cicatrisés et ce, sur la base d'un examen clinique. Des prélèvements pour biopsie ont été effectués au CHU Ibn Rochd, les résultats ne sont pas encore disponibles. Le praticien de Casablanca a délivré une attestation médicale en ce sens et il estime que ces tatouages pourront disparaître moyennant quelques séances.

Arrestations, aveux ...

La plainte fut donc déposée le 17 aout 2018 par Khadija. Avec les résultats que tout le monde connaît: 12 arrestations sur deux vagues: la première (9 suspects) survient le 17 août, soit le jour de la plainte, la deuxième a lieu le 24 du même mois (3 suspects). D’autres individus sont encore en fuite. Dans sa déposition, la victime a identifié ses agresseurs un à un, en livrant les prénoms, noms et surnoms.

Le suspect principal avouera “l’enlèvement“, “la séquestration“ et les viols à répétitions, tout en concédant avoir “passé“ la victime à tel ou tel. Il niera cependant la “défloration“ qu’il impute à Is. R., lui aussi recherché.

Quid des autres suspects? Ils ont entre 18 et 28 ans, la plupart sans emploi. Comme R.B., ils ont pratiquement tous des antécédents judiciaires. Tous ou presque avoueront des “rapports sexuels violents et sans le consentement de la victime“. Beaucoup se dénonceront entre eux. Une majorité reprochera à S.E. les tatouages sur le corps de Khadija, confirmant les déclarations de celle-ci. Certains concéderont des tentatives de viol, d’autres nieront avoir torturé la victime. L’un des mis en cause, M.B., sera le seul à manifester des remords.

Selon un avocat de la partie civile, la plupart des prévenus ne nient pas les faits qui leur sont reprochés et ne se rétractent pas après leurs premiers aveux. "C'est comme si le consentement de la victime n'était pas nécessaire pour avoir des rapports sexuels avec elle. Ils ne semblent aps avoir conscience de la gravité de leurs actes". Comme s'ils avaient déshumanisé leur victime...

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Toutes les données disponibles à ce jour, faits, témoignages, déclarations, confrontations, vont dans le même sens: l’affaire Khadija est un drame innommable, une histoire effrayante, inhumaine, où Khadija est une victime.

Enlevée sous la menace, elle a été séquestrée par des malfrats. Elle a été transportée d’une cachette à l’autre, violée des dizaines ou des centaines de fois, a failli être brûlée vive -dénudée et attachée à un poteau, a été torturée, brûlée à coup de mégots de cigarettes, frappée, déflorée, louée à 50 ou 100 DH par nuit, voire pour un joint, forcée de consommer des drogues et de l’alcool,… elle a (sur)vécu dans un tunnel, un cauchemar dont peu seraient sortis indemnes.

Telle est l’impression générale qui se dégage de l’analyse des seuls faits disponibles jusqu’à présent. Et qui devront être confirmés, précisés, nuancés, ou infirmés par l’instruction puis par l’éventuel débat public.

Les prévenus sont au nombre de 12. Entre 2 et 7 autres, selon les sources, sont en fuite et ont fait l’objet de mandats de recherche.

Le récit

Vendredi 17 août, 9H du matin. A Oulad Ayad, une femme accompagne sa fille, une adolescente à l’allure frêle, au poste de la gendarmerie. La première est là pour dénoncer "le viol", "l’enlèvement" et d’autres sévices selon elle subis par sa fille de 17 ans, réapparue deux jours plus tôt après deux mois de disparition. La plainte qu’elle dépose vise plusieurs mis en cause.

Le premier constat effectué par les gendarmes est visuel: "la fille, mineure, semble dans un état grave et présente les traces de tortures mentale et physique que lui ont fait subir ses violeurs". La victime porte des "cicatrices, des brûlures et tatouages récents au niveau de ses mains et jambes“. Le corps de Khadija, c’est le nom de la victime, est une photographie de ce qui ressemble à une descente aux enfers.

Le récit de l’affaire, lui, renvoie immanquablement à l’image d’un objet que des individus se disputent, sinon s’échangent pour quelques sous, pour un morceau de cannabis ou quelques pilules psychotropes.

L’affaire commence le 16 juin 2018. Leur déclencheur, devenu suspect principal, est un certain R.B, 28 ans. Lui et la victime se connaissent bien. Ils habitent le même quartier à Oulad Ayad (province Fkih Ben Salah). Plusieurs témoignages affirment que les deux se connaissaient personnellement et pas seulement de loin.

Ce jour-là, Khadija a dit à ses parents qu’elle allait rendre visite à son oncle.

Il est environ 14h lorsque, dans une petite ruelle, R.B. surprend Khadija et la contraint, armé d’un couteau, à le suivre à son domicile familial. Elle y sera séquestrée dans une chambre située sur le toit du bâtiment. Et y subira des viols à répétition, dont certains provoqueront des saignements, selon la version de la victime, qui déclare aussi avoir été “déflorée“, mais aussi “violentée“, droguée“ et “privée de nourriture“.

“Il prenait plaisir à me torturer en éteignant des cigarettes sur différentes parties de mon corps“, déclare-t-elle en déposant plainte.

Une semaine plus tard – et plusieurs tentatives de fuite restées vaines, R.B. transportera la victime chez un ami surnommé “Zreiga“. Là aussi, et pendant dix jours, le quotidien de Khadija sera fait de viols et de brûlures de cigarettes. Un séjour au cours duquel une dizaine de visiteurs viendront régulièrement violer une personne constamment sous l’effet de la drogue.  

Le corps de Khadija sera loué pour 50 à 100 DH la nuit, ou contre du cannabis. Avec un R.B. qui agit souvent en propriétaire-bailleur. Entre lui et la victime, s’installe une relation assimilable à la traite. C’est, d’ailleurs, l’un des griefs que tente d’élucider l’instruction judiciaire aujourd’hui en cours.  

Les tatouages

Dans un logis, au détour d’une colline, dans une grotte ou dans un cimetière… les lieux du crime seront divers. Devant les gendarmes, Khadija identifiera chacun d’eux, et se rappellera de chacun de ses bourreaux. Pas moyen d’oublier S.E., auquel elle impute les “tatouages sur la main droite et sur deux jambes“. Des tatouages dont les images contribuent à la médiatisation internationale de cette affaire. Leur auteur, un dealer de drogue notoire, fait partie des suspects faisant l’objet d’un avis de recherche.

Difficile, aussi, d’oublier le jour où elle sera dénudée et attachée à une colonne de béton, puis aspergée d’eau de vie et menacée d’être brûlée vive. Une entreprise à laquelle n’ont renoncé ses protagonistes que contre l’engagement, pris par la victime, de ne pas porter plainte une fois “libérée“.

C’est également contre la garantie de ne pas alerter les autorités que, ce 15 août 2018, R.B. décidera de rendre Khadija à sa famille. Toujours selon la victime, la mère avait quelques jours plutôt identifié le kidnappeur avec lequel elle a négocié la libération de sa fille contre la promesse de ne pas le dénoncer.  

Concernant les tatouages, l'audience d'instruction le 6 septembre a apporté un témoignage important, apprend-on auprès d'un avocat. L'un des prévenus a affirmé qu'au début de la séquestration, à la veille de l'aïd, le corps de Khadija ne portait pas de traces de tatouages. 

Elément supplémentaire: un chirurgien esthétique de Casablanca, connu et crédible, a annoncé à la victime et à la défense que les tatouages étaient tous récents, que la plupart n'étaient pas cicatrisés et ce, sur la base d'un examen clinique. Des prélèvements pour biopsie ont été effectués au CHU Ibn Rochd, les résultats ne sont pas encore disponibles. Le praticien de Casablanca a délivré une attestation médicale en ce sens et il estime que ces tatouages pourront disparaître moyennant quelques séances.

Arrestations, aveux ...

La plainte fut donc déposée le 17 aout 2018 par Khadija. Avec les résultats que tout le monde connaît: 12 arrestations sur deux vagues: la première (9 suspects) survient le 17 août, soit le jour de la plainte, la deuxième a lieu le 24 du même mois (3 suspects). D’autres individus sont encore en fuite. Dans sa déposition, la victime a identifié ses agresseurs un à un, en livrant les prénoms, noms et surnoms.

Le suspect principal avouera “l’enlèvement“, “la séquestration“ et les viols à répétitions, tout en concédant avoir “passé“ la victime à tel ou tel. Il niera cependant la “défloration“ qu’il impute à Is. R., lui aussi recherché.

Quid des autres suspects? Ils ont entre 18 et 28 ans, la plupart sans emploi. Comme R.B., ils ont pratiquement tous des antécédents judiciaires. Tous ou presque avoueront des “rapports sexuels violents et sans le consentement de la victime“. Beaucoup se dénonceront entre eux. Une majorité reprochera à S.E. les tatouages sur le corps de Khadija, confirmant les déclarations de celle-ci. Certains concéderont des tentatives de viol, d’autres nieront avoir torturé la victime. L’un des mis en cause, M.B., sera le seul à manifester des remords.

Selon un avocat de la partie civile, la plupart des prévenus ne nient pas les faits qui leur sont reprochés et ne se rétractent pas après leurs premiers aveux. "C'est comme si le consentement de la victime n'était pas nécessaire pour avoir des rapports sexuels avec elle. Ils ne semblent aps avoir conscience de la gravité de leurs actes". Comme s'ils avaient déshumanisé leur victime...

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