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ENTRETIEN. Kamal Mokdad: "Les prochaines ambitions africaines de la BCP" 

Dimanche 26 mars 2017 à 14h26
ENTRETIEN. Kamal Mokdad:
 

EXCLUSIF. La Banque Centrale Populaire est présente dans 12 pays en Afrique principalement francophones et ambitionne d'étendre son implantation dans les régions anglophones du continent.

En marge de la conférence pour la présentation des résultats annuels de la BCP organisé ce jeudi 23 mars, Kamal Mokdad, le nouveau directeur général chargé de l’international répond à nos questions sur les nouvelles ambitions africaines du groupe. 

Médias24: Des groupes marocains s’intéressent maintenant à l’Afrique anglophone. La Banque Centrale Populaire cherche-t-elle à s’implanter dans ces pays?

Kamal Mokdad: Notre objectif n’est pas d’être présent partout en Afrique. Nous voulons avoir une présence dans les pays à fort potentiel de développement. Nous nous imposons bien évidemment une limite par rapport à cette expansion internationale. Le poids de l’international ne devrait pas dépasser le tiers de nos réalisations, dans une parfaite logique de diversification.

Nous ne souhaitons pas que cela réponde à une logique de présence seulement, il faut que ça nous permette d’exporter un modèle, de créer de la valeur et d’accompagner les projets locaux.
Nous sommes présents dans pratiquement tous les pays importants de la CEDEAO (Afrique de l’Ouest) sauf au Ghana et au Nigéria. Les deux pays ont deux modèles différents et nous nous y intéressons de près. L’objectif pour nous, c’est de trouver le bon modèle qui nous permettra de nous développer dans ces deux pays.

La deuxième zone la plus intégrée du continent et à laquelle nous nous intéressons, c’est l’Afrique de l’Est, dans laquelle des pays sont extrêmement dynamiques et très avancés sur le plan technologique. Nous sommes aussi opportunistes sur d’autres régions, comme en Egypte ou encore à Madagascar.

-Êtes-vous actuellement sur des pistes pour de nouvelles acquisitions?

-Nous sommes sur deux pistes, dont la réflexion et le processus ont démarré il y a quelques temps. Il s’agit du Niger et du Gabon. Nous avons des discussions qui sont dans un stade avancé et nous espérons pouvoir faire des annonces dans les prochains mois.

Nous avons aussi des pistes à Madagascar, où nous avons signé des accords importants en marge de la dernière tournée royale. Nous sommes aussi en prospection dans des pays anglophones comme le Rwanda.

-L’orientation générale incline vers des opérations d’acquisitions ou bien des créations de nouvelles banques?

-Nous allons nous orienter beaucoup plus vers des acquisitions ou des partenariats. Je ne pense pas que nous opterons à ce stade pour une création de banque. Nous préférons nous adosser à des partenaires. Nous souhaitons être majoritaires certes, mais avec un opérateur local qui connaît le terrain, les habitudes, les autorités et qui va nous accompagner dans la création de valeur.

-Le continent africain présente tout de même quelques risques qui ont été présentés et énumérés par des instances internationales telles que le FMI, et en parallèle la BCP cherche à s’implanter dans de nouveaux pays. Qu’est-ce qui vous rassure autant?

-Dans tout développement et création de valeur, la dimension de prise de risque est omniprésente. Aujourd’hui, pour un pays comme le Maroc, le choix d’investissement est en toute logique tourné vers le sud et dans l’Afrique subsaharienne. Nous sommes convaincus qu’en Afrique, il y a beaucoup d’opportunités à saisir.

De notre côté, nous essayons d’accompagner les Etats et leur dynamique de croissance. En parallèle, nous sommes bien conscients que le risque politique n’est pas nul. Nous remarquons aussi une dynamique très forte qui s’installe et qui se confirme d’année en année. Ces pays vont certainement réfléchir deux fois avant de s’enliser dans des conflits politiques qui pourraient gâcher ces avancées économiques.

La BCP a aussi une politique de provisionnement prudente. Ceci se traduit à la fois par le renforcement des provisions dans les comptes consolidés du groupe et par la provision pour risque pays que nous avons constituée et qui a dépassé les 400 millions de dirhams à fin 2016. Ceci nous permet d’avoir, en plus du fonds de soutien que le groupe a mis en place depuis des années et de nos fonds propres, un matelas additionnel pour pouvoir faire face à d’éventuels risques.
Nous sommes convaincus que tous les pays africains ne vont pas avoir une crise en même temps et que même s’il y a crise, elle ne peut qu’être passagère.

-Le groupe Banque Populaire vient de finaliser une reconfiguration du capital d'Atlantic Business International (ABI) en partenariat avec le fonds Development Partners International (DPI). Pourriez-vous nous apporter un éclairage sur cette opération?

-Nous avons dans un premier temps intégré la Banque Populaire Maroco-Guinéenne (BPMG) dans ABI pour que ce dernier devienne le véhicule unique de détention des participations africaines du groupe Banque Populaire.

Ensuite nous avons procédé avec à une augmentation de capital. Le fonds DPI a injecté 100 millions de dollars dans le capital et la BCP de son côté a apporté 30 millions de dollars. Nous sommes donc 3 actionnaires dans le tour de table d'ABI, la Banque Centrale Populaire avec une majorité de blocage de 68%, le fonds d’investissement DPI détient 20% du capital et notre partenaire historique l'Ivoirien Atlantic Financial Group (AFG) garde 12%.

Actuellement, Atlantic Business International (ABI) est valorisé à hauteur de 500 millions de dollars, soit deux plus que le ticket qui a été mis pour l’acquisition de ce groupe en 2012.

-Quel a été l’objectif de ce qui a été votre première mission au sein de la BCP?

-L’objectif premier, c’est de renforcer l’assise financière d'ABI et lui permettre de répondre aux exigences de Bâle II et Bâle III qui vont entrer en vigueur début 2018, dans la zone Union économique et monétaire ouest-africaine UEMOA en Afrique de l’Ouest. Cette augmentation de capital est aussi une façon pour donner à notre véhicule de portage des participations, ABI, les moyens de son expansion et de ses ambitions.

Nous allons aussi profiter du réseau de DPI, qui est l’un des plus grand fonds d’investissement intervenant en Afrique. Il a un réseau d’experts un peu partout sur le continent et ça nous facilitera le contact avec d’autres pays notamment anglophones. Ceci nous permettra d’avoir accès à des cibles dans notre démarche de croissance externe.
 

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