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MHE dans le capital de RMA-BMCE, un scénario plausible?

ROUND UP. L’annonce de la cession de Saham finances pour un peu plus d’un milliard de dollars a relancé la bourse aux rumeurs sur les projets du golden boy de la finance marocaine. Où compte-t-il investir ce trésor de guerre? Tous les regards se tournent vers BMCE-RMA. Est-ce un scénario plausible?

MHE dans le capital de RMA-BMCE, un scénario plausible?
Hayat Gharbaoui
Le 9 mars 2018 à 20h36 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Quand Moulay Hafid Elalamy décide de céder tout son pôle assurance qu’il a mis plus de 13 ans à construire, agrandir et valoriser, c’est que l’enjeu de l’après-cession est de taille.

Depuis l’annonce de cette vente dans la journée de jeudi 8 mars, la place casablancaise et le microcosme de Rabat sont en effervescence.

Comment a réagi la Bourse de Casa

“La principale valeur qui a réagi, c’est BMCE à cause des rumeurs qui disent que le fruit de la cession de Saham Finance sera utilisé pour prendre une participation minoritaire ou majoritaire dans le groupe BMCE“, constate un analyste financier auprès d’une importante société de bourse de la place.

A la fin de la journée du 8 mars, BMCE Bank a gagné 6,48% pour 160.530 titres échangés et se situer à un cours de 244,9 DH (243,50 DH vendredi fin de séance). Et notre analyste d’ajouter: “est-ce vrai ou faux, on ne saurait le dire! la seule chose certaine, c’est que le cours de BMCE a beaucoup pris“. La réaction du marché boursier n’est certes pas un indicateur de certitude quant à une telle opération, mais il donne la température.

Les bruits de couloir sur l’éventualité d’une telle transaction sont persistants dans les milieux de la finance mais ils remontent à loin.

Des spéculations qui remontent au moins à 2015

En 2015 déjà, quand entre Othmane Benjelloun et MHE avaient signé un accord de partenariat en marge d’une tournée royale en Afrique subsaharienne. Les spéculations donnaient alors MHE comme étant la future relève de Othmane Benjelloun.

Puis le temps passait sans annonce précise et la pression sur le sujet est tombée d’autant plus que le pragmatisme économique et la réalité des chiffres faisaient douter de cette hypothèse pour la simple raison que Moulay Hafid Elalamy n’avait pas les moyens de s’offrir le groupe BMCE ou sa maison mère l’assureur RMA valorisé à plusieurs dizaines de milliards de DH (les évaluations varient d’un analyste à l’autre).

RMA est détenue à 66% par Financecom, à 22% par le groupe des assurances du Crédit Mutuel et à 12% par divers minoritaires.

RMA détient à son tour 29,83% de BMCE. En tenant compte de cette part, Financecom détient au total 36,31% de BMCE.

Que fera Saham Groupe de cet argent?

Aujourd’hui, la donne change. Saham group encaissera un peu plus d’un milliard de dollars qu’il compte réinvestir en mettant en place un fonds d’investissement panafricain. Un simple calcul montre que ce montant sera amputé des impôts à payer sur la plus-value, le paiement de Wendel (155 millions de dollars). La réintégration de l’agriculture dans le périmètre de Saham S.A. pourrait avoir un coût.

Le groupe envisage d’augmenter la taille du fonds en jouant l’effet de lever et y intégrant de nouveaux partenaires.  Selon une sources sûre, Sanlam restera partenaire de Saham dans le futur fonds.

Le top management de Saham est resté avare en informations quant à la taille cible de ce fonds ni sur les nouveaux secteurs d’investissements, ce qui ajoute au mystère sur les desseins à venir du groupe fondé par Moulay Hafid Elalamy. Il affirme qu’il investira dans le secteur de l’éducation, la santé, l’immobilier, l’agriculture et l’offshoring…

“Nous nous renforcerons dans nos métiers historiques et dans de nouveaux métiers créateurs d’emploi“, jure Moulay Mhammed Elalamy. Le loup de la finance marocaine se délesterait-il de ce qui représente 65% de son chiffre d’affaires et près de 80% de ses bénéfices au profit de ses secteurs qui n’en génèrent pas autant? C’est la réponse évidente à cette question qui fait dire aux acteurs financiers, que l’enjeu est ailleurs.

“BMCE n’est pas la cible, il y a une dimension géopolitique“

Le maintien de Sanlam comme partenaire de Saham dans le futur fonds panafricain n’est pas anodin. Dans le communiqué diffusé jeudi matin aux premières heures, Ian Kirk, chef de la direction de Sanlam Group, a qualifié le Maroc de “grande porte d'entrée africaine et un pays qui jouit d'une stabilité institutionnelle et macro-économique. Nos investissements aux côtés du groupe Saham reflètent un partenariat intra-africain mutuellement bénéfique, et nous espérons pouvoir travailler ensemble sur d'autres projets majeurs à l'avenir."

Le même jour, Jeune Afrique a révélé que “l’actionnaire de Sanlam, Patrice Motsepe n’est autre que le frère de Tshepo Motsepe, l’épouse du président Cyril Ramaphosa“.

Selon nos sources, "l’objectif de l’opération est bien panafricain" et sera clairement annoncé au plus tôt dans un mois après l’obtention de l’agrément au Maroc, au plus tard après le closing en été.

A Saham, le sujet a bien été discuté en interne… parmi d’autres

Conséquence, tous les regards se tournent encore une fois vers le groupe BMCE Bank Of Africa. Saham Group compte-t-il se positionner sur BMCE? Le sujet a-t-il été évoqué en interne? Médias24 a posé la question à un membre du top management. “Clairement, le produit de cession a pour objectif de créer un fonds d’investissement panafricain. Ce fonds examinera des deals, ce deal pourrait être un deal parmi d’autres mais à ce jour, il n’y aucune opération en perspective“, nous assure une source du groupe Saham.

Selon nos informations, c’est un sujet qui a été discuté en interne mais pas “au stade de dealer ou pas dealer“. Un fin connaisseur des milieux de la finance assure pour sa part à Médias24 qu’en effet, l’hypothèse se tient mais que c’est une simple hypothèse.

Quel avenir pour le groupe BMCE-RMA?

Il y a certes un enjeu de relève qui se pose dans le cas du groupe BMCE BOA. Le duo BMCE-RMA gère des fonds de près de 180 milliards de dirhams, ce qui peut devenir un risque systémique sur le marché marocain. Faut-il qu’il cède le contrôle pour assurer la pérennité de tout ce qu’il a bâti? 

“Othmane Benjelloun n’a jamais laissé passer un signal disant qu’il cherchait un repreneur ou qu’il craignait pour la succession“, analyse un proche du dossier. Et d’ajouter, “à chaque réunion avec les cadres, il nous donne rendez-vous en 2050 car pour lui le groupe est pérenne“.

Cela dit, Benjelloun cherche à assurer ses arrières. En 2016, il voulait ouvrir le capital de sa banque à un important groupe chinois. “Cette volonté d'ouverture du capital n'a pas abouti car l'administration chinoise a limité ses investisseurs, en dehors de certaines opérations, à s'engager dans notre banque“, avait-il affirmé à Médias24 en janvier dernier.

Des sources de la place ajoutent pour leur part, que même les autorités marocaines ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée de capitaux étrangers dans un groupe aussi important que BMCE. L’opération est tombée à l’eau, mais BMCE compte bien lancer une augmentation de capital réservée à des institutionnels marocains. L’information a été révélée à Médias24 par Othmane Benjelloun lui-même.

“L'augmentation de capital réservée de la BMCE est en cours. Elle ne se fera pas avec des étrangers mais avec des actionnaires locaux. Vous en saurez plus très vite au mois de mars prochain après l'accord de notre conseil d'administration“, assurait-il.  L’augmentation de capital sera réservée probablement à des institutionnels et se justifie par le besoin en fonds propres pour poursuivre le développement du groupe.

Un institutionnel qui a du poids sur le marché des capitaux, estime que les deux parties, Saham et BMCE, doivent mettre fin au suspense: soit démentir clairement, soit ouvrir des négociations et l’annoncer.

La vidéo intégrale de la conférence de presse d'annonce de la cession, jeudi 8 mars 2018:

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Hayat Gharbaoui
Le 9 mars 2018 à 20h36

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