Ultime sursis pour le syndic de la Samir, plus que jamais isolé
Le parquet aussi demande le remplacement du syndic Mohamed El Krimi, aujourd'hui plus que jamais isolé.
Le tribunal de commerce de Casablanca a reporté au 26 mai l'examen de la demande tendant au remplacement de Mohamed El Krimi, syndic judiciaire de la Samir. Ce dernier s'est présenté ce jeudi 19 avril en compagnie d'un avocat, qui a réclamé une semaine pour préparer sa défense.
Ce matin vers 9h15, et en attendant l'ouverture d'une nouvelle audience à huis clos, pas de poignées de mains entre le syndic et les deux avocats de la requérante, la Banque centrale populaire. La tension est palpable entre les parties, pourtant collaborateurs sur le papier: BCP est depuis deux ans contrôleur à la liquidation du raffineur.
C'est paradoxalement par "manque de collaboration" que pêcherait M. El Krimi, selon la BCP, qui lui reproche une "opacité totale dans la gestion de la procédure". "Aucun rapport comptable n'a été communiqué aux contrôleurs. Il n'y a pas de transparence sur les offres, qui ne sont pas déposées au greffe. Le manque de transparence va jusqu'aux honoraires du syndic, dont on ne sait rien", accusent des sources proches du dossier.
Selon nos informations, BCP n'est pas la seule à réclamer le départ du liquidateur, en poste depuis le 21 mars 2016 (date du prononcé de la liquidation). Le tribunal avait sollicité l'avis du ministère public, qui "a requis le remplacement du syndic" pour "débloquer la situation".
Le procureur du Roi s'est même "opposé à ce que M. El Krimi se fasse représenter par un avocat", semble-t-il aux "frais de la Samir." "Le litige oppose BCP au syndic, personnellement, et pas à la Samir. Or, en engageant l'avocat de la Samir, le syndic ne s'approprierait-il pas la société ?", s'interrogent nos interlocuteurs.
Le syndic semble aujourd'hui plus que jamais isolé. L'épineux dossier de la cession, qui cale depuis une année, ne joue pas en sa faveur. Le nouveau report sonne donc comme un ultime sursis. "Au cours de la prochaine audience, l'avocat du syndic plaidera en réponse aux accusations de BCP. L'affaire sera ensuite, très probablement, mise en délibéré", note une source en aparté. Sachant qu'en parallèle, le tribunal examine l'idée d'une nouvelle prolongation de la continuité de l'entreprise. Une énième. Une demande en ce sens a été initiée par M. El Krimi.
Dans ce duel entre la banque et l'expert-comptable, les éléments objectifs se mêlent, selon cette source, à ceux "personnels". Le clan du syndic fait valoir "des entraves et pressions appliquées" par la requérante, dont le conflit avec M. Krimi remonterait au début du processus.
Sur la question de la communication des documents, la même source nous indique que BCP avait déjà déclenché une action contre le liquidateur, mais que la justice s'est prononcée en faveur de ce dernier. "Le tribunal avait refusé de munir le contrôleur du document objet de la requête."
"BCP a perdu d'autres litiges contre le syndic, en réaction de quoi elle a demandé son remplacement", ajoute la même source. Une forme de représailles ? Notre interlocuteur est loin d'en douter.
Le représentant des salariés adopte une position neutre. "Que le syndic parte ou reste, la question ne change rien à la situation actuelle", à expliqué Houssein El Yamani, coordinateur du front local pour le suivi de la crise, qui s'exprimait le 17 avril lors d'une conférence de presse à Mohammedia.
"Les parties concernées ont soumis une requête. Nous attendons la décision du tribunal", a affirmé celui qui est aussi contrôleur. Pour lui, la crise que connaît le raffineur ne s'arrête pas au seul remplacement de M. El Krimi.
"Le dossier est plus grand, plus complexe et concerne directement la politique de l'Etat. De là, nous disons qu'il faut reconstruire le pont entre Casablanca et Rabat pour rétablir le dialogue. Il est de l'intérêt du pays que la Samir revienne à son cours naturel".
Ci-dessous, vidéo de la conférence tenue mardi par le font local pour le suivi de la crise de la Samir
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