Elections CGEM: Hakim Marrakchi face au scepticisme des entrepreneurs de Fès
A près d’un mois du scrutin qui désignera le prochain président de la CGEM, les candidats mènent campagne en allant à la rencontre des entrepreneurs. Hier, mardi 24 avril, le candidat Hakim Marrakchi a exposé son programme au bureau régional de la CGEM Fès-Taza. Si les entrepreneurs de la région voient d’un œil bienveillant l’intérêt porté aux PME, ils se montrent sceptiques quant à la concrétisation des mesures proposées par les candidats, dans une CGEM où, selon eux, l’intérêt des grands groupes prédomine toujours…
Se définissant principalement en tant "qu’industriel et fils d’industriel", Hakim Marrakchi présente son parcours entrepreneurial comme gage de légitimité face à ses concurrents.
"Je ne me suis pas réveillé un beau matin pour me lancer dans la course à la présidence. J’ai été sollicité et appuyé par de nombreuses personnes souhaitant voir davantage d’industriels au sein de la CGEM", affirme Hakim Marrakchi, qui a exposé son programme, mardi 24 avril, à une vingtaine d’entrepreneurs locaux au sein du bureau régional Fès-Taza de la CGEM. En l’absence toutefois de sa colistière Assia Benhida, en déplacement à l’étranger.
Le tandem Marrakchi/Benhida mène campagne sous le slogan "Libérer l’entreprise", mais la libérer de quoi précisément ? Les principaux arguments avancés tournent essentiellement autour des lourdeurs administratives, de la concurrence déloyale et du coût élevé du travail au Maroc.
"L’entreprise marocaine pâtit d’une attitude de méfiance de la part de certaines administrations. Elle doit dépenser une grosse partie de son temps et de ses ressources pour avoir accès à un service public auquel elle a droit, pour récupérer ses créances ou tout simplement faire valoir ses droits. Le résultat est que nos entreprises subissent le quotidien au lieu de penser leur futur, et en dépit d’une commande publique qui atteint les 20% du PIB, notre économie ne produit pas assez d’emplois".
Pointant du doigt l’opacité des règlementations, Marrakchi estime également difficile de soutenir la compétitivité des entreprises dans un pays où le coût du travail est le plus élevé d’Afrique, "et est même supérieur aux niveaux observés dans certains pays européens", affirme Hakim Marrakchi, qui tient à préciser qu’il n’est pas contre la hausse des salaires, "mais qu’il est anormal que l’entreprise soit la seule à supporter ces charges".
Le programme de campagne du tandem Marrakchi/Benhida s’articule autour de 5 axes:
1- Agir pour la croissance et la compétitivité, en agissant sur la fiscalité, le coût du travail, les délais de paiement…
2- Agir pour le développement des opérateurs économiques, notamment en faisant de la commande publique un levier de croissance des PME, et capitaliser sur la puissance des grands groupes pour établir un Small Business Act opérationnel
3- Agir pour le développement régional et la croissance à l’international des entreprises marocaines, notamment par la création d’écosystèmes régionaux au profit des PME, et l’organisation périodique de missions sectorielles en Afrique subsaharienne
4- Agir pour le développement des compétences et de l’employabilité
5- Agir pour une CGEM influente et proche de ses adhérents
Scepticisme des régions
Durant près de 4 heures, Hakim Marrakchi a détaillé son programme en insistant particulièrement sur la dynamisation des PME et le renforcement du rôle des régions, allant jusqu’à proposer une vice-présidence régionale de la CGEM s’il remporte les élections.
Seulement voilà, les entrepreneurs membres du bureau Fès-Taza de la CGEM ont accueilli avec un certain scepticisme l’intérêt des candidats des deux tandems pour les PME et les régions.
"Il est difficile pour nous de croire que des choses vont changer, tellement les discours se sont répétés. On nous a fait les mêmes promesses au début du mandat de Mme Bensalah, mais les réalisations régionales sont très modestes", observe un entrepreneur.
Un constat partagé par le propre président de la CGEM Fès-Taza, Mohamed Berrada Rkhami. Tout en accueillant favorablement l’intérêt de Marrakchi pour les PME et les régions, Berrada s’interroge: "la CGEM est-elle vraiment l’institution où vous serez capable de défendre les intérêts des PME ? En découvrant l’institution de l’intérieur, c’est plus la CGEM des grandes entreprises. La PME ne fait l’objet que de discours, car toutes les orientations de la CGEM sont dans l’intérêt de la GE. D’ailleurs, pourquoi doit-on se déplacer à Casablanca pour voter ?".
Le même son de cloche est souvent revenu lors des échanges qui ont émaillé la présentation du programme du tandem Marrakchi/ Benhida. Un sentiment d’isolement, voire d’abandon, se ressent lors des différentes interventions.
"La région de Fès se transforme de plus en plus en désert industriel. La CGEM n’a rien fait pour les régions", déplore Mehdi Laraki, entrepreneur local en agro-alimentaire. "Nous sommes tous d’accord sur le constat, maintenant quels sont les éléments pragmatiques qui vous donneront les moyens de réaliser votre programme ?"
Marrakchi promet notamment de lancer une offre de services en vue de collecter les différents types de problèmes rencontrés par les entreprises au niveau régional. Tenant à rassurer ses pairs sur la pertinence de son programme, le candidat affirme : "L’approche des concurrents est top-down, il n’y a qu’à voir leurs profils. Mon approche est bottom-up, fruit de décennies de challenges relevés en entreprise’’.
Hakim Marrakchi a-t-il réussi à susciter l’adhésion des entrepreneurs autour de son programme ? Les urnes de la CGEM trancheront le 22 mai prochain. En attendant, la campagne Marrakchi/Benhida continue avec une étape programmée à Oujda ce mercredi 25 avril.
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