Platinum Power jouera sa survie au cours des prochains jours Omar Belmamoun (à droite de la photo) lors de la signature de la concession Tamajout en juillet 2016

Le 5 février sera une journée chargée pour Platinum Power, développeur privé de barrages : comparution au tribunal pour Omar Belmamoun, AGE des actionnaires pour décider de l'avenir de la société et réunion du conseil d'administration pour approuver un emprunt bancaire destiné à payer les salaires. Les conclusions d'une mission d'audit sont défavorables pour le PDG de l'entreprise.

Platinum Power, développeur privé de barrages destinés à la production d'électricité créé en 2012, vit une crise qui menace sa survie : conflits entre actionnaires, difficultés financières, suspicion d'irrégularités de fraudes de gestion... Son avenir peut se jouer durant les prochains jours.

Les conflits entre actionnaires étaient prévisibles puisque de grosses sommes ont été mises en jeu et qu'il y a doutes quant à la viabilité du projet. Dans le cas d'espèce, ces conflits sont alimentés par des griefs objectifs tels que le retard considérable pris dans le démarrage effectif de la société, sa situation financière létale, les accusations d'opacité dans la gestion, les conclusions d'un audit défavorable à la gestion en place ou encore la procédure devant le tribunal de commerce saisi par le commissaire aux comptes de la société.

Au cœur de cette crise, Omar Belmamoune, son PDG, aujourd'hui sur la sellette. Il a été convoqué au tribunal de commerce de Casablanca, où il sera en principe entendu ce mardi 5 février dans le cadre d’une requête tendant à l’ouverture d’une procédure de difficulté d'entreprise.

La demande a été initiée par le commissaire aux comptes qui a initié une procédure d'alerte en juillet 2018. Pour l’heure, nous n’avons pas pu établir avec précision la nature de cette démarche, ni sa finalité. Le dossier est confidentiel. Aucune mention n’en est faite dans les tableaux de Mahakim.ma.

Généralement, le commissaire aux comptes entreprend ce type d’action pour alerter le président du tribunal sur la situation compromise d'une société. Situation sur laquelle celle-ci n’a pas délibéré en assemblée générale ou qui a persisté malgré les décisions prises par cette assemblée (article 548 du code de commerce).

Si Platinum Power est dans ce cas, son PDG sera vraisemblablement entendu dans l’intimité du cabinet du président, préalable à une possible procédure de « prévention externe » (art 549). D’où la confidentialité.

Le 5 février, une journée décisive

La société a pour actionnaires de référence le fonds de Private Equity américain Brookstone Partners, deux actionnaires minoritaires marocains (TGCC et PME Croissance) et Omar Belmamoun, le PDG.

Mais au coeur de l'affaire, il y a Omar Belmamoun. Ce dernier n'a pas donné suite à nos demandes d'échange. Nos colonnes lui restent ouvertes.

Omar Belmamoun contrôle 41,76% de la société, essentiellement par apport d'industrie. Les autres acteurs majeurs sont l'américain Brookstone qui a selon nos calculs injecté 115 MDH en cash. TGCC pour 52,8 MDH et PME Croissance (Africinvest, Marocinvest) pour 43 MDH. Ces deux derniers ont rejoint le tour de table sur la base d'une valorisation qui semble, a posteriori, trop optimiste. Du moins à en juger par la situation actuelle.

Depuis sa création en 2012 jusqu'à aujourd'hui, la société n'a rien réalisé de concret, ni au Maroc ni en Afrique subsaharienne, si ce n'est des études et l'obtention de contrats.

Pendant ce temps, les finances de l'entreprise se sont dégradées et les désaccords entre actionnaires ont pris de l'ampleur. Sa survie est menacée et ses instances semblent paralysées.

Au cours de l’année 2017, aucune assemblée générale extraordinaire n’a été tenue pour décider de la continuation de Platinum Power. 

Le Conseil d’administration s’est réuni deux fois en 2018, le 17 puis le 23 octobre. Les comptes 2017 n’ont pas pu être arrêtés, ni dans la première ni dans la deuxième réunion. De même, l’assemblée générale extraordinaire du 31 décembre 2018 n’a pas pu se tenir, faute de quorum eu égard à un vice de forme ayant entaché la convocation (absence d’ordre du jour et de comptes 2017 arrêtés).

Selon nos sources, Omar Belmamoune a convoqué une nouvelle assemblée générale extraordinaire, qui se tiendra… le mardi 5 février 2019. Soit le même jour où il doit comparaitre au tribunal. Les actionnaires devront soit prononcer la dissolution anticipée de la société, soit décider de sa continuation suite à la constatation de la perte des trois quarts du capital social, point inscrit à l’ordre du jour.

Il va sans dire qu'ils vont opter pour la continuité, sans quoi ils n'auraient plus aucun espoir de récupérer leur mise. Vont-ils le faire sur la foi de promesses orales? ou d'un plan  d'action réaliste? vont-ils le faire en gardant la même gouvernance? le même board? vont-ils laisser les mêmes pouvoir de gestion à l'actuel PDG?

Le mardi 5 février connaîtra également la tenue d'un conseil d'administration pour voter l’approbation d'une facilité de trésorerie de 5 MDH sous forme d'emprunt bancaire. S’il est approuvé, ce crédit sera affecté au paiement des salaires, impayés depuis octobre 2018. Selon nos sources, ce financement est rejeté par au moins deux actionnaires, et ce en raison du risque d’infraction de banqueroute.

Le poste du PDG n’a pas été évoqué. En tout cas, sa démission n'a pas été inscrite à l'ordre du jour lors de la prochaine réunion du CA. La révocation avait été discutée jlors d'une réunion du 17 octobre, ce qui avait donné lieu à un incident. 

Selon un article publié par LeDesk, la sortie de crise est proche. Notre confrère évoque la constitution d'un "bloc majoritaire d'associés mené par Luminy Invest et le constructeur TGCC".

Selon les sources de Médias24, une partie des actionnaires et notamment TGCC et PME Croissance, cherchent à éviter absolument toute dissolution de la société qui les empêcheraient de récupérer leur mise. Il faut donc s'attendre à des compromis pour garantir la continuité et préserver l'avenir.

Les dysfonctionnements pointés par l'audit

Des désaccords profonds subsistent entre Omar Belmamoune et les autres actionnaires, à leur tête l’américain Michael Toporek, patron de Brookstone Partners. Pour leur part, Mohamed Bouzoubaa (TGCC) et Brahim El Jay (PME Croissance) ont quitté leurs postes d’administrateurs.

Ces actionnaires reprochent au PDG sa "gestion opaque et approximative". Un audit du cabinet PWC pointe « une comptabilité irrégulière », affirment nos sources. Contacté par Médias24, le concerné n'a toujours pas répondu à nos questions. 

Selon l'audit, les notes de frais du PDG ne sont pas systématiquement accompagnées de pièces justificatives, sont parfois remboursées sans justificatif ou engagées sans validation par les personnes habilitées. De même, un montant de 100.000 euros a été dépensé en deux fois, sur deux factures de 50.000 euros chacune, sans pré-validation par le conseil d’administration, démarche pourtant stipulée dans le pacte d’actionnaire.

La société est également en délicatesse avec les salariés. Le retard des salaires n'en est pas la seule cause. Fin 2018, Platinum Power a été condamnée à verser 671.000 DH à son directeur des affaires financières, qui avait intenté une action pour licenciement abusif. Surtout, il avait attaqué la société pour non-paiement des cotisations à la CIMR, pourtant prévu dans le contrat de travail du salarié.

Une faille que les auditeurs n’ont pas manqué de rappeler. Trois contrats de travail de salariés ont été étudiés afin de vérifier les clauses figurant dans le contrat concernant la CIMR. Pour les salariés cadres, le contrat indique que ces derniers ont droit aux prestations de la CIMR. Or, dans les fiches de paie, figurent uniquement les cotisations  CNSS et à l’AMO. Une lacune qui favorise le risque de litiges sociaux. L'audit chiffre à 3,2 MdH de retard au titre des cotisations CIMR. 

En 2013, Platinum Power avait obtenu des concessions et autorisations provisoires pour la construction et le développement de barrages pour la production de l’électricité hydraulique, dans le cadre de la loi 13-09 sur les énergies renouvelables. Les autorisations en question concernent les sites Tamajout et Tillouguit Aval, Bab Ouender, Boutferda, Melloul 1 et Melloul 2.

Six ans plus tard, ces projets sont dans le flou. La gestion de la société y est pour beaucoup. L’audit fait état de l’absence d’une comptabilité analytique et d’un suivi budgétaire lui permettant d’apprécier la situation par projets, notamment en termes de coûts engagés ou de rentabilité espérée.

A l’échelle africaine, les projets de Platinum Power semblent également compromis. La presse camerounaise annonce même l'abandon du projet de centrale hydrologique à Makaynch. Selon l'audit de PWC, la société détient des titres de participation dans des filiales camerounaise et ivoirienne, dont la situation comptable est négative.

L'image du Royaume est engagée. Les projets ivoiriens de Platinum Power ont fait l’objet de conventions signées devant le Roi Mohamed VI.

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Platinum Power jouera sa survie au cours des prochains jours Omar Belmamoun (à droite de la photo) lors de la signature de la concession Tamajout en juillet 2016

Le 5 février sera une journée chargée pour Platinum Power, développeur privé de barrages : comparution au tribunal pour Omar Belmamoun, AGE des actionnaires pour décider de l'avenir de la société et réunion du conseil d'administration pour approuver un emprunt bancaire destiné à payer les salaires. Les conclusions d'une mission d'audit sont défavorables pour le PDG de l'entreprise.

Platinum Power, développeur privé de barrages destinés à la production d'électricité créé en 2012, vit une crise qui menace sa survie : conflits entre actionnaires, difficultés financières, suspicion d'irrégularités de fraudes de gestion... Son avenir peut se jouer durant les prochains jours.

Les conflits entre actionnaires étaient prévisibles puisque de grosses sommes ont été mises en jeu et qu'il y a doutes quant à la viabilité du projet. Dans le cas d'espèce, ces conflits sont alimentés par des griefs objectifs tels que le retard considérable pris dans le démarrage effectif de la société, sa situation financière létale, les accusations d'opacité dans la gestion, les conclusions d'un audit défavorable à la gestion en place ou encore la procédure devant le tribunal de commerce saisi par le commissaire aux comptes de la société.

Au cœur de cette crise, Omar Belmamoune, son PDG, aujourd'hui sur la sellette. Il a été convoqué au tribunal de commerce de Casablanca, où il sera en principe entendu ce mardi 5 février dans le cadre d’une requête tendant à l’ouverture d’une procédure de difficulté d'entreprise.

La demande a été initiée par le commissaire aux comptes qui a initié une procédure d'alerte en juillet 2018. Pour l’heure, nous n’avons pas pu établir avec précision la nature de cette démarche, ni sa finalité. Le dossier est confidentiel. Aucune mention n’en est faite dans les tableaux de Mahakim.ma.

Généralement, le commissaire aux comptes entreprend ce type d’action pour alerter le président du tribunal sur la situation compromise d'une société. Situation sur laquelle celle-ci n’a pas délibéré en assemblée générale ou qui a persisté malgré les décisions prises par cette assemblée (article 548 du code de commerce).

Si Platinum Power est dans ce cas, son PDG sera vraisemblablement entendu dans l’intimité du cabinet du président, préalable à une possible procédure de « prévention externe » (art 549). D’où la confidentialité.

Le 5 février, une journée décisive

La société a pour actionnaires de référence le fonds de Private Equity américain Brookstone Partners, deux actionnaires minoritaires marocains (TGCC et PME Croissance) et Omar Belmamoun, le PDG.

Mais au coeur de l'affaire, il y a Omar Belmamoun. Ce dernier n'a pas donné suite à nos demandes d'échange. Nos colonnes lui restent ouvertes.

Omar Belmamoun contrôle 41,76% de la société, essentiellement par apport d'industrie. Les autres acteurs majeurs sont l'américain Brookstone qui a selon nos calculs injecté 115 MDH en cash. TGCC pour 52,8 MDH et PME Croissance (Africinvest, Marocinvest) pour 43 MDH. Ces deux derniers ont rejoint le tour de table sur la base d'une valorisation qui semble, a posteriori, trop optimiste. Du moins à en juger par la situation actuelle.

Depuis sa création en 2012 jusqu'à aujourd'hui, la société n'a rien réalisé de concret, ni au Maroc ni en Afrique subsaharienne, si ce n'est des études et l'obtention de contrats.

Pendant ce temps, les finances de l'entreprise se sont dégradées et les désaccords entre actionnaires ont pris de l'ampleur. Sa survie est menacée et ses instances semblent paralysées.

Au cours de l’année 2017, aucune assemblée générale extraordinaire n’a été tenue pour décider de la continuation de Platinum Power. 

Le Conseil d’administration s’est réuni deux fois en 2018, le 17 puis le 23 octobre. Les comptes 2017 n’ont pas pu être arrêtés, ni dans la première ni dans la deuxième réunion. De même, l’assemblée générale extraordinaire du 31 décembre 2018 n’a pas pu se tenir, faute de quorum eu égard à un vice de forme ayant entaché la convocation (absence d’ordre du jour et de comptes 2017 arrêtés).

Selon nos sources, Omar Belmamoune a convoqué une nouvelle assemblée générale extraordinaire, qui se tiendra… le mardi 5 février 2019. Soit le même jour où il doit comparaitre au tribunal. Les actionnaires devront soit prononcer la dissolution anticipée de la société, soit décider de sa continuation suite à la constatation de la perte des trois quarts du capital social, point inscrit à l’ordre du jour.

Il va sans dire qu'ils vont opter pour la continuité, sans quoi ils n'auraient plus aucun espoir de récupérer leur mise. Vont-ils le faire sur la foi de promesses orales? ou d'un plan  d'action réaliste? vont-ils le faire en gardant la même gouvernance? le même board? vont-ils laisser les mêmes pouvoir de gestion à l'actuel PDG?

Le mardi 5 février connaîtra également la tenue d'un conseil d'administration pour voter l’approbation d'une facilité de trésorerie de 5 MDH sous forme d'emprunt bancaire. S’il est approuvé, ce crédit sera affecté au paiement des salaires, impayés depuis octobre 2018. Selon nos sources, ce financement est rejeté par au moins deux actionnaires, et ce en raison du risque d’infraction de banqueroute.

Le poste du PDG n’a pas été évoqué. En tout cas, sa démission n'a pas été inscrite à l'ordre du jour lors de la prochaine réunion du CA. La révocation avait été discutée jlors d'une réunion du 17 octobre, ce qui avait donné lieu à un incident. 

Selon un article publié par LeDesk, la sortie de crise est proche. Notre confrère évoque la constitution d'un "bloc majoritaire d'associés mené par Luminy Invest et le constructeur TGCC".

Selon les sources de Médias24, une partie des actionnaires et notamment TGCC et PME Croissance, cherchent à éviter absolument toute dissolution de la société qui les empêcheraient de récupérer leur mise. Il faut donc s'attendre à des compromis pour garantir la continuité et préserver l'avenir.

Les dysfonctionnements pointés par l'audit

Des désaccords profonds subsistent entre Omar Belmamoune et les autres actionnaires, à leur tête l’américain Michael Toporek, patron de Brookstone Partners. Pour leur part, Mohamed Bouzoubaa (TGCC) et Brahim El Jay (PME Croissance) ont quitté leurs postes d’administrateurs.

Ces actionnaires reprochent au PDG sa "gestion opaque et approximative". Un audit du cabinet PWC pointe « une comptabilité irrégulière », affirment nos sources. Contacté par Médias24, le concerné n'a toujours pas répondu à nos questions. 

Selon l'audit, les notes de frais du PDG ne sont pas systématiquement accompagnées de pièces justificatives, sont parfois remboursées sans justificatif ou engagées sans validation par les personnes habilitées. De même, un montant de 100.000 euros a été dépensé en deux fois, sur deux factures de 50.000 euros chacune, sans pré-validation par le conseil d’administration, démarche pourtant stipulée dans le pacte d’actionnaire.

La société est également en délicatesse avec les salariés. Le retard des salaires n'en est pas la seule cause. Fin 2018, Platinum Power a été condamnée à verser 671.000 DH à son directeur des affaires financières, qui avait intenté une action pour licenciement abusif. Surtout, il avait attaqué la société pour non-paiement des cotisations à la CIMR, pourtant prévu dans le contrat de travail du salarié.

Une faille que les auditeurs n’ont pas manqué de rappeler. Trois contrats de travail de salariés ont été étudiés afin de vérifier les clauses figurant dans le contrat concernant la CIMR. Pour les salariés cadres, le contrat indique que ces derniers ont droit aux prestations de la CIMR. Or, dans les fiches de paie, figurent uniquement les cotisations  CNSS et à l’AMO. Une lacune qui favorise le risque de litiges sociaux. L'audit chiffre à 3,2 MdH de retard au titre des cotisations CIMR. 

En 2013, Platinum Power avait obtenu des concessions et autorisations provisoires pour la construction et le développement de barrages pour la production de l’électricité hydraulique, dans le cadre de la loi 13-09 sur les énergies renouvelables. Les autorisations en question concernent les sites Tamajout et Tillouguit Aval, Bab Ouender, Boutferda, Melloul 1 et Melloul 2.

Six ans plus tard, ces projets sont dans le flou. La gestion de la société y est pour beaucoup. L’audit fait état de l’absence d’une comptabilité analytique et d’un suivi budgétaire lui permettant d’apprécier la situation par projets, notamment en termes de coûts engagés ou de rentabilité espérée.

A l’échelle africaine, les projets de Platinum Power semblent également compromis. La presse camerounaise annonce même l'abandon du projet de centrale hydrologique à Makaynch. Selon l'audit de PWC, la société détient des titres de participation dans des filiales camerounaise et ivoirienne, dont la situation comptable est négative.

L'image du Royaume est engagée. Les projets ivoiriens de Platinum Power ont fait l’objet de conventions signées devant le Roi Mohamed VI.

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