Des marins marocains bloqués dans le port de Gênes et qui ne vivent que grâce à la générosité des ouvriers d'un chantier naval. Le bateau en question est le ferry Le Rif, retapé en prévision d'une éventuelle exploitation sur le Détroit. Premiers éléments d'enquête par Médias24.

L’alerte a été donnée jeudi matin 7 février par des articles de journaux étrangers. D’un article à l’autre, les infos n’étaient pas toujours concordantes. On y apprenait notamment que 7 (ou 20) marins se trouvaient dans une situation humanitaire difficile à bord du ferry Le Rif, battant pavillon marocain, et bloqué dans le port de Gênes en Italie.

Le bateau est en fait bloqué au sein d’un chantier naval de Gênes, le chantier Jobson où il a subi des réparations et une mise à niveau qui ont porté sur la coque, les équipements ainsi que la décoration intérieure.

Le montant de ces travaux est de 8 millions d’euros. En contrepartie, le propriétaire marocain, la société DWLM, a accordé une hypothèque à Jobson, à hauteur de 4 millions d’euros.

Selon nos informations, les paiements prévus n’ont pas été effectués par DWLM. Une source sûre nous a révélé que Jobson a transmis une copie de son hypothèque à la Direction de la marine marchande (DMM), au sein du ministère marocain de l’Equipement et des Transports.

La DMM a reçu également une plainte de la part des salariés de l’entreprise, qui n’ont pas été payés depuis 7 mois. Une plainte similaire a été également déposée par les marins, à Gênes, pour les salaires, les vivres et l’assurance.

Des sources de la DMM nous indiquent ne pas avoir reçu d’avis de saisie de la part des autorités italiennes, alors que le bateau est sous pavillon marocain et qu’elles ont demandé des éclaircissements à leurs homologues italiens pour vérifier cette information relayée par la presse.

Contacté par Médias24, Mohamed Bilal, business Development manager de DWLM et qui s’exprimait au nom du PDG M. Hakim Rahmouni, affirme que "le PDG ainsi que le directeur d’armement sont en Italie pour régler ce problème avec les membres de l’équipage“. Il rejette toute accusation de blocage des marins ou de situation humanitaire, en avançant que “les marins sont pris en charge par le chantier naval (notre partenaire) en attendant de régler ça aujourd’hui ou demain“ [NDLR : jeudi ou vendredi].  

“Les marins se portent très bien“, selon notre interlocuteur.

Les journaux étrangers qui ont soulevé le problème affirment au contraire que les marins ont été livrés à eux-mêmes, avec impossibilité de quitter le navire en raison de la réglementation. Sans argent ni vivres, ils ont survécu selon ces sources, grâce à la générosité des ouvriers travaillant sur le chantier naval.

DWLM, S.A. de droit marocain avec un capital de 20 MDH avait racheté le ferry Le Rif à la compagnie marocaine IMTC. Ce ferry a été construit en 1980. Son âge est donc de 39 ans.

La société affirme vouloir affréter un 2e navire en cas d’obtention des autorisations. Car la société, malgré les annonces répétées qu’elle a effectuées, n’a pas d’autorisation sur la ligne Tanger Med-Algesiras.

Dans ses réponses à Médias24, M. Bilal accuse les autorités marocaines : “DWLM est toujours en attente de l’obtention des autorisations nécessaires pour exploiter la ligne demandée, à savoir Tanger Med Algésiras, et cela depuis plus de 2 ans maintenant, malgré le fait que la ligne en question est sous-exploitée (…). Ce retard « refus » de délivrance d’autorisation d’exploitation (jamais justifié par les autorités de tutelle) a beaucoup affecté la trésorerie de la société qui se trouve dans une situation débitrice et sans recettes, a provoqué un retard au niveau des paiements des salaires du personnel naviguant“.

Plus loin, il ajoute: “La société DWLM est victime de l’attitude des autorités de tutelle (Ministère et marine marchande) qui refusent toujours de nous délivrer les autorisations d’exploitation,  mettant ainsi en échec un investissement à 100 % national d’un total de 15 M d'euros, qui aurait des retombées très bénéfiques sur tous les plans, économique et social…, sans parler du renforcement de la présence marocaine sur le Détroit qui est très mal représentée depuis la disparition de COMARIT, IMTC et COMANAV“.

Une source autorisée à la DMM, Direction de la marine marchande marocaine, rejette catégoriquement ces accusations. Elle considère que la société est responsable du paiement de son personnel et de ses fournisseurs et qu’elle doit assumer ses engagements. La Direction de la marine marchande ne peut en aucun cas être considérée comme responsable, elle n’a jamais promis une autorisation et la délivrance des autorisations est encadrée par des contraintes réglementaires et techniques.

Notre source ajoute que “les autorisations marocaines prévues dans le cadre des accords bilatéraux sont déjà attribuées à FRS, AML et Intershipping“. Les accords bilatéraux ne prévoient que 5 autorisations. Il n’est pas non plus possible d’en accorder d’autres, en raison de la configuration des quais : à Algesiras, il n’y a que 5 quais dédiés à cette ligne et on ne peut mettre que 2 navires par quai.

Au final, au centre de cette affaire, les difficultés financières d’une nouvelle société marocaine qui a malgré tout choisi d’investir dans des bateaux marocains. Qui n’a pas tenu ses engagements à l’égard de ses fournisseurs ni de ses salariés. Et qui impute sa situation à l’absence d’autorisation d’exploitation sur la ligne Algesiras-Tanger Med. Laquelle autorisation n’a jamais été promise et semble aujourd’hui impossible à obtenir pour des raisons objectives.

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Des marins marocains bloqués dans le port de Gênes et qui ne vivent que grâce à la générosité des ouvriers d'un chantier naval. Le bateau en question est le ferry Le Rif, retapé en prévision d'une éventuelle exploitation sur le Détroit. Premiers éléments d'enquête par Médias24.

L’alerte a été donnée jeudi matin 7 février par des articles de journaux étrangers. D’un article à l’autre, les infos n’étaient pas toujours concordantes. On y apprenait notamment que 7 (ou 20) marins se trouvaient dans une situation humanitaire difficile à bord du ferry Le Rif, battant pavillon marocain, et bloqué dans le port de Gênes en Italie.

Le bateau est en fait bloqué au sein d’un chantier naval de Gênes, le chantier Jobson où il a subi des réparations et une mise à niveau qui ont porté sur la coque, les équipements ainsi que la décoration intérieure.

Le montant de ces travaux est de 8 millions d’euros. En contrepartie, le propriétaire marocain, la société DWLM, a accordé une hypothèque à Jobson, à hauteur de 4 millions d’euros.

Selon nos informations, les paiements prévus n’ont pas été effectués par DWLM. Une source sûre nous a révélé que Jobson a transmis une copie de son hypothèque à la Direction de la marine marchande (DMM), au sein du ministère marocain de l’Equipement et des Transports.

La DMM a reçu également une plainte de la part des salariés de l’entreprise, qui n’ont pas été payés depuis 7 mois. Une plainte similaire a été également déposée par les marins, à Gênes, pour les salaires, les vivres et l’assurance.

Des sources de la DMM nous indiquent ne pas avoir reçu d’avis de saisie de la part des autorités italiennes, alors que le bateau est sous pavillon marocain et qu’elles ont demandé des éclaircissements à leurs homologues italiens pour vérifier cette information relayée par la presse.

Contacté par Médias24, Mohamed Bilal, business Development manager de DWLM et qui s’exprimait au nom du PDG M. Hakim Rahmouni, affirme que "le PDG ainsi que le directeur d’armement sont en Italie pour régler ce problème avec les membres de l’équipage“. Il rejette toute accusation de blocage des marins ou de situation humanitaire, en avançant que “les marins sont pris en charge par le chantier naval (notre partenaire) en attendant de régler ça aujourd’hui ou demain“ [NDLR : jeudi ou vendredi].  

“Les marins se portent très bien“, selon notre interlocuteur.

Les journaux étrangers qui ont soulevé le problème affirment au contraire que les marins ont été livrés à eux-mêmes, avec impossibilité de quitter le navire en raison de la réglementation. Sans argent ni vivres, ils ont survécu selon ces sources, grâce à la générosité des ouvriers travaillant sur le chantier naval.

DWLM, S.A. de droit marocain avec un capital de 20 MDH avait racheté le ferry Le Rif à la compagnie marocaine IMTC. Ce ferry a été construit en 1980. Son âge est donc de 39 ans.

La société affirme vouloir affréter un 2e navire en cas d’obtention des autorisations. Car la société, malgré les annonces répétées qu’elle a effectuées, n’a pas d’autorisation sur la ligne Tanger Med-Algesiras.

Dans ses réponses à Médias24, M. Bilal accuse les autorités marocaines : “DWLM est toujours en attente de l’obtention des autorisations nécessaires pour exploiter la ligne demandée, à savoir Tanger Med Algésiras, et cela depuis plus de 2 ans maintenant, malgré le fait que la ligne en question est sous-exploitée (…). Ce retard « refus » de délivrance d’autorisation d’exploitation (jamais justifié par les autorités de tutelle) a beaucoup affecté la trésorerie de la société qui se trouve dans une situation débitrice et sans recettes, a provoqué un retard au niveau des paiements des salaires du personnel naviguant“.

Plus loin, il ajoute: “La société DWLM est victime de l’attitude des autorités de tutelle (Ministère et marine marchande) qui refusent toujours de nous délivrer les autorisations d’exploitation,  mettant ainsi en échec un investissement à 100 % national d’un total de 15 M d'euros, qui aurait des retombées très bénéfiques sur tous les plans, économique et social…, sans parler du renforcement de la présence marocaine sur le Détroit qui est très mal représentée depuis la disparition de COMARIT, IMTC et COMANAV“.

Une source autorisée à la DMM, Direction de la marine marchande marocaine, rejette catégoriquement ces accusations. Elle considère que la société est responsable du paiement de son personnel et de ses fournisseurs et qu’elle doit assumer ses engagements. La Direction de la marine marchande ne peut en aucun cas être considérée comme responsable, elle n’a jamais promis une autorisation et la délivrance des autorisations est encadrée par des contraintes réglementaires et techniques.

Notre source ajoute que “les autorisations marocaines prévues dans le cadre des accords bilatéraux sont déjà attribuées à FRS, AML et Intershipping“. Les accords bilatéraux ne prévoient que 5 autorisations. Il n’est pas non plus possible d’en accorder d’autres, en raison de la configuration des quais : à Algesiras, il n’y a que 5 quais dédiés à cette ligne et on ne peut mettre que 2 navires par quai.

Au final, au centre de cette affaire, les difficultés financières d’une nouvelle société marocaine qui a malgré tout choisi d’investir dans des bateaux marocains. Qui n’a pas tenu ses engagements à l’égard de ses fournisseurs ni de ses salariés. Et qui impute sa situation à l’absence d’autorisation d’exploitation sur la ligne Algesiras-Tanger Med. Laquelle autorisation n’a jamais été promise et semble aujourd’hui impossible à obtenir pour des raisons objectives.

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