Reportage. Avec Nabila Mounib, sur ses terres casablancaises
Nabila Mounib était en tournée dans Casablanca ce jeudi, dernier jour de la campagne. Entre les syndicalistes et les artistes, elle assène une dernière fois son discours, se montre réaliste et rappelle qu'aujourd'hui, être de gauche, c'est être patient.
Après un tour du Maroc, qui l'a menée de Khénifra à Oujda, Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU) et tête de liste sur la liste nationale des femmes de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) était, ce jeudi 6 octobre en tournée dans les rues casablancaises.
Rendez-vous était pris à 10h30 aux locaux du PSU, dans le quartier Mers Sultan. Le gardien de parking de la rue, adossé à une camionnette à l'effigie de Mounib demande: "Nabila est arrivée?" Non pas, encore.
Sont présents Abdullah Abaakil et Salima Belemkaddem, colistiers FGD dans la circonscription d'Anfa.
Le premier, chef d'entreprise, a un look détendu pour arpenter les rues de la capitale économique, la seconde, paysagiste, est élégante.
Les militants s'affairent. L'une met à jour la page Facebook, un autre dessine sur une carte de la ville le trajet de la journée.
Fait notable: peu de quadras dans les couloirs. Une sorte de trou générationnel, qui se remarque à différents rendez-vous de la FGD: les sympathisants ont le plus souvent moins de trente ans, ou plus de soixante. Ce qui fait sourire Ahmed Habchi, passé par le Mouvement du 23 Mars, ancêtre de l'OADP, dont il a aussi été militant, devenue GSU, où il était encarté, devenue PSU, auquel il adhère toujours.
L'ambiance est au beau fixe, les militants sont maintenant une bonne trentaine. On remarque dans un coin Reda Allali, leader du groupe Hoba Hoba Spirit, venu donner un coup de main.
Nabila Mounib arrive. Maquillée, petite veste noire et t-shirt siglé de l'enveloppe jaune (le symbole de la FGD), la candidate, professeure universitaire, est tonique, malgré une nuit très courte, passée à remonter de son meeting gadiri.
Mounib est appréciée par ses camarades, qui en redemandent: chacun veut une photo de groupe avec elle. Après la pause clichés, elle se met en route avec ses camarades.
Aux terrasses de café de Mers Sultan, où règne une ambiance roujoula, Mounib est chaleureusement accueillie et quelques clients reconnaissent les anciens du PSU. "On compte sur votre parole de femme!" lâche dans un rire un client visiblement conquis.
À hauteur de la Chambre de commerce française, Mounib grimpe dans la camionnette avec Habchi et une militante qui la filme. Direction Aïn Chock. Le temps du trajet est l'occasion pour elle - entre une mise au point avec Habchi et un coup de fil avec la presse espagnole - de revenir sur son programme et ses engagements.
Ce qui anime Mounib
La presse s'est beaucoup concentrée sur ses déclarations parfois enflammées à l'endroit de ses adversaires et la question des libertés individuelles, qu'elle défend corps et âme.
Pourtant, les lignes directrices qui guident les pas de Mounib semblent être ailleurs et au final, tout à fait classiques; en accord avec l'ADN de son parti et les principes historiques du mouvement national. Le patriotisme par exemple, est une base de son discours.
Pour elle, c'est ce sentiment qui anime les centaines de bénévoles de la FGD à faire du porte à porte. C'est aussi sur lui qu'elle a parié pour rameuter des citoyens dans les villes où elle passait, alors que d'autres partis plus dispendieux organisaient des évènements avec son, lumières et traiteurs.
Le patriotisme, chez Mounib est un liant, qui lui permet d'écarter d'un revers de main les questions polémiques de linguistique ou de régionalisme, de mettre en avant la citoyenneté comme valeur, au-delà des différences.
Autre dada de Mounib en cette campagne: l'élite. Entendez par là les enseignants, les médecins, les étudiants, les ingénieurs, les artistes, les cadres associatifs ou encore les cent signataires de la lettre de soutien qui lui a été adressée, tous de grands noms de la vie intellectuelle ou associatives du pays. Cette élite, pour Mounib, c'est l'avenir de la FGD, celle qui saura réanimer une gauche trop longtemps endormie. On en revient au patriotisme comme concorde entre classes populaires et moyennes, quand elle assure que cette élite saura donner la main aux personnes issues de milieux modestes.
Car Mounib, enfin, a fait d'un trait de caractère une valeur cardinale et politique: la patience.
En 2015, sa campagne pour les élections locales, alors qu'elle était candidate à Sidi Belyout, à Casablanca, semblait bien partie. Les bénévoles étaient déjà nombreux au rendez-vous et l'espoir dans les coeurs.
Le jour des résultats fut une déception, si ce n'est un échec cuisant. La reconquête des électeurs sera longue et Mounib garde ce fait en tête. Les scrutins sont donc pour elle, au delà des enjeux électoraux purs, des moments de communication avec les citoyens, ainsi que des occasions de drainer des sympathisants via les appels au bénévolat, des étapes sur le chemin de la renaissance de la gauche.
Elle le promet, quels que soient les résultats de demain, elle sera souriante. Son pari, c'était la campagne, et elle l'a relevé.
Cortège de militants
La camionnette arrive à Aïn Chock. Mounib a eu le temps, dans les embouteillages de défendre son attachement à la marocanité du Sahara vauprès de la presse espagnole, au téléphone.
Quand elle descend, des militants de la FGD du quartier la rejoignent. Un groupe compact d'une trentaine de personnes, qui avancent comme une véritable manifestation. Des hommes avant tout, jeunes le plus souvent, notamment des syndicalistes.
Les relais de la FGD sur le terrain, peu préoccupés par les réseaux sociaux, sur lesquels la FGD a réussi à trouver de l'écho dans la classe moyenne. Des gars avec du coffre, habitués des défilés et qui lâchent de puissants "Écoutez la voix du peuple!" et autres "L'enveloppe (logo de la FGD, ndlr) au gouvernement!"
Mounib prend la tête et s'enfonce dans Aïn Chock. Les militants pressent le pas. Elle n'hésite pas à ralentir pour causer aux passants: si les élections sont un sprint, le projet politique de Mounib est un marathon, qui implique de savoir prendre son temps.
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