Les énergies renouvelables sont-elles vraiment l’avenir?

Est-il pertinent de tout miser sur les énergies renouvelables ? C’est la question abordée en marge des travaux de la 10e édition du World Policy Conference, qui s’est tenue à Marrakech du 3 au 5 novembre derniers.

"Notre combat contre le réchauffement climatique est une obligation, pas une option", martèle d’emblée Nobuo Tanaka, ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie.
Si, en dehors des USA, il y a un quasi-consensus autour des Accords de Paris - signés à l’issue de la COP 21, plusieurs experts internationaux s’interrogent sur la pertinence du fort engouement en faveur des énergies renouvelables.

Le Maroc vise, à l’horizon 2030, un mix énergétique composé à 52% d’énergies renouvelables. Cependant, il tire encore une grande partie de son énergie des centrales à charbon, qui sont parmi les plus nocives pour l’environnement.

Le royaume n’est pas un cas isolé, bien au contraire. Plusieurs économies avancées tirent massivement leur énergie de ce combustible, malgré sa nocivité.


Le charbon a toujours la côte

"L’Allemagne s’est engagée à renoncer au nucléaire, mais le charbon représente encore 50% de sa consommation énergétique. S’il y a actuellement une réflexion sur l’instauration d’une taxe sur ce combustible afin d’en limiter la consommation, les discussions sont très ardues en raison de la puissance du lobby du charbon", souligne Friedbert Pflüger, directeur du centre européen pour l’Energie et la sécurité des ressources.

Rappelons qu’au titre des annonces faites au lendemain des Accords de Paris, l’Allemagne s’était fixé une réduction de 40% de ses émissions de CO2 à l’horizon 2020. Un objectif inatteignable selon plusieurs experts, qui l’assimilent avant tout à une annonce politique. En 2018, cette réduction n’atteindra en effet que 28%…

Même cas de figure du côté du Japon. Echaudé par la catastrophe de Fukushima, le gouvernement japonais a décidé la construction de 44 centrales thermiques au charbon, et ce malgré l’engagement du pays en faveur des énergies propres. Ce que relativise Tatsuo Masuda, professeur à l’université de Nagoya: "L’engagement du Japon pour les énergies renouvelables ne doit, en aucun cas, constituer un obstacle au développement des entreprises nippones".

En clair, la croissance d’abord, l’écologie ensuite… Un dogme adopté par plusieurs pays dans le monde, avec à leur tête la Chine qui consomme 50% du charbon mondial et dispose, au même titre que les USA, de 200 ans de réserves.

Le retour du nucléaire

"Il existe un réel intérêt à orienter les efforts de R&D vers le charbon. Ce sera certainement, au même titre que le pétrole, une importante source d’énergie au cours des prochaines décennies. A nous de donner jour à une technologie qui permet de l’exploiter de façon propre", estime André Caillet, ancien président du Conseil mondial de l’énergie.

Pour autant, les experts s’accordent sur un point: il sera difficile de voir un futur où les économies reposeront essentiellement sur les énergies renouvelables. Principalement en raison de l’intermittence des ressources et des problèmes liés au stockage de l’électricité.

Quelle alternative peut-on alors adopter, si l’on veut atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle? Certains pays privilégient le nucléaire - notamment la Chine, l’Inde et la Russie, qui comptent orienter leurs efforts vers l’agrandissement de leur parc de centrales nucléaires. Afin de disposer d’une source d’énergie qui reste parmi les plus compétitives, malgré les inconvénients en termes de sécurité et de gestion de déchets radioactifs.

Le gaz est-il une bonne alternative?

"On se focalise trop sur les énergies renouvelables, alors qu’on devrait d’abord songer à remplacer le charbon par le gaz", observe Friedbert Pflüger, qui appelle à "adopter une démarche plus pragmatique, avec moins d’idéologie et de politique".

Plusieurs experts considèrent en effet le recours au gaz comme le partenaire adéquat au développement des énergies renouvelables. "On a l’habitude de critiquer les USA mais force est de constater qu’ils ont fortement baissé leurs émissions de CO2 grâce aux gaz de schiste", souligne André Caillet. Les techniques d’extraction de ce combustible ont connu une amélioration ces dernières années, et le prix très compétitif du gaz influence grandement les stratégies énergétiques de nombreux pays, loin de tout parti-pris politique.

Si l’avenir des orientations énergétiques demeure assez vague - surtout à l’orée du pic du pétrole prévu en 2030; la seule certitude est que les énergies renouvelables continueront à longtemps cohabiter avec les combustibles fossiles, en l’absence d’une politique volontariste en la matière. Attention toutefois, car "le changement climatique avance plus rapidement que les décisions politiques", avertit Le Pr Masuda.

 

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Est-il pertinent de tout miser sur les énergies renouvelables ? C’est la question abordée en marge des travaux de la 10e édition du World Policy Conference, qui s’est tenue à Marrakech du 3 au 5 novembre derniers.

"Notre combat contre le réchauffement climatique est une obligation, pas une option", martèle d’emblée Nobuo Tanaka, ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie.
Si, en dehors des USA, il y a un quasi-consensus autour des Accords de Paris - signés à l’issue de la COP 21, plusieurs experts internationaux s’interrogent sur la pertinence du fort engouement en faveur des énergies renouvelables.

Le Maroc vise, à l’horizon 2030, un mix énergétique composé à 52% d’énergies renouvelables. Cependant, il tire encore une grande partie de son énergie des centrales à charbon, qui sont parmi les plus nocives pour l’environnement.

Le royaume n’est pas un cas isolé, bien au contraire. Plusieurs économies avancées tirent massivement leur énergie de ce combustible, malgré sa nocivité.


Le charbon a toujours la côte

"L’Allemagne s’est engagée à renoncer au nucléaire, mais le charbon représente encore 50% de sa consommation énergétique. S’il y a actuellement une réflexion sur l’instauration d’une taxe sur ce combustible afin d’en limiter la consommation, les discussions sont très ardues en raison de la puissance du lobby du charbon", souligne Friedbert Pflüger, directeur du centre européen pour l’Energie et la sécurité des ressources.

Rappelons qu’au titre des annonces faites au lendemain des Accords de Paris, l’Allemagne s’était fixé une réduction de 40% de ses émissions de CO2 à l’horizon 2020. Un objectif inatteignable selon plusieurs experts, qui l’assimilent avant tout à une annonce politique. En 2018, cette réduction n’atteindra en effet que 28%…

Même cas de figure du côté du Japon. Echaudé par la catastrophe de Fukushima, le gouvernement japonais a décidé la construction de 44 centrales thermiques au charbon, et ce malgré l’engagement du pays en faveur des énergies propres. Ce que relativise Tatsuo Masuda, professeur à l’université de Nagoya: "L’engagement du Japon pour les énergies renouvelables ne doit, en aucun cas, constituer un obstacle au développement des entreprises nippones".

En clair, la croissance d’abord, l’écologie ensuite… Un dogme adopté par plusieurs pays dans le monde, avec à leur tête la Chine qui consomme 50% du charbon mondial et dispose, au même titre que les USA, de 200 ans de réserves.

Le retour du nucléaire

"Il existe un réel intérêt à orienter les efforts de R&D vers le charbon. Ce sera certainement, au même titre que le pétrole, une importante source d’énergie au cours des prochaines décennies. A nous de donner jour à une technologie qui permet de l’exploiter de façon propre", estime André Caillet, ancien président du Conseil mondial de l’énergie.

Pour autant, les experts s’accordent sur un point: il sera difficile de voir un futur où les économies reposeront essentiellement sur les énergies renouvelables. Principalement en raison de l’intermittence des ressources et des problèmes liés au stockage de l’électricité.

Quelle alternative peut-on alors adopter, si l’on veut atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle? Certains pays privilégient le nucléaire - notamment la Chine, l’Inde et la Russie, qui comptent orienter leurs efforts vers l’agrandissement de leur parc de centrales nucléaires. Afin de disposer d’une source d’énergie qui reste parmi les plus compétitives, malgré les inconvénients en termes de sécurité et de gestion de déchets radioactifs.

Le gaz est-il une bonne alternative?

"On se focalise trop sur les énergies renouvelables, alors qu’on devrait d’abord songer à remplacer le charbon par le gaz", observe Friedbert Pflüger, qui appelle à "adopter une démarche plus pragmatique, avec moins d’idéologie et de politique".

Plusieurs experts considèrent en effet le recours au gaz comme le partenaire adéquat au développement des énergies renouvelables. "On a l’habitude de critiquer les USA mais force est de constater qu’ils ont fortement baissé leurs émissions de CO2 grâce aux gaz de schiste", souligne André Caillet. Les techniques d’extraction de ce combustible ont connu une amélioration ces dernières années, et le prix très compétitif du gaz influence grandement les stratégies énergétiques de nombreux pays, loin de tout parti-pris politique.

Si l’avenir des orientations énergétiques demeure assez vague - surtout à l’orée du pic du pétrole prévu en 2030; la seule certitude est que les énergies renouvelables continueront à longtemps cohabiter avec les combustibles fossiles, en l’absence d’une politique volontariste en la matière. Attention toutefois, car "le changement climatique avance plus rapidement que les décisions politiques", avertit Le Pr Masuda.

 

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