L'exécutif va tenter, mardi 11 décembre, de convaincre que les annonces faites la veille par Emmanuel Macron répondent aux demandes des "gilets jaunes", nombreux à se déclarer déçus et à vouloir poursuivre leur mobilisation.

La parole sera donnée au Premier ministre Edouard Philippe, appelé à détailler devant les députés les mesures rapidement dévoilées par le chef de l'Etat dans son "adresse à la Nation" télévisée.

Le pouvoir attend aussi d'étudier les mouvements de l'opinion, jugés cruciaux pour la poursuite de la crise, en l'absence d'organisation structurée des "gilets jaunes", un mouvement protéiforme et extrêmement décentralisé.

Juste après le discours, de nombreux protestataires ont annoncé leur détermination à poursuivre les blocages, notamment de rond-points, et ont appelé à un "acte V" de la mobilisation, samedi 15 décembre dans toute la France.

L'Etat cherche à prévenir de nouveaux graves débordements, comme celles des deux derniers week-ends, et Emmanuel Macron a averti que les "violences inadmissibles ne bénéficieront d'aucune indulgence".

Devant l'Assemblée nationale, Edouard Philippe devrait fixer les contours des principales mesures sociales énumérées par le chef de l'Etat: augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois ou heures sup payées "sans impôts ni charges".

De nombreuses inconnues demeurent sur leur mise en application: qui est concerné? A partir de quand? Avec quels financements?

"C'est le rôle du président de la République de fixer un cap et c'est le rôle du gouvernement de le mettre en œuvre", a expliqué lundi 10 décembre soir Olivier Dussopt, le secrétaire d'Etat auprès du ministre des Comptes publics.

De son côté, Emmanuel Macron recevra mardi après-midi des représentants du secteur bancaire puis le lendemain après-midi les grandes entreprises, pour leur demander de "participer à l'effort collectif" sans doute à travers des mesures fiscales.

Les mesures dévoilées lundi coûteront "entre 8 et 10 milliards, nous sommes en train de le préciser, de voir aussi comment nous allons le financer", a ajouté M. Dussopt sur BFMTV.

"Clé sous la porte"

"Beaucoup d'annonces semblent objectivement bricolées", a commenté Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique. "Après 4 semaines de combat, les 'gilets jaunes' se sont installés dans le paysage politique. Peut-être durablement. Ce retard dans la réaction est une faute politique majeure".

Ce discours de 13 minutes, prononcé à l'Elysée, était présenté comme décisif pour le président, sur sa capacité à relancer son quinquennat en surmontant la crise politique la plus grave depuis son arrivée au pouvoir.

Il a visiblement voulu donner des gages sociaux sans effrayer le monde économique, alors que la crise va faire perdre 0,1 point de croissance à la France au 4e trimestre, selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. La Banque de France a ramené à 0,2% contre 0,4% précédemment, sa prévision de croissance pour le dernier trimestre.

D'où des annonces qui ne pèsent ni sur les plus fortunés ni sur les entreprises. La mesure phare, la hausse pour les salariés au Smic, sera financée par une prime d'activité versée par l'Etat.

C'est également l'Etat qui paiera l'exonération de la hausse de CSG pour les retraites inférieures à 2.000 euros et la défiscalisation des heures supplémentaires. Quand à la prime de fin d'année, les entreprises sont appelées à la verser mais sur une base volontaire.

Les première réactions syndicales étaient d'ailleurs très critiques. Pour la CGT, Emmanuel Macron "n'a rien compris de la colère qui s'exprime". L'UNSA a regretté que rien ne soit prévu pour les fonctionnaires, souvent proches du Smic. Le patron de la CFDT, Laurent Berger, avait souhaité plus tôt dans la journée une prime "obligatoire".

Chez les "gilets jaunes", pour beaucoup très déçus par les 100 euros promis aux smicards, l'accueil était mitigé, avec des dissensions qui semblaient se renforcer entre les modérés et les radicaux.

Parmi les premiers, la Bretonne Jacline Mouraud a appelé lundi soir à "une trêve" en saluant "des avancées, une porte ouverte" du pouvoir. "On a une économie qui s'effondre, des commerçants prêts à mettre la clé sous la porte, on ne peut pas se rendre responsables d'une multitude de dépôts de bilan", a-t-elle plaidé.

Mais sur de nombreux points de rassemblement, comme à Aubagne (Bouches-du-Rhone) ou au Puy-en-Velay, les "gilets jaunes" se sont déclarés "insatisfaits" du discours d'Emmanuel Macron. "On va continuer à se battre, on n'est pas prêt de partir", a assuré l'un de leurs représentants.

Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a également apporté son soutien à un acte V de la mobilisation samedi.

(Avec AFP)

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L'exécutif va tenter, mardi 11 décembre, de convaincre que les annonces faites la veille par Emmanuel Macron répondent aux demandes des "gilets jaunes", nombreux à se déclarer déçus et à vouloir poursuivre leur mobilisation.

La parole sera donnée au Premier ministre Edouard Philippe, appelé à détailler devant les députés les mesures rapidement dévoilées par le chef de l'Etat dans son "adresse à la Nation" télévisée.

Le pouvoir attend aussi d'étudier les mouvements de l'opinion, jugés cruciaux pour la poursuite de la crise, en l'absence d'organisation structurée des "gilets jaunes", un mouvement protéiforme et extrêmement décentralisé.

Juste après le discours, de nombreux protestataires ont annoncé leur détermination à poursuivre les blocages, notamment de rond-points, et ont appelé à un "acte V" de la mobilisation, samedi 15 décembre dans toute la France.

L'Etat cherche à prévenir de nouveaux graves débordements, comme celles des deux derniers week-ends, et Emmanuel Macron a averti que les "violences inadmissibles ne bénéficieront d'aucune indulgence".

Devant l'Assemblée nationale, Edouard Philippe devrait fixer les contours des principales mesures sociales énumérées par le chef de l'Etat: augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois ou heures sup payées "sans impôts ni charges".

De nombreuses inconnues demeurent sur leur mise en application: qui est concerné? A partir de quand? Avec quels financements?

"C'est le rôle du président de la République de fixer un cap et c'est le rôle du gouvernement de le mettre en œuvre", a expliqué lundi 10 décembre soir Olivier Dussopt, le secrétaire d'Etat auprès du ministre des Comptes publics.

De son côté, Emmanuel Macron recevra mardi après-midi des représentants du secteur bancaire puis le lendemain après-midi les grandes entreprises, pour leur demander de "participer à l'effort collectif" sans doute à travers des mesures fiscales.

Les mesures dévoilées lundi coûteront "entre 8 et 10 milliards, nous sommes en train de le préciser, de voir aussi comment nous allons le financer", a ajouté M. Dussopt sur BFMTV.

"Clé sous la porte"

"Beaucoup d'annonces semblent objectivement bricolées", a commenté Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique. "Après 4 semaines de combat, les 'gilets jaunes' se sont installés dans le paysage politique. Peut-être durablement. Ce retard dans la réaction est une faute politique majeure".

Ce discours de 13 minutes, prononcé à l'Elysée, était présenté comme décisif pour le président, sur sa capacité à relancer son quinquennat en surmontant la crise politique la plus grave depuis son arrivée au pouvoir.

Il a visiblement voulu donner des gages sociaux sans effrayer le monde économique, alors que la crise va faire perdre 0,1 point de croissance à la France au 4e trimestre, selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. La Banque de France a ramené à 0,2% contre 0,4% précédemment, sa prévision de croissance pour le dernier trimestre.

D'où des annonces qui ne pèsent ni sur les plus fortunés ni sur les entreprises. La mesure phare, la hausse pour les salariés au Smic, sera financée par une prime d'activité versée par l'Etat.

C'est également l'Etat qui paiera l'exonération de la hausse de CSG pour les retraites inférieures à 2.000 euros et la défiscalisation des heures supplémentaires. Quand à la prime de fin d'année, les entreprises sont appelées à la verser mais sur une base volontaire.

Les première réactions syndicales étaient d'ailleurs très critiques. Pour la CGT, Emmanuel Macron "n'a rien compris de la colère qui s'exprime". L'UNSA a regretté que rien ne soit prévu pour les fonctionnaires, souvent proches du Smic. Le patron de la CFDT, Laurent Berger, avait souhaité plus tôt dans la journée une prime "obligatoire".

Chez les "gilets jaunes", pour beaucoup très déçus par les 100 euros promis aux smicards, l'accueil était mitigé, avec des dissensions qui semblaient se renforcer entre les modérés et les radicaux.

Parmi les premiers, la Bretonne Jacline Mouraud a appelé lundi soir à "une trêve" en saluant "des avancées, une porte ouverte" du pouvoir. "On a une économie qui s'effondre, des commerçants prêts à mettre la clé sous la porte, on ne peut pas se rendre responsables d'une multitude de dépôts de bilan", a-t-elle plaidé.

Mais sur de nombreux points de rassemblement, comme à Aubagne (Bouches-du-Rhone) ou au Puy-en-Velay, les "gilets jaunes" se sont déclarés "insatisfaits" du discours d'Emmanuel Macron. "On va continuer à se battre, on n'est pas prêt de partir", a assuré l'un de leurs représentants.

Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a également apporté son soutien à un acte V de la mobilisation samedi.

(Avec AFP)

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