Reportage. Guergarate, porte du sud
[Envoyé spécial]. Guergarate. Le mot est rocailleux comme l’étendue désertique qui l’entoure. Samedi 5 et dimanche 6 mars, je passe deux jours en ce lieu rendu mythique par l’actualité. Récit, impressions, images.
Un Marocain qui serait héliporté à Guergarate n’y verrait rien de différent que ce qu’il voit ailleurs sur les routes du Royaume. Sur les 370 km d’une route asphaltée et en très bon état, qui relie Dakhla à ce poste-frontière, nous croisons surtout des camions. C’est bien une route commerciale. Celle du flux Maroc-Afrique subsaharienne.
Etonnement, nous ne croisons pas un seul militaire. Seulement quelques rares gendarmes sur le long ruban d’asphalte. Même topo à Guergarate: aucun militaire à l’horizon, seulement des gendarmes et des douaniers. Beaucoup de chauffeurs routiers aussi, quelques touristes, des migrants qui montent vers le nord.
Les chauffeurs sont d’un abord facile. Ils ont tous quelque chose à dire: les camions, les oignons, les pommes de terre, la route, le tajine qui mijote, la camaraderie, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal… Ils aiment leur pays et le font savoir, d’où les drapeaux marocains ou les cartes du Maroc, assez courants sur les véhicules. La plupart descendent de la région d’Agadir, 1.500 km au nord de Guergarate par la route nationale n°1. 160 camions transitent au total chaque jour par Guergarate, dans les deux sens.
Le scanner à camions, ci-dessus.
Un nouveau poste-frontière va être construit en 2017.
Samedi aux premières heures de la matinée, j’attends Hamid à 100 km de Dakhla, au bord de la route. Me voici bientôt dans la cabine, Hamid est intarissable, entre nos échanges et la conversation sur WhatsApp, où il est membre d’un groupe de camionneurs marocains qui se font appeler les “Lions de la jungle africaine“.
Les membres échangent en permanence, notamment sur l’état de la route ou la météo. Entre Dakhla et Guergarate, des villages tels que El Argoub et Bir Guendouz, que les familiers de l’actualité des provinces sahariennes des années 70 et 80 connaissent bien.
Au poste-frontière, halte obligatoire, thé fort et conversations animées
Au poste-frontière, les routiers font halte avant de faire tamponner leurs passeports. Ils sacrifient au rituel du thé saharien, vert, fort, épais, comme on en boit dans tout le Sahara nord-africain, jusqu’en Libye.
Les camions passent dans les entrailles d’un énorme scanner de 4,5 m de hauteur (photo) qui scrute leur fret et leur carcasse. Impressionnant. Les voitures particulières, elles, évitent cette formalité.
Deux cafés encadrent la route à quelques mètres du poste-frontière, tenus par des jeunes venus de la région du Souss. L’un des deux cafés sert d’auberge, il loue à la nuit des chambres, au tarif de 100 à 150 DH.
Une station-service, un bureau de change et de transfert d’argent et enfin des épiceries complètent le tableau. Les épiceries sont remarquablement achalandées, on y trouve de tout.
Malgré leur propagande, les miliciens du Polisario sont invisibles
Les chauffeurs vous confient la traversée de Kandahar, c’est comme ça qu’on désigne le no man’s land, censé être interdit à toute présence permanente, civile ou militaire.
Le Maroc a goudronné une grande partie de la route Guergarate-frontière mauritanienne, longue de 4 à 5 km selon les chauffeurs. Il reste néanmoins environ 2 km non asphaltés, un calvaire pour des camions lourdement chargés et une menace permanente pour les pneus.
3 ou 4 jeeps du Polisario stationnent loin du poste-frontière, invisibles à l’œil nu malgré leur propagande. Ils arrêtent parfois, mais pas toujours, les camions marocains et en ont caillassé à cause d’un refus d’enlever la carte du Maroc ou le drapeau marocain.
Leurs provocations sont soigneusement mises en scène, avec photos et vidéos, pour pouvoir être relayées par les médias.
Les routiers sont intarissables sur leurs aventures, réelles ou supposées. Certains d’entre eux passent 20 jours par mois sur les routes africaines.
Pour ce qui concerne la situation militaire, on croit comprendre, à travers les médias, qu’il y a des menaces d’embrasement et que la situation est tendue. Sur le terrain, la situation est calme, le Maroc maîtrise ses nerfs, nos militaires sont invisibles et le Polisario ne se montre pas face au poste-frontière.
Journées ordinaires à Guergarate.
à lire aussi
Article : Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)
Porté par la Fondation nationale des musées, le futur musée du continent africain a franchi une étape décisive. Le président Mehdi Qotbi nous annonce que le plus grand complexe muséal d'Afrique, dont les travaux de gros œuvre ont dépassé 85%, entre dans sa phase finale avant une ouverture au public lors du dernier trimestre 2027.
Article : Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier
Selon une information révélée par Le Parisien, Hatim B., un Marocain de 32 ans qui effectuait des travaux de jardinage chez Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, a été expulsé le jeudi 23 avril vers le Maroc. En situation irrégulière en France depuis 2017, il faisait l’objet d’une mesure d’éloignement décidée par le préfet des Hauts-de-Seine.
Article : Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie
Annoncée par le département d’État, la tournée de Christopher Landau, du 27 avril au 1er mai, intervient dans un contexte marqué par l’implication croissante de Washington dans le suivi du dossier du Sahara et de ses prolongements onusiens.
Article : Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)
Le scrutin du 21 mai pour le renouvellement du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables met en concurrence 41 candidats pour 11 sièges. Parmi eux, se dégagent des profils issus de grands cabinets internationaux, comme EY, Deloitte, Mazars, BDO, KPMG ou Grant Thornton, des figures expérimentées déjà présentes dans les instances de l’Ordre et des profils plus récents, illustrant les équilibres internes de la profession.
Article : Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat
À Rabat, le ministère de la Solidarité a lancé la cellule centrale de prise en charge des femmes victimes de violence, chargée de renforcer la coordination institutionnelle, de superviser les structures territoriales et d'améliorer l’accompagnement juridique, psychologique et social des victimes.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH
La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 24 avril 2026 en baisse, avec un MASI en recul de 1,69% à 18.815,18 points. Les échanges ont atteint 667,11 MDH, dominés par Managem, Minière Touissit et Attijariwafa bank.






