Antonio Guterres est plus clair que son prédécesseur. Ses intentions concernant le dossier du Sahara sont précisées, et sur Guergarat, il est d’une clarté limpide. Le secrétaire général de l’ONU veut relancer les négociations directes, pour aboutir à une solution politique mutuellement acceptable et estime que l’Algérie doit s’impliquer dans cette recherche d’une solution définitive. Au final, ce rapport est positif pour le Maroc.

> Un contexte particulier:

La séquence actuelle prendra fin le 27 avril avec le vote de la résolution du Conseil de sécurité. Elle est marquée par trois premières: la première sortie du staff Trump sur ce dossier; la première manifestation de la fin de l’ère du tandem Ban Ki Moon – Ross; et enfin le premier rapport du nouveau secrétaire général Guterres.

On se demandait si Guterres, qui vient d’arriver, aura eu le temps de peser sur le rapport annuel; et si l’empreinte Ross serait encore visible.

La réponse est claire: L’empreinte Ross est en voie de disparition et le style Guterres est visible. Le rapport rompt en grande partie avec des pratiques du passé, dont le Maroc a souffert pendant une dizaine d’années.

Lire aussi : Sahara: les principaux points du premier rapport Guterres

> Sur Guergarat, le langage est clair et sans ambiguités:

-Le secrétaire général “salue“ le retrait du Maroc;

-il exprime sa déception quant au refus du “polisario“ de se retirer de la zone tampon ;

-et en plus, il “demande au Conseil de sécurité d'exhorter [urge: équivalent d’exhorter, presser, recommander avec insistance] le Front Polisario à se retirer complètement et inconditionnellement de la bande tampon de Guerguerat“. (Paragraphe 88)

Le “polisario“ a désormais, sur Guergarat, un problème avec le Conseil de sécurité et la communauté internationale. Le rapport a listé et constaté les provocations auxquelles il s’est livré dans cette zone en faisant entre autres obstacle au trafic civil.

>Politique: initiative marocaine d’autonomie, réalisme, rôle de l’Algérie.

Les passages concernant la situation politique et ses perspectives sont très intéressants.

Le secrétaire général reprend l’idée d’une solution politique mutuellement acceptable et évoque la nécessité de compromis. Il se réfère exclusivement à l’après-2006, date de la présentation de l’initiative marocaine d’autonomie. Et lorsqu’on dit compromis, on dit abandon des velléités indépendandistes. On utilise de nouveau le concept de réalisme, introduit en 2008 par Peter Van Walsum qui avait souligné devant le Conseil de sécurité que l’indépendance n’est pas une option réaliste.

“Au fil des ans, le Conseil a fourni l'orientation que les négociations doivent avoir lieu sans conditions préalables, de bonne foi, compte tenu des efforts déployés depuis 2006 et des développements ultérieurs et du travail avec réalisme et esprit de compromis“. (Paragraphe 81)

Mais la phrase qui marque un vrai tournant est celle-ci:

“Algeria and Mauritania, as neighbouring countries, can and should make important contributions to this process“.

“L’Algérie et la Mauritanie, en tant que pays voisins, peuvent et doivent fournir une importante contribution à ce processus“.

C’est la première fois que le mot “doivent“ est utilisé concernant l’Algérie. En d’autres termes, cela signifie que l’Algérie est obligée de fournir une contribution à la hauteur de son implication réelle dans la genèse du conflit et de son rôle quotidien auprès du “polisario“. On ne peut pas s’impliquer autant, faire de ce dossier la priorité nationale (algérienne), et affirmer qu’il s’agit d’un conflit bilatéral entre le Maroc et le “polisario“ qui doit être réglé entre ces deux parties.

>Un rapport moins polémique que ses prédécesseurs.

Le rapport évite les polémiques et sur la plupart des questions, adopte une posture factuelle.

Les mots ou concepts comme “territoires non-autonomes“, “référendum“, ont disparu.

>Ressources naturelles, Cour européenne de Justice, UA.

L’adhésion du Maroc à l’Union Africaine est citée factuellement.

Par contre, les polémiques sur les ressources naturelles ou la décision de la Cour européenne de Justice sont absentes. Ceci confirme que le véritable dépositaire du dossier reste l’ONU. L’accord agricole Maroc-UE est également absent du rapport.

>“Genève, grande faiblesse du rapport“.

Traditionnellement, le rapport du secrétaire général a deux sources essentielles: une partie genevoise, relative aux droits humains et une partie new-yorkaise, plus politique.

La première est faible. Par exemple, le rapport n’exige pas un recensement dans les camps de Tindouf. Il n’évoque le respect des droits humains que d’une manière générale, y compris dans les camps. La question des mécanismes à instaurer pour surveiller le respect des droits humains n’est pas soulevée.

Le rapport intégral, dans sa version originale (anglais) est disponible ici.

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Antonio Guterres est plus clair que son prédécesseur. Ses intentions concernant le dossier du Sahara sont précisées, et sur Guergarat, il est d’une clarté limpide. Le secrétaire général de l’ONU veut relancer les négociations directes, pour aboutir à une solution politique mutuellement acceptable et estime que l’Algérie doit s’impliquer dans cette recherche d’une solution définitive. Au final, ce rapport est positif pour le Maroc.

> Un contexte particulier:

La séquence actuelle prendra fin le 27 avril avec le vote de la résolution du Conseil de sécurité. Elle est marquée par trois premières: la première sortie du staff Trump sur ce dossier; la première manifestation de la fin de l’ère du tandem Ban Ki Moon – Ross; et enfin le premier rapport du nouveau secrétaire général Guterres.

On se demandait si Guterres, qui vient d’arriver, aura eu le temps de peser sur le rapport annuel; et si l’empreinte Ross serait encore visible.

La réponse est claire: L’empreinte Ross est en voie de disparition et le style Guterres est visible. Le rapport rompt en grande partie avec des pratiques du passé, dont le Maroc a souffert pendant une dizaine d’années.

Lire aussi : Sahara: les principaux points du premier rapport Guterres

> Sur Guergarat, le langage est clair et sans ambiguités:

-Le secrétaire général “salue“ le retrait du Maroc;

-il exprime sa déception quant au refus du “polisario“ de se retirer de la zone tampon ;

-et en plus, il “demande au Conseil de sécurité d'exhorter [urge: équivalent d’exhorter, presser, recommander avec insistance] le Front Polisario à se retirer complètement et inconditionnellement de la bande tampon de Guerguerat“. (Paragraphe 88)

Le “polisario“ a désormais, sur Guergarat, un problème avec le Conseil de sécurité et la communauté internationale. Le rapport a listé et constaté les provocations auxquelles il s’est livré dans cette zone en faisant entre autres obstacle au trafic civil.

>Politique: initiative marocaine d’autonomie, réalisme, rôle de l’Algérie.

Les passages concernant la situation politique et ses perspectives sont très intéressants.

Le secrétaire général reprend l’idée d’une solution politique mutuellement acceptable et évoque la nécessité de compromis. Il se réfère exclusivement à l’après-2006, date de la présentation de l’initiative marocaine d’autonomie. Et lorsqu’on dit compromis, on dit abandon des velléités indépendandistes. On utilise de nouveau le concept de réalisme, introduit en 2008 par Peter Van Walsum qui avait souligné devant le Conseil de sécurité que l’indépendance n’est pas une option réaliste.

“Au fil des ans, le Conseil a fourni l'orientation que les négociations doivent avoir lieu sans conditions préalables, de bonne foi, compte tenu des efforts déployés depuis 2006 et des développements ultérieurs et du travail avec réalisme et esprit de compromis“. (Paragraphe 81)

Mais la phrase qui marque un vrai tournant est celle-ci:

“Algeria and Mauritania, as neighbouring countries, can and should make important contributions to this process“.

“L’Algérie et la Mauritanie, en tant que pays voisins, peuvent et doivent fournir une importante contribution à ce processus“.

C’est la première fois que le mot “doivent“ est utilisé concernant l’Algérie. En d’autres termes, cela signifie que l’Algérie est obligée de fournir une contribution à la hauteur de son implication réelle dans la genèse du conflit et de son rôle quotidien auprès du “polisario“. On ne peut pas s’impliquer autant, faire de ce dossier la priorité nationale (algérienne), et affirmer qu’il s’agit d’un conflit bilatéral entre le Maroc et le “polisario“ qui doit être réglé entre ces deux parties.

>Un rapport moins polémique que ses prédécesseurs.

Le rapport évite les polémiques et sur la plupart des questions, adopte une posture factuelle.

Les mots ou concepts comme “territoires non-autonomes“, “référendum“, ont disparu.

>Ressources naturelles, Cour européenne de Justice, UA.

L’adhésion du Maroc à l’Union Africaine est citée factuellement.

Par contre, les polémiques sur les ressources naturelles ou la décision de la Cour européenne de Justice sont absentes. Ceci confirme que le véritable dépositaire du dossier reste l’ONU. L’accord agricole Maroc-UE est également absent du rapport.

>“Genève, grande faiblesse du rapport“.

Traditionnellement, le rapport du secrétaire général a deux sources essentielles: une partie genevoise, relative aux droits humains et une partie new-yorkaise, plus politique.

La première est faible. Par exemple, le rapport n’exige pas un recensement dans les camps de Tindouf. Il n’évoque le respect des droits humains que d’une manière générale, y compris dans les camps. La question des mécanismes à instaurer pour surveiller le respect des droits humains n’est pas soulevée.

Le rapport intégral, dans sa version originale (anglais) est disponible ici.

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