Entretien. Charafat Afilal: “Le volume d’eau souterraine prélevé dépasse largement le volume renouvelable”
Depuis quelques semaines, les populations dans certaines régions marocaines protestent contre la non-disponibilité de l’eau potable. S'agit-il des premiers effets du réchauffement climatique ou bien d'une mauvaise gestion de l'eau? Charafat Afailal, secrétaire d’État chargée de l’eau répond à nos questions.
Médias24: Pouvez-vous nous faire un état des lieux de la situation actuelle de l'approvisionnement en eau potable au Maroc?
Charafat Afilal: Durant cette année, notre pays a connu une situation pluviométrique déficitaire par rapport à la normale sur l’ensemble du territoire national. Le déficit a atteint 40% dans certaines régions, ce qui a induit une baisse importante des apports au niveau des barrages, notamment dans les zones rurales. Néanmoins, en dehors de quelques centres qui ont connu des perturbations limitées, l’approvisionnement en eau potable est assuré pour la majorité du territoire national.
Un recensement a fait ressortir qu’à l’échelle nationale, sur un total de 681 villes centres gérées par l’ONEE, 37 connaissent des perturbations d’alimentation en eau potable.
Pour ces zones, l’ONEE prendra les mesures urgentes et nécessaires pour mettre un terme aux problèmes de pénurie d’eau avant la fin de l’été 2018.
-Cette situation est-elle imputable au réchauffement climatique?
-Les changements climatiques ont tendance à renforcer l’ampleur et la fréquence des phénomènes extrêmes, comme les sécheresses et inondations, ce qui rend nos ressources en eau encore plus vulnérables aux caprices du climat.
Au cours de ces dernières décennies, le Maroc a évolué dans un contexte de vulnérabilité face au réchauffement climatique. Ce dernier a accentué la dynamique de pression sur les ressources naturelles, accompagné en cela par une raréfaction des ressources en eau, qui s’accentue, et dont la disponibilité est de 650 m3/habitant/an actuellement.
-Comment agir pour limiter les dégâts d’un phénomène plutôt prévisible?
-Face à cette situation, la politique nationale de l’eau menée a permis de prendre les mesures nécessaires pour satisfaire les besoins. Une importante infrastructure hydraulique a été réalisée, composée de 140 grands barrages totalisant une capacité de stockage de 17.6 milliards de mètres cubes. Plusieurs milliers de forages et de puits captant les eaux souterraines ont aussi été construits.
C’est ce qui a permis de satisfaire, sans difficultés majeures, les besoins en eau potable et industrielle. Cette politique nous a aussi permis de développer l’irrigation à grande échelle, même pendant les périodes de sécheresse qu’a connues le pays.
-Il semble que la nappe phréatique a, elle aussi, été intensivement utilisée...
-Les ressources en eau souterraines jouent un rôle déterminant dans la satisfaction des besoins en eau potable et de l’irrigation, notamment, à l’occasion des épisodes de sécheresse et de restrictions sur les eaux de surface.
Malgré leur rôle important dans le développement socio-économique du pays, elles sont gérées d’une manière non durable. Les bilans établis pour les principales nappes du pays montrent que le volume d’eau souterraine prélevée dépasse largement le volume renouvelable du fait que l’accès à ces ressources est facile alors que le contrôle est très difficile.
Cette surexploitation s’est traduite essentiellement par la baisse des niveaux piézométriques, la réduction des débits des sources et la dégradation de la qualité des eaux souterraines dans certains secteurs côtiers à cause de l’intrusion marine.
Pour faire face à cette surexploitation, un nouveau mode de gouvernance est instauré. Ce dernier privilégie la participation, l’implication et la responsabilisation des différents acteurs dans un cadre contractuel, "le contrat de nappe". Ce document fixera les responsabilités, les droits et les obligations des usagers de l’eau de l’administration et des différents intervenants concernés.
-Quelles sont les solutions que votre ministère va mettre en place pour anticiper ces problèmes dans les prochaines années?
-Pour renforcer le processus de planification et de gestion intégrée des ressources en eau et relever les défis majeurs liés au secteur de l’eau, le Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau, en concertation avec l’ensemble des partenaires, a élaboré le Plan National de l’Eau.
Ce programme repose sur 3 piliers, à savoir:
• La gestion de la demande et la valorisation de l’eau: Cela passe à travers la maîtrise de la demande en eau, la réduction des pertes d’eau et l’amélioration des efficiences.
•La gestion et le développement de l’offre: à travers la mobilisation des eaux de surface par les grands barrages (14 barrages en cours et 36 programmés), le transfert de l’eau du Nord vers le Sud, la valorisation des eaux de surface au niveau local par les petits barrages et le recours aux eaux non conventionnelles (dessalement de l’eau de mer, réutilisation des eaux usées épurées).
•La préservation des ressources en eau du milieu naturel et l’adaptation aux changements climatiques.
-Autrement dit, ce problème ne va pas refaire surface durant les prochaines années?
-La diversification des sources d’approvisionnement en eau, eaux conventionnelles et non conventionnelles, et la bonne gestion et la préservation des ressources en eau disponibles, permettra au Maroc d'assurer l'approvisionnement en eau dans les différentes conditions climatiques, surtout en période de sécheresse.
Le Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau entame actuellement le processus de révision du Plan National de l’Eau pour tenir compte de la nouvelle loi sur l’eau et des changements ayant impactés le cycle de l’eau.
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