Sahara: dans un rapport au conseil de sécurité, Guterres veut y croire
Sauf incroyable coup de théâtre, le Conseil de sécurité prolongera d’ici fin octobre, le mandat de la Minurso. Le 27 avril dernier, le conseil avait prolongé ce mandat de 6 mois seulement, au lieu d'un an, et ce à la demande des USA.
Washington voulait par ce geste, exercer une pression sur les parties pour une reprise des discussions.
L’ONU recherche une solution définitive, politique et mutuellement acceptable, ce qui avait été réaffirmé dans la résolution du conseil de sécurité du 27 avril 2018.
Le Maroc a proposé une solution d’autonomie. Les envoyés personnels du secrétaire général de l’ONU, Baker et Ross avaient tenté des formules de rencontres directes avec les parties, qui n’ont permis aucune avancée.
Le Maroc refuse désormais tout processus de type Ross ou Baker. Il estime que sans la présence de l’Algérie, la recherche d’une solution ne pourrait en aucun cas avancer. C’est l’Algérie qui accueille sur son territoire, qui arme et qui mobilise sa diplomatie en faveur des thèses séparatistes.
Le nouvel envoyé personnel Horst Köhler avait invité les parties à des rencontres à Berlin au début de l’année 2018. Le Maroc a marqué sa distance et ses réserves en rencontrant l’envoyé personnel seulement en mars et non pas à Berlin, mais à Lisbonne. La délégation était conduite par Nasser Bourita et comprenait des représentants élus des populations du Sahara.
Le Roi Mohammed VI puis le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita ont exposé publiquement les lignes rouges du Maroc dans la recherche d’une solution. Parmi ces lignes, la souveraineté marocaine n’est pas négociable. De plus, sans la présence de l’Algérie, le Maroc ne participera pas à des rencontres. Le Maroc ne rencontrera pas le polisario sans la présence de l’Algérie.
Mais Köhler doit avancer, pour monter aux membres du conseil de sécurité qu’il se passe quelque chose. Que l’espoir de règlement persiste.
Il a adressé au Maroc, au polisario, à la Mauritanie et… à l’Algérie, une invitation pour une rencontre à Genève les 5 et 6 décembre prochains.
Quelle que soit la réponse de l’Algérie, le Maroc aura marqué un point. Que l’Algérie accepte ou qu’elle refuse de se rendre à Genève.
Les uns et les autres jouent d’ailleurs sur les mots. Non, “ce n’est pas un début de processus, ce n’est pas un round de négociation, c’est une table-ronde…“
Pour le Maroc, un processus n’est pas une fin en soi. Il faut connaître le point d’arrivée, l’objectif, avant de s’y lancer. S’agit-il réellement de trouver une solution politique durable et mutuellement acceptable? Si oui, cela doit se faire dans le cadre de la souveraineté marocaine. Et dans ce cas, il faut discuter du plan d’autonomie par exemple.
Par contre, si on se réunit pour se réunir et donner l’impression qu’il se passe quelque chose, chaque partie va réitérer sa position et il n’y aura pas d’avancée.
Tout ce qui passe aux Nations Unies et au Conseil de sécurité tourne autour de ce point central: lancer un processus oui, mais sans l’Algérie il est voué à l’échec. Donc, processus ou pas? Algérie ou pas? Telles sont les vraies questions.
En attendant que se déroulent les entretiens des 5 et 6 décembre, le Conseil de sécurité doit renouveler le mandat de la Minurso.
Mercredi 3 octobre 2018, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exposé ses vues au conseil de sécurité, dans un rapport préliminaire.
Il a souligné que le Maroc et le “polisario“ ont répondu favorablement à l’invitation de Horst Köhler les 5 et 6 décembre prochains à Genève. Il demande au Conseil de renouveler le mandat de la Minurso pour 1 an et pas seulement 6 mois, “afin de soutenir la reprise de négociations politiques“, selon une dépêche de l’AFP.
"Je recommande au Conseil d'étendre d'un an le mandat de la Minurso, jusqu'au 31 octobre 2019, afin de donner à mon émissaire l'espace et le temps nécessaires à la création de conditions permettant au processus politique d'avancer", a-t-il écrit dans ce document obtenu par l'AFP.
"J'exhorte les parties et les voisins à venir à la table de négociations de bonne foi et sans préconditions", les 5 et 6 décembre en Suisse comme les y a invités fin septembre l'émissaire Horst Köhler, affirme-t-il aussi.
Le Maroc a fourni une réponse favorable le 2 octobre et le polisario le lendemain, selon l’exposé de Guterres. Ce dernier se dit “confiant“ sur les réponses de la Mauritanie et de l’Algérie. Il utilise l’expression "discussions préliminaires" pour qualifier la rencontre de Genève.
Dans son rapport cité par l’AFP, Guterres note des "développements positifs" dans le comportement du polisario, la disposition de l'Algérie et de la Mauritanie à "un rôle plus actif dans le processus de négociations" et un "signe encourageant" du Maroc lorsqu'il a facilité les déplacements de l'ex-président allemand Horst Köhler “au Sahara occidental“.
Le programme de travail du conseil de sécurité prévoit trois réunions consacrées au Sahara en ce mois d’octobre, la dernière était fixée au 29 du mois, et décidera certainement le renouvellement du mandat de la Minurso.
Au Conseil de sécurité, "tout le monde est convaincu qu'il faut continuer sauf les Américains", indique un diplomate sous couvert d'anonymat, cité par l’AFP.
"Maintenir des conditions pacifiques et stables sur le terrain est essentiel pour favoriser une reprise du processus politique", insiste le secrétaire général dans son rapport. "La Minurso demeure un élément clé des Nations unies pour obtenir une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable", fait-il valoir.
Chargée de garantir un cessez-le-feu conclu en 1991 par le Maroc et le Front Polisario indépendantiste, la Minurso compte environ 240 personnels militaires pour un budget annuel d'une cinquantaine de millions de dollars.
(Avec AFP)
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