Istiqlal, champ politique, gouvernement: les confidences de Nizar Baraka
Quel candidat est Nizar Baraka? Et que compte-t-il faire s’il est élu à la tête de l’Istiqlal? Quel diagnostic fait-il de la situation du parti? Et du champ politique marocain? Premières infos, premières impressions à l‘issue d’une rapide discussion à bâtons rompus.
Comme le dit quelqu’un qui le connaît bien, Nizar Baraka a pris le temps de réfléchir. Le discours qu’il tient au sujet de l’Istiqlal est cohérent, construit et désigne un horizon.
Le 2 octobre prochain, Baraka se réveillera probablement secrétaire général de l’Istiqlal, à l’issue du congrès où il aura été élu la veille.
En réalité, ce n’est pas exactement le congrès qui élit le secrétaire général. C’est le Conseil National, ce “parlement“ composé de plus d’un millier de militants. La composition du Conseil national est en plein renouvellement en ce moment et c’est le nouveau conseil, formé aux alentours du 18 septembre prochain, qui choisira le secrétaire général, en marge de la tenue du congrès, ainsi que le nouveau comité exécutif.
D’habitude, le conseil national se réunit à l’occasion du congrès et élit les 25 membres (26 avec le secrétaire général) du comité exécutif, dans la foulée de l’élection du secrétaire général.
Si Nizar est élu, il proposera de différer l’élection du comité exécutif de quelques semaines.
Et, ce 2 octobre, démissionnera-t-il du CESE? Pas de réponse.
Le congrès de l’Istiqlal s’ouvrira le 29 septembre. Ce n’est qu’à la clôture de ce congrès et après lecture de la déclaration finale et des décisions que le conseil national choisira le nouveau secrétaire général.
Pour le moment, deux candidats se sont déclarés: Chabat et Baraka. L’avantage semble être acquis au second, selon tous les indices disponibles.
Y aura-t-il d’autres candidats? Les statuts permettent de faire acte de candidature, y compris à main levée, jusqu’au dernier moment, juste avant le vote. C’est dire qu’il peut y avoir des surprises.
Que fera le nouveau secrétaire général? Quelle sera sa position vis-à-vis du gouvernement actuel?
Ces questions sont prématurées et l’image générale du paysage politique reste marquée par un certain flou, selon notre interlocuteur.
Si l’on se réfère à ce qui peut être considéré comme l’ossature de sa plateforme, il n’y aura ni alliance opportuniste, ni conjoncturelle, ni affinitaire. Ce seront les projets de chaque parti qui feront que l’on se rapproche ou pas. Il faut qu’il y ait un programme commun. Concernant le positionnement dans le champ politique ainsi que les alliances et l’éventuelle entrée au gouvernement, le dernier mot reviendra au Conseil national. D'ailleurs, si Baraka est élu, il ne compte pas mener seul la barque istiqlalienne. Il veut impliquer toutes les tendances, tous les courants et respecter totalement le rôle des instances du parti.
Le déclic ou comment il a eu l’idée “d’y aller“
En décembre 2016, Chabat réalise une sorte de “putsch“. C’est comme ça que Baraka perçoit les différentes menées du secrétaire général. A partir du Conseil national du 31 décembre, où il annoncera un retrait déguisé, il ne réunira plus le comité exécutif et prendra toutes les décisions seul. Il effectue une tournée dans les régions, où il se positionne comme le sauveteur du parti et le garant de son indépendance contre les “ennemis de l’extérieur“.
En quelques semaines, l’idée d’un second mandat semblait s’imposer à la plupart comme un mal inéluctable. “Pour moi, un second mandat de Chabat aurait signé la fin du parti“, raconte Nizar Baraka. C’est à ce moment qu’il décide de sauter le pas.
A l’époque, sa manière de s’y prendre est perçue par certains comme trop douce et trop consensuelle. Mais il connaît bien l’ADN du parti et l’avenir lui donnera raison. Il se positionne comme un rassembleur. Il ne veut ni vainqueur ni vaincu, mais une place pour chacun. Il veut redonner son lustre au vieux parti, en refaire une grande marque. Ce discours est entendu.
Sans tapage médiatique, il effectue sa tournée des régions, et rencontre tous ceux qui comptent dans l’Istiqlal ou presque. En juin, il lance une consultation des militants et des sympathisants. Elle dégage quatre priorités: l’enseignement, l’emploi, la santé et la lutte contre la corruption.
Il raconte que les militants qu’il a rencontrés sont “affligés“ par la situation dans laquelle se trouve le parti. Ils en font porter la responsabilité à Chabat mais ne veulent pas qu’il soit humilié. Ils veulent qu’on lui ménage une sortie digne.
“L’Istiqlal était un repère de la vie politique, un repère pour le citoyen. L’arrivée de Chabat l’a détruit“. Nizar veut restaurer le repère. Le ressusciter. “Le parti est en lambeaux, dans un état lamentable, nous n’avons plus d’organisation, d’idéaux, nous ne produisons plus rien, ni idées, ni initiatives. Le parti a été désarticulé pour servir les intérêts de personnes, le militant est devenu un soldat qui est censé uniquement obéir aux ordres“.
Baraka dénonce le clientélisme le système opportuniste qui a été tissé et qui trahit l’histoire et les valeurs du parti. En d’autres termes, l’Istiqlal est sur la mauvaise pente celle qui peut en faire un parti administratif. “Le Maroc n’a pas besoin de partis administratifs“, rappelle Nizar.
Baraka veut “sauver le parti“, préserver son unité, mettre toutes les parties à contribution pour trouver une solution. Le problème s’appelle Hamid Chabat et le système qu’il a installé. Hamid Chabat, l’ancien syndicaliste, l’adepte de la politique du précipice dans chaque conflit.
Le nouveau parti de l’Istiqlal ne sera pas “un club de notables“ mais “un vrai parti“. Les notables auront certes leur place, mais pas “moul chkara“ qui va casquer pour son siège de député avant de disparaître jusqu’aux élections suivantes.
Le programme du candidat Baraka sera dévoilé au cours de la seconde quinzaine de septembre. Il sera en partie inspiré par le résultat de la consultation lancée en juin auprès des militants et sympathisants.
Les quatre prochaines années seront ainsi consacrées à reconstruire le parti. Nizar Baraka veut rétablir la crédibilité du parti, sa capacité d’agir, de produire, d’encadrer, de porter la voix des citoyens. Pour redevenir “un vrai parti“.
Les militants sont certes “affligés et inquiets pour le parti“, mais Baraka estime aussi qu’ils sont pleins de bonne volonté et désireux de se mobiliser pour le sauver.
L’Istiqlal a un énorme réservoir de militants, de sympathisants et d’électeurs, selon lui. Il estime que le mode de scrutin doit changer. “Le Maroc a besoin d’élus qui ne sont pas uniquement là pour légiférer mais également pour résoudre les problèmes des gens“.
Il déplore les exigences de ceux qui font mine de demander ce que l’Etat a fait pour eux au lieu de donner l’exemple et de servir le pays. Idem pour le parti: “le militant devra s’engager, pour le parti, pour l’intérêt général, pour le citoyen, pour le pays, au lieu de s’engager pour obtenir un avantage personnel.“
Passer de la politique-spectacle à la politique au service du citoyen
Il constate la montée de la défiance vis-à-vis du politique et trouve cela dangereux. “Nous avons besoin de passer de la politique-spectacle à la politique au service du citoyen“. Le populisme a une durée de vie courte, estime-t-il, il est vite “rattrapé par la vérité“.
Féroce à l’égard du PJD
Le PJD serait-il une sorte d’usurpateur?
“Pour nous, le PJD est un concurrent“. Le PJD est accusé d’avoir repris le discours de l’Istiqlal, sa légitimité, a voulu s’approprier le combat démocratique et national, ressusciter la Koutla pour en tirer une légitimité nouvelle.
Au cours des dernières élections législatives, il n’y a pas eu de débat sur le bilan du gouvernement sortant mais un “débat pour ou contre le tahakkoum“.
Nizar Baraka a siégé dans le premier gouvernement Benkirane, de janvier 2012 jusqu’à octobre 2013, en tant que ministre de l’Economie et des Finances. “Il y avait une volonté de s’implanter dans le pays et notamment dans le monde rural qui était une cible, à travers la gestion de programmes ou de ministères spécifiques“. Selon lui, il a bien décelé la tentation de faire passer le parti avant le pays. Sur les délais de paiement, il accuse ce parti qui conduisait la Majorité, d’avoir refusé de prendre des mesures, ce qui a provoqué une forte mortalité dans les PME et une destruction d’emplois qui se poursuit.
Pour lui, le PJD a sciemment désarticulé l'administration par les décisions en matière de concours et ce, malgré l’opposition de plusieurs ministres: auparavant, les postes libérés étaient d’abord occupés par des cadres de la même administration dans le cadre de promotions internes. Avec le PJD, les postes ont été ouverts à tout le monde et il n’y avait pas de fiches de profils pour les postes. Chaque appel à candidature était fait sur mesure pour écarter certains profils.
Enfin, il reproche au PJD d’avoir marginalisé toute forme de dialogue: dialogue social par exemple. Le Chef du gouvernement sortant ne s’est jamais réuni avec les partis d’opposition, déplore-t-il.
Entrer au gouvernement ou pas? C'est le parti qui décidera
L’Istiqlal tel que le voit Nizar Baraka, devra s’inscrire dans une logique de projets, les alliances devront donc être basées sur les programmes. “Le programme actuel du gouvernement ne convient pas. C’est un programme d’administration“. Il n’y voit aucune capacité de s’inscrire dans un objectif qui touche le citoyen. Il déplore l’absence de vision et de priorités et relève que jusqu’à présent, il n’y a pas de pacte de la Majorité. “La jeunesse est perçue comme un fardeau“, assène-t-il, “et non comme une aubaine pour le pays“. Au final, la décision ne relève du seul secrétaire général mais des instances du parti.
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