Bourita à Washington pour restaurer la bonne image du Maroc

La visite du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita à Washington intervient après la publication une série d’articles peu flatteurs pour le Maroc dans la presse américaine et des critiques venant de think tanks, de milieux universitaires et de certains milieux politiques.

Les développements de la crise du Rif avec ses manifestations, ses arrestations et ses procès impactent l’image du Maroc aux Etats-Unis. Le Royaume outre qu’il entretient des relations diplomatiques anciennes avec Washington, est lié avec les Américains par un important accord de libre-échange et un développement substantiel des investissements US au Maroc au cours de ces dernières années.

Le constructeur automobile Ford, l’avionneur Boeing ou les équipementiers Lear ou Delphi ont choisi ces dernières années de développer leurs investissements ici.

Pour ne citer que trois articles récents parus sur les colonnes du Washington Post (WP) et du New York Times (NYT) au cours du dernier mois, la gestion de la crise du Rif est critiquée ainsi que les conséquences politiques de cette gestion.

Vish Saktivel et Tim Kaine

La chercheure Vish Saktivel  aujourd’hui au Foreign Policy Research Institute et auparavant au Washington Institute écrit ainsi dans le WP du 18 août dernier que “le Maroc a longtemps joui de la réputation de l’un des régimes les plus stables dans la région, mais que des manifestations récurrentes dans la province septentrionale du Rif soulèvent des questions sur ce que l’on appelle l’exception marocaine“.

L’article parle “de colère populaire contre l’autoritarisme politique et la prédation économique“. Vish Saktivel, spécialisée en politique au Maghreb, écrit qu’il y a une année, “je ne pouvais imaginer que cette rhétorique antisystème prendrait“.

Le 26 août, ce sera au tour de Aida Alami de rappeler dans un long article paru dans le NYT la mort de Mohcine Fikri, les 280 militants et manifestants arrêtés et l’emprisonnement puis la grâce royale de Silya Ziani.

Dans le NYT, Ahmed Benchemsi ancien patron de Tel Quel et aujourd’hui porte-parole à Human Rights Watch (HRW) estime que cette situation représente “une sérieuse détérioration du climat des droits de l’homme au Maroc. Des cas épisodiques d’abus policiers et de répression de protestations pacifiques ont été enregistrés dans un passé récent, mais pas sur une telle échelle depuis plusieurs années“.

Le 5 septembre dernier,Human Rights Watch a appelé Rabat à enquêter sur les abus policiers et les cas de torture signalés par la défense des personnes emprisonnés. Au sujet du Rif, Hicham Aïdi de l’université de Columbia à New York parle de “réponse disproportionnée du régime marocain“.

Un éditorial du New York Times (NYT) paru le 1er septembre titré “Le refus du Maroc d’écouter“ démarre par un constat sévère: “La répression des protestations dans la région du Rif met la stabilité du pays en danger“, rappelant les interpellations de militants du Hirak et de journalistes. L’éditorial du NYT rappelle les revendications sociales et économiques des manifestants d’Al Hoceima et d’Imzouren et note qu’un centre d’oncologie a été ouvert et des offres pour des emplois publics ont été faites. Conclusion du NY: “Ce bon début doit être suivi par la mise en place de services de base qui manquent aux citoyens, un retrait des forces de sécurité et le respect des droits constitutionnels qui constituent la meilleure garantie de la stabilité à long terme du Maroc“.

Ces thèmes et ces opinions ont très certainement été abordés par Nasser Bourita lors de ses rencontres à Washington avec son homologue Rex Tillerson et le conseiller du président Trump, Jared Kushner avec lesquelles c’était le premier contact direct et officiel de la diplomatie marocaine, alors que Washington ne dispose pas d’ambassadeur à Rabat depuis fin janvier 2017.

M. Bourita rencontrera peut-être à son prochain séjour américain fin septembre, le sénateur de Virginie et ancien colistier d’Hillary Clinton à l’élection présidentielle de novembre 2016, Tim Kaine.

Kaine s’est exprimé le 23 août sur les développements politiques au Maroc. Sa lettre a largement circulé parmi les internautes marocains.  Voici ce qu’il écrit: “J’ai des préoccupations s’agissant de l’état des institutions démocratiques et des droits de l’Homme au Maroc. Les citoyens ne sont pas pleinement protégés, les médias indépendants sont contrôlés et des membres de l’opposition sont souvent injustement visés en raison de leurs opinions politiques“. Les sujets d’Al Hoceima et du Rif ne sont naturellement pas oubliés par le sénateur.

 Ces réactions américaines à la situation au Maroc ne signifient en rien que Washington exercera dès demain des pressions politiques sur Rabat, sauf si la situation continue de se dégrader comme depuis le début de cette année. Toutefois, ces deux médias hautement réputés, NYT et WP,  constituent la lecture quotidienne des diplomates du monde entier, de chercheurs et d’observateurs qu’ils soient à Paris ou au siège des Nations unies sur le bord de l’Hudson.

Le Maroc dispose aussi des moyens de surmonter cette crise

Mais les articles du NYT du WP ou un rapport de Human Rights Watch révèlent les progrès politiques qu’il reste à faire au Maroc. Ils rappellent qu’avec pressions américaines ou pas et image écornée ou pas, l’approfondissement de la démocratie marocaine et le développement d’une économie inclusive restent les meilleures armes et amies de la stabilité présente et future du Maroc.

Sur un registre similaire mais cette fois-ci en rapport avec l’Afrique et sur les colonnes de   Panorapost, le militant associatif et ancien conseiller ministériel dans le gouvernement Fillon Mohamed Abdi répondait ainsi à une question de Aziz Boucetta sur le discours royal du 20 août dernier: “Cette stratégie [africaine] suppose que le Maroc va se débarrasser des pratiques et des oripeaux du passé. L’Afrique a besoin de démocratie et dans sa stratégie africaine, le Maroc se doit d’être un exemple sur le plan démocratique et de l’Etat de droit“.

Démocratie, diplomatie, image, soft power et succès économique et social sont indissociables dans un Etat moderne au XXIème siècle. 

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Bourita à Washington pour restaurer la bonne image du Maroc

La visite du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita à Washington intervient après la publication une série d’articles peu flatteurs pour le Maroc dans la presse américaine et des critiques venant de think tanks, de milieux universitaires et de certains milieux politiques.

Les développements de la crise du Rif avec ses manifestations, ses arrestations et ses procès impactent l’image du Maroc aux Etats-Unis. Le Royaume outre qu’il entretient des relations diplomatiques anciennes avec Washington, est lié avec les Américains par un important accord de libre-échange et un développement substantiel des investissements US au Maroc au cours de ces dernières années.

Le constructeur automobile Ford, l’avionneur Boeing ou les équipementiers Lear ou Delphi ont choisi ces dernières années de développer leurs investissements ici.

Pour ne citer que trois articles récents parus sur les colonnes du Washington Post (WP) et du New York Times (NYT) au cours du dernier mois, la gestion de la crise du Rif est critiquée ainsi que les conséquences politiques de cette gestion.

Vish Saktivel et Tim Kaine

La chercheure Vish Saktivel  aujourd’hui au Foreign Policy Research Institute et auparavant au Washington Institute écrit ainsi dans le WP du 18 août dernier que “le Maroc a longtemps joui de la réputation de l’un des régimes les plus stables dans la région, mais que des manifestations récurrentes dans la province septentrionale du Rif soulèvent des questions sur ce que l’on appelle l’exception marocaine“.

L’article parle “de colère populaire contre l’autoritarisme politique et la prédation économique“. Vish Saktivel, spécialisée en politique au Maghreb, écrit qu’il y a une année, “je ne pouvais imaginer que cette rhétorique antisystème prendrait“.

Le 26 août, ce sera au tour de Aida Alami de rappeler dans un long article paru dans le NYT la mort de Mohcine Fikri, les 280 militants et manifestants arrêtés et l’emprisonnement puis la grâce royale de Silya Ziani.

Dans le NYT, Ahmed Benchemsi ancien patron de Tel Quel et aujourd’hui porte-parole à Human Rights Watch (HRW) estime que cette situation représente “une sérieuse détérioration du climat des droits de l’homme au Maroc. Des cas épisodiques d’abus policiers et de répression de protestations pacifiques ont été enregistrés dans un passé récent, mais pas sur une telle échelle depuis plusieurs années“.

Le 5 septembre dernier,Human Rights Watch a appelé Rabat à enquêter sur les abus policiers et les cas de torture signalés par la défense des personnes emprisonnés. Au sujet du Rif, Hicham Aïdi de l’université de Columbia à New York parle de “réponse disproportionnée du régime marocain“.

Un éditorial du New York Times (NYT) paru le 1er septembre titré “Le refus du Maroc d’écouter“ démarre par un constat sévère: “La répression des protestations dans la région du Rif met la stabilité du pays en danger“, rappelant les interpellations de militants du Hirak et de journalistes. L’éditorial du NYT rappelle les revendications sociales et économiques des manifestants d’Al Hoceima et d’Imzouren et note qu’un centre d’oncologie a été ouvert et des offres pour des emplois publics ont été faites. Conclusion du NY: “Ce bon début doit être suivi par la mise en place de services de base qui manquent aux citoyens, un retrait des forces de sécurité et le respect des droits constitutionnels qui constituent la meilleure garantie de la stabilité à long terme du Maroc“.

Ces thèmes et ces opinions ont très certainement été abordés par Nasser Bourita lors de ses rencontres à Washington avec son homologue Rex Tillerson et le conseiller du président Trump, Jared Kushner avec lesquelles c’était le premier contact direct et officiel de la diplomatie marocaine, alors que Washington ne dispose pas d’ambassadeur à Rabat depuis fin janvier 2017.

M. Bourita rencontrera peut-être à son prochain séjour américain fin septembre, le sénateur de Virginie et ancien colistier d’Hillary Clinton à l’élection présidentielle de novembre 2016, Tim Kaine.

Kaine s’est exprimé le 23 août sur les développements politiques au Maroc. Sa lettre a largement circulé parmi les internautes marocains.  Voici ce qu’il écrit: “J’ai des préoccupations s’agissant de l’état des institutions démocratiques et des droits de l’Homme au Maroc. Les citoyens ne sont pas pleinement protégés, les médias indépendants sont contrôlés et des membres de l’opposition sont souvent injustement visés en raison de leurs opinions politiques“. Les sujets d’Al Hoceima et du Rif ne sont naturellement pas oubliés par le sénateur.

 Ces réactions américaines à la situation au Maroc ne signifient en rien que Washington exercera dès demain des pressions politiques sur Rabat, sauf si la situation continue de se dégrader comme depuis le début de cette année. Toutefois, ces deux médias hautement réputés, NYT et WP,  constituent la lecture quotidienne des diplomates du monde entier, de chercheurs et d’observateurs qu’ils soient à Paris ou au siège des Nations unies sur le bord de l’Hudson.

Le Maroc dispose aussi des moyens de surmonter cette crise

Mais les articles du NYT du WP ou un rapport de Human Rights Watch révèlent les progrès politiques qu’il reste à faire au Maroc. Ils rappellent qu’avec pressions américaines ou pas et image écornée ou pas, l’approfondissement de la démocratie marocaine et le développement d’une économie inclusive restent les meilleures armes et amies de la stabilité présente et future du Maroc.

Sur un registre similaire mais cette fois-ci en rapport avec l’Afrique et sur les colonnes de   Panorapost, le militant associatif et ancien conseiller ministériel dans le gouvernement Fillon Mohamed Abdi répondait ainsi à une question de Aziz Boucetta sur le discours royal du 20 août dernier: “Cette stratégie [africaine] suppose que le Maroc va se débarrasser des pratiques et des oripeaux du passé. L’Afrique a besoin de démocratie et dans sa stratégie africaine, le Maroc se doit d’être un exemple sur le plan démocratique et de l’Etat de droit“.

Démocratie, diplomatie, image, soft power et succès économique et social sont indissociables dans un Etat moderne au XXIème siècle. 

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