Jerada: la contestation ne faiblit pas
La visite à Jerada d’une délégation officielle - menée par Aziz Rabbah, a légèrement absorbé le mécontentement des habitants. Le mouvement de contestation ne s’est pas beaucoup essoufflé pour autant et prend même de nouvelles formes, avec la présence remarquée des étudiants et des femmes.
La délégation officielle a quitté Jerada, laissant derrière elle une population qui ne croit qu’à moitié aux promesses formulées lors des diverses réunions. La dernière ayant réuni officiels et syndicalistes jeudi soir.
Les délégués ont finalement réussi à arrondir les angles avec les représentants de la jeunesse de la ville. "Le Hirak est maintenant conscient du rôle que peuvent jouer les syndicats. Nous sommes partie prenante dans cette lutte, tout en respectant le rôle et la légitimité des contestataires", nous déclare Abdelilah Laâraj, délégué CDT de Jerada.
A noter tout de même que les dernières réunions, tenues jeudi soir, étaient assez houleuses comme on peut le voir dans cette vidéo.
Apparemment, cela ne refroidit nullement les manifestants, qui s’accrochent mordicus à leurs revendications avec un nouveau sens des réalités. Certaines demandes – comme la gratuité de l’eau et de l’électricité, ne font en effet plus l’unanimité lors des mouvements de contestations.
La gronde est toutefois intacte à l’égard des ‘’barons du sang et du charbon’’, qui incarnent aux yeux des habitants la cause de leur détresse. Selon Abdelilah Laâraj, Aziz Rabbah ne peut pas grand chose contre cette "mafia" organisée: "Leur puissance de frappe est politique et financière. Ces derniers jours, les barons essayent de saper la dynamique des protestations en tentant de soudoyer financièrement les manifestants, essayant d’exploiter encore plus leur misère". Selon nos sources, si la plupart résistent, certains se laissent tenter…
Médias24 a essayé de joindre Mustapha Toutou, député PAM et accessoirement frère de l’actuelle présidente du Conseil communal de Jerada. C’est aussi l’une des personnalités citées par la rumeur publique comme l'un des barons du charbon de Jerada, certains disent même que c’est le plus important. Malgré nos appels et nos messages, Mustapha Toutou n’a pas répondu.
Le ministre de l’Energie et des Mines, ainsi que le chef de gouvernement Saâdeddine Elotmani, se sont pourtant engagés à sévir contre tout contrevenant au cahier des charges relatif aux concessions minières.
Le chef de gouvernement a même précisé – lors du conseil de gouvernement tenu jeudi 4 janvier, que 1.400 permis d’exploitations avaient été retirés. Une décision que l’on pourrait relier - à tort, au hirak de Jerada, alors que cela s’apparente plutôt à du marketing politique puisqu'il s'agit d'une décision qui date de plusieurs mois au moins.
Au cours des manifestations qui se sont déroulées jeudi après-midi, les protestataires ont accordé peu de crédit à cette décision du gouvernement. Ils jugent insuffisant de retirer un permis d’exploitation si cela n’est pas accompagné d’une enquête et de sanctions appropriés, conformément au principe de reddition des comptes.
La matinée du vendredi a également vu l’organisation d’un sit-in des étudiants de l’OFPPT. Réunis en face de leur établissement, ils ont boycotté les cours en scandant des slogans exigeant de meilleurs équipements pour leur centre de formation.
Sur les pages FB consacrées à Jerada, on peut lire que le déclencheur de cette manifestation estudiantine est un reportage télévisé devant être tourné ce vendredi matin au sein de l’établissement – ce que les étudiants ont perçu comme une tentative de récupération. A titre d’anecdote et selon la même source, le centre a été repeint en une journée en prévision de ce reportage…

En résumé, tout indique que la crise n'est pas désamorcée. Les protestations continuent à l’heure où nous mettons en ligne cet article et, fait rarissime, on observe maintenant des femmes porter les revendications de la population.


Les mineurs comptent de leur côté organiser un sit-in illimité, à partir de samedi, au sein même des ‘’descenderies’’ de charbon. Habitants et syndicalistes comptent les soutenir tout en maintenant la pression dans la rue. "Si des solutions réelles ne sont pas trouvées, nous n’hésiterons pas à mener une nouvelle grève générale dans la province" avertit Abdelilah Laâraj, délégué CDT de la ville.
Parmi les habitants, d’autres vont plus loin. Ils exigent la présence d’une délégation composée de plusieurs ministres pour conférer une approche sectorielle aux négociations. Certains menaçant même d’organiser une marche de la dignité entre Jerada et Rabat…
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