Maroc. L'explosion du trafic de psychotropes en chiffres
EXCLUSIF. Si le ministère de la santé a refusé de nous éclairer sur sa responsabilité sanitaire à l’égard de ce problème de société, la hiérarchie de la DGSN a fait preuve de transparence en nous livrant leurs données récentes sur le sujet. Origine des substances psychotropes, circuit de distribution, nombre de comprimés saisis et d’individus interpellés, tout ce que vous devez savoir sur un trafic qui explose et impacte gravement la sécurité dans l’espace public.
D’ordinaire taiseux, les services de police ont été réactifs pour détailler à Médias24 les derniers résultats du travail de terrain des éléments affectés à la lutte contre le trafic de stupéfiants.
Interrogée plus particulièrement sur le trafic des psychotropes, la DGSN reconnaît que cette problématique récente dans le paysage sécuritaire constitue un défi majeur pour ses forces au regard des graves problèmes de santé publique et d’ordre public qu’elle occasionne.
Les services de lutte contre le trafic de stupéfiants désignent sous l’appellation substances psychotropes deux types de drogue commercialisés dans la rue sous forme de comprimés à avaler.
Du Karkoubi algérien
La première surnommée «Karkoubi» désigne les benzodiazépines réservés à la base aux pathologies psychiques dont l’usage médical détourné par des personnes, le plus souvent désœuvrées et jeunes, qui veulent échapper à leur condition ou se donner du courage pour perpétrer des agressions.
Si cette drogue du pauvre fait des ravages du fait de son prix modique (10 à 40 dirhams la pilule), elle est surtout connue des Marocains qui sont de plus en plus nombreux à craindre d’être agressés par ses utilisateurs littéralement possédés et coupables des pires forfaits quand ils en consomment.
Classée au tableau A des stupéfiants, elle fait perdre tout sens des réalités à ceux qui la gobent et provoque des actes ignobles dont les auteurs ne gardent aucun souvenir après leur forfait.
Selon notre source, toutes les enquêtes qui ont suivies les saisies policières montrent que ces substances (Rivotril, Valium), sont en grande majorité acheminées à partir du territoire algérien et dans une moindre mesure originaires du circuit légal (trafic d’origine médical ou pharmaceutique).
Notre interlocuteur précise que la région orientale continue à constituer en 2017 la plaque tournante de ce trafic en expliquant qu’elle abrite les réseaux d’intermédiaires entre les fournisseurs établis en Algérie et les distributeurs grossistes du territoire national.
Tel que cela ressort des données ci-dessous, les saisies de benzodiazépines ont connu une évolution très alarmante en 2016 malgré la stabilisation des saisies opérées pendant les 9 premiers mois de l’année.

Egalement classées psychotropes, les amphétamines de type Ecstasy ne cessent de gagner du terrain sur le marché illicite des stupéfiants au regard de l’incroyable hausse des saisies en seulement 4 années.
Augmentation de 5000% des saisies d’Ecstasy en seulement 4 ans!
Malgré le démantèlement croissant par les policiers de plusieurs organisations criminelles dédiées au trafic international d’Ecstasy depuis l’étranger et à destination du Maroc, le nombre de pilules saisies de «la drogue du bonheur» a crû de 5000% en un temps record (entre l'année 2014 et les neuf premiers mois de 2017).
Mise au point au 19ème siècle par un chimiste allemand, cette drogue était au départ utilisée pour ses vertus anorexigène et stimulantes, elle sera utilisée à partir des années 1980 dans les milieux festifs pour ses côtés empathogène qui génère l’empathie et entactogène qui facilite le contact humain.
Contrairement aux benzodiazépines qui déconnectent ses usagers de la réalité et leur font commettre des actes violents, son principe actif qui est la MDMA (méthylènedioxy-méthamphétamine) la positionne comme la «drogue du bonheur et de l’amour» où tout le monde est beau et gentil.
Même si le risque de décès est faible, cela ne l’empêche pas de provoquer des incidents cardiaques ou des troubles de la personnalité pour les consommateurs qui en abusent.
Très apprécié dans les soirées de musiques électroniques, son usage se banalise dans toutes les villes du Maroc au regard du prix abordable d’une pilule (100 dirhams) pour ses amateurs souvent jeunes.
Tableau illustrant le récapitulatif des saisies opérées entre 2014 et les neuf 1er mois de 2014:

Selon notre source, les principaux pays de provenance de l’Ecstasy sont la Belgique et les Pays-Bas où réside une forte communauté marocaine immigrée depuis plusieurs générations.
S’agissant des modes opératoires pour procéder à son expédition, les réseaux optent pour sa dissimulation dans des bagages non accompagnés à bord de soutes d’autocars appartenant à des agences de transport international de voyageurs et de marchandises. Hormis cette technique, les trafiquants recourent également aux services de convoyeurs recrutés parmi les MRE de ces pays.
Concernant les points d’entrée sur le territoire national, notre interlocuteur révèle que les plus importantes cargaisons saisies l’ont été aux ports maritimes de Nador et de Tanger Med ainsi qu’au poste frontalier de Beni Ansar situé à proximité de l’enclave espagnole de Melilla.
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