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Hépatite C. L’appel d’offres qui prive des milliers de Marocains de médicaments

Le ministère de la santé publique vient de lancer un appel d’offres pour acheter des médicaments nécessaires, entre autres, au traitement de l’hépatite C. Ce marché s’adresse seulement aux laboratoires qui disposent d'une AMM marocaine. Mais leurs prix sont plus chers que si les médicaments en question étaient importés. Jusqu'à 9 fois plus chers. En d'autres termes, avec le même budget, on pourrait soigner 9 fois plus de Marocains. 

Hépatite C. L’appel d’offres qui prive des milliers de Marocains de médicaments
El Mehdi Berrada
Le 21 novembre 2017 à 16h39 | Modifié 11 avril 2021 à 1h22

Le ministère de la santé a lancé très récemment un appel d’offres relatif à l’achat d’une quantité importante de médicaments destinés aux différents Centres Hospitaliers du pays. Sur cette liste, d’une vingtaine de produits, nous pouvons remarquer la présence des produits dédiés au traitement de l’Hépatite C.

Les soumissionnaires ont jusqu’au 30 novembre pour déposer leurs réponses. Les initiateurs de l’appel d’offres ont, par contre, intégré quelques conditions que les laboratoires doivent remplir avant de pouvoir être éligibles à ce marché. L’appel d’offres est limité aux laboratoires disposant d’une AMM (autorisation de mise sur le marché) au Maroc. Avec cette contrainte, qui est légale, l’Etat diminue drastiquement le nombre de malades qui pourront être soignés. Car pour ce cas particulier, ce qui est fabriqué au Maroc est cher.

La préférence nationale

Pour le cas des médicaments destinés au traitement de l’hépatite C, la condition précitée limite la concurrence à 2 laboratoires nationaux seulement. Il s’agit de Pharma5 et Galenica, qui sont actuellement les seuls à produire les génériques du Sofosbuvir et Daclatasvir. Selon des sources de l'industrie pharmaceutique, il existe également un laboratoire étranger qui a une AMM marocaine sur ces produits.

Les AMM à l'importation ne sont pas délivrés s'il existe un laboratoire qui fabrique le même médicament au Maroc. Dans ce cas, le labo qui désire avoir son AMM doit lui aussi fabriquer au Maroc. Condition logique et légitime. 

Le problème, c'est que l'hépatite C est une question de santé publique. Selon les estimations, 500.000 à 600.000 Marocains pourraient avoir besoin de traitement. C'est presqu'une cause nationale. Donc, faut-il privilégier l'accès du plus grand nombre ou la préférence industrielle nationale?

Cet appel d'offres ne semble pas faire l’unanimité au sein de la société civile. Pour cause, le prix actuel d’une cure des génériques marocains est très élevé en comparaison avec les tarifs présentés chez nos voisins égyptiens ou tunisiens par exemple.

Pour un traitement complet de 12 semaines de l’hépatite C avec des produits marocains, il faut prévoir plus de 13.500 DH. Un malade tunisien va payer trois fois moins qu'un Marocain et en Égypte, les prix sont 9 fois moins élevés que ceux pratiqués au Maroc.

Si les militants de la société civile regrettent que l’appel d’offres ne soit pas ouvert à l’international, c’est que les quantités désirées par le ministère sont importantes. Selon les clauses de l’appel d’offres, il s’agit de 590.352 comprimés du Sofosbuvir et le même nombre du Daclatasvir.

Le département de la santé indique aussi le prix unitaire avec lequel il souhaite s’approvisionner, à savoir 18,84 dirhams pour le Daclatasvir et 40,84 pour Sofosbuvir. En d’autres termes, l’Etat devrait dépenser plus de 35 millions de DH pour traiter environ 7.000 malades. 

Certes, il s’agit d’un appel d’offres et les laboratoires marocains peuvent faire un effort sur les prix pour remporter le marché. Seulement, iront-ils aussi loin que leurs compétiteurs en Tunisie ou en Égypte?

Traiter 9 fois plus de personnes

Avec ce que le ministère va dépenser pour acquérir ces médicaments, il aurait pu traiter un nombre plus important de patients si l’on s’approvisionnait par exemple auprès de Pharco le laboratoire égyptien. Pharco est cité ici comme simple exemple. D'autres fournisseurs internationaux existent, disposant de la "préqualification" OMS. Selon des sources médicales bien informées, il est possible d'obtenir des comprimés au profit de 60.000 personnes atteintes de l’hépatite C avec la même enveloppe budgétaire.

Cela aurait été probablement une occasion d’avancer sur le plan stratégique national (PSN) contre les hépatites mis en place et 2016 et qui s’étale jusqu’en 2021. Le Maroc a déjà pris 2 années de retard avant de lancer ce premier appel d’offres dans le cadre de ce PSN. Pis, selon des sources médicales, entre 2016 et 2017, nous avions un objectif de 30.000 personnes à traiter, sans aucun début d'exécution.

A noter que que les responsables au ministère de la santé n’ont pas répondu à nos appels téléphoniques et nos messages. Il est clair qu’avec plusieurs soumissionnaires, la concurrence aurait été plus importante et les tarifs auraient aussi certainement baissé.

Pour le traitement l’hépatite B, la condition relative à l’obtention d’une AMM au Maroc n’a pas été imposée. Au moment de la rédaction du cahier des charges, aucun laboratoire ne l'avait. Entretemps, Pharma 5 l'a obtenu. Pour l’achat de 109.800 comprimés de Tenofovir (générique qui traite l'hépatite B), tous les labos  peuvent théoriquement soumissionner. Théoriquement, car leurs dossiers seront rejetés systématiquement et légalement puisqu'un labo marocain a déjà obtenu son AMM.

Le plus intrigant dans l'affaire de l'hépatite B, c'est que le Tenofovir dans l'appel d'offres, figure au prix estimatif de 50 DH par comprimé ou gélule. Alors que ce produit va être mis sur le marché au prix de vente public de 10 DH le comprimé, comme le montre la photo ci-dessous qui nous a été adressée par un grossiste:

Hépatite C. L’appel d’offres qui prive des milliers de Marocains de médicaments

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El Mehdi Berrada
Le 21 novembre 2017 à 16h39

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