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Maroc: La nouvelle cible des trafiquants sud-américains de cocaïne 

Lundi 12 février 2018 à 17h19
Maroc: La nouvelle cible des trafiquants sud-américains de cocaïne
 

Le bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ) a saisi, dimanche 11 février, 541 kg de cocaïne pure, au port de Casablanca. Destinée, en théorie, au Cameroun, l’itinéraire final de la cargaison démontre l’intérêt croissant des trafiquants pour le marché émergent des consommateurs marocains mais aussi pour la position géographique du Maroc qui en fait la nouvelle porte d’entrée pour l’Europe et l’Afrique.

Joint par Médias24, Abdelhak Khiame, directeur général du BCIJ, nous révèle que cette importante saisie a pu avoir lieu grâce à un renseignement humain qui a permis aux éléments de son service de procéder à l’arrestation de 6 individus, dont cinq Marocains et un Brésilien. Une belle prise sachant que les services de sécurité européens arrivent très rarement à saisir de telles quantités de cocaïne qui connait depuis cinq ans un regain de consommation mondiale avec la baisse de son prix et la hausse de sa qualité.

Les révélations de l’enquête préliminaire du BCIJ

"Après les 2,5 tonnes saisies récemment, cette saisie est tout aussi historique pour notre pays. Vu qu'il s’agit de marchandise pure, ce sont au moins 1,5 tonnes qui échappent aux circuits censés les mener chez le consommateur final marocain ou européen". Les résultats d’analyse du laboratoire ont en effet déterminé un taux de pureté très élevé: 97%.

 «C’est grâce à une source humaine de la DGST que nous avons pu tracer le conteneur de marchandises dont la destination finale était soi-disant camerounaise et le port d'origine brésilien. 

Le cerveau de la bande est d’ailleurs brésilien et les autres individus interpelés sont de nationalité marocaine mais aucun d’entre eux n’était connu des services de police ni de la justice.

«Pour des raisons de compétences légales, nous étions assistés de douaniers pour effectuer la saisie mais jusqu’à la dernière minute, ces derniers n’étaient pas au courant des données ce dossier», nous révèle le patron du BCIJ dédié à la lutte anti-terroriste et contre le grand banditisme.

En d’autres termes, si les agents de la surveillance du territoire n’avaient pas activé leurs réseaux d’informateurs, cette bande aurait eu de fortes chances de prendre possession de cette cargaison et d'inonder les rues marocaines et européennes de cocaïne.

Notre interlocuteur précise en effet qu’hormis l’arrestation des suspects pendant la réception du «colis», la saisie, au domicile des suspects, de 5 voitures préparées pour transporter la cocaïne avec des caches aménagées, laisse penser que l’essentiel de la cargaison était destinée à l’Europe via les frontières terrestres et maritimes (Sebta ou Tanger) du Maroc.

Si Khiame refuse de préciser l’origine locale ou internationale du «tuyau», il est cependant probable qu’il provienne de la coopération internationale entre services de renseignements dont le métier repose sur le renseignement humain (Humint) et/ou électronique (interceptions de communication).

Quelle que soit l’origine de l’information ayant permis la saisie, le conteneur, parti du Brésil et dont les papiers indiquaient la ville portuaire de Douala comme destination, était surveillé dès son départ et que les enquêteurs savaient que le port de Casablanca était en réalité et contrairement aux papiers officiels, la destination finale de la cocaïne.

Pour une saisie, combien de cargaisons arrivent à passer?

S’il convient de saluer l’efficacité du BCIJ (et surtout de la DGST), il faut également souligner que l’augmentation des saisies et la persistance des trafiquants à privilégier la destination ou le transit marocain impliquent de facto que plusieurs cargaisons ont pu échapper aux radars des enquêteurs.

Comme l’enquête démarre à peine, on ne sait pas encore quelle quantité était destinée au marché local mais, selon Khiame, au moins une partie de cette cargaison était destinée aux consommateurs marocains.

Un phénomène inquiétant quand on sait que le gramme de cette drogue dure est passé en moins de dix ans de 800 DH à 400-500 DH à Casablanca et que son taux de pureté a au minimum doublé.

A Tanger, il faut par contre compter moins de 300 DH pour un gramme de cocaïne que plusieurs consommateurs réguliers présentent comme étant de qualité supérieure.

En fonction de leur degré de coupage (quantité d'origine multiplié par 3 ou 4), les 541 kg (1,5 à 2 tonnes au final) représentent un chiffre d'affaires compris entre 800 MDH et 1 MMDH s’ils avaient été revendus au détail dans les rues marocaines.

La démocratisation de la cocaïne ouvre la porte à l’arrivée du crack plus addictif et criminogène

La baisse du prix et la hausse de la qualité ouvre un large marché potentiel de nouveau consommateurs, autrefois cantonné à une utilisation festive pour des classes sociales aisées sachant qu’un usager «accro» consomme pas moins de 2 grammes par jour (environ 30.000 DH/mois).

A cela, il faut ajouter le fait que de plus en plus de Marocains qui sniffaient cette drogue se sont mis à la consommer sous forme de crack. Surnommé la drogue du pauvre, ce stupéfiant qui se fume (s’injecte plus rarement) est produit à partir de cocaïne purifiée avec du bicarbonate de sodium ou de l’ammoniaque.

Véritable épidémie en occident, le crack est particulièrement dangereux pour la santé et pose des grands problèmes de sécurité publique. Les consommateurs n’hésitent en effet pas à multiplier les agressions pour financer une toxicomanie qui décuple les effets dopants de la cocaïne mais dans une durée beaucoup plus courte (30 secondes d’effet contre une heure consommée par voie nasale).

Ce réseau aux ramifications transnationales et aux liens avec des cartels sud-américain avait donc manifestement décidé d’exploiter la position géographique stratégique du Maroc pour l’inonder avec cette drogue et l’utiliser comme base de transit vers l’Europe soumise à des contrôles plus stricts.

Le Maroc, la nouvelle route des narcotrafiquants?

Interrogé par notre rédaction, Xavier Raufer, très éminent criminologue français, pense que le choix du Maroc pour distribuer cette drogue produite en Colombie et en Bolivie n’est pas fortuit ni innocent.

"Après l'avoir acheté à des producteurs (pour une bouchée de pain) , les trafiquants se mettent d’accord avec des clients et confient la cocaïne à exporter à des transporteurs qui sont l’équivalent de DHL ou de Fedex.

Ces personnes sont capables de livrer plusieurs tonnes de marchandises d’un point A à un point B.

Réalistes, ces spécialistes savent qu'une route ouverte finira tôt ou tard par être découverte par les services de sécurité. Quand elle entre en fonction, une autre équipe travaille déjà à mettre en place un autre itinéraire.

Comme la route vers l’Afrique de l’Ouest est désormais grillée, la saisie des 2,5 tonnes puis des 500 kg de cocaïne montre que le Maroc est devenu la nouvelle cible des transporteurs

A un moment donné, ces derniers finiront par changer de route mais ce système qui a plus de 30 ans marche encore bien car les nombreuses saisies n’ont jamais réussi à tarir le flot de cocaïne en Europe

Leur impact est minime car si 70% de cette drogue était vraiment saisie, les prix à la consommation auraient explosé alors que c’est l’inverse qui se produit partout dans le monde y compris au Maroc où la cocaïne est devenue bon marché.

L’autre signe qui montre que les saisies n’influent pas vraiment sur ce marché est la pureté croissante de la coke distribuée dans la rue. On est passé d’un taux de 15% à plus de 40 voire 50%.

Malgré les saisies, il est difficile de prévoir combien de temps la route marocaine sera encore utilisée comme pays de transit mais il faut savoir qu’il est fréquent pour un réseau de sacrifier 500 kg pour faire passer 2 tonnes de marchandise.

Sachant que le kilogramme de cocaïne pure revient à 2.000 dollars en Colombie et culmine à 50.000 en Europe (sans la couper), les narcos peuvent se permettre de faire plaisir de temps à autre aux services des douanes en leur offrant une information pour faire passer une quantité beaucoup plus importante après», affirme Raufer.

Entre les lignes, il n’est donc pas impossible que les trafiquants aient décidé de «balancer» leur acheteur aux services marocains pour faire diversion et faire entrer une quantité bien plus importante au Maroc.

Pourquoi y a-t-il de plus en plus de consommateurs au Maroc?

«Le trafic facilité par les transporteurs entre le Brésil et la destination finale (Espagne ou Pays-Bas via le Maroc) est une chaîne qui comporte plusieurs anneaux transcontinentaux et régionaux.

Au bout d’un moment, quand une marchandise rapporte beaucoup d’argent, on entre dans une logique de rendement décroissant avec la prise en compte des saisies comptabilisées en charges.

Pour resserrer les coûts et économiser du cash, les narcos proposent à leurs transporteurs régionaux de les payer en drogue (80% à livrer et 20% de commissions). Fatalement, ces derniers écoulent sur place dans les pays de transit et inondent des pays comme le Maroc qui a accompli des progrès économiques importants et qui est devenu par conséquent un marché lucratif», conclut le criminologue. 

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