Menu
facebook twitter
 
.
.
Page d'accueil SOCIETE

Reportage: Personnel dépassé, citoyens à cran... Une soirée aux urgences du CHU Ibn Rochd de Casablanca 

Mercredi 8 août 2018 à 19h17
Reportage: Personnel dépassé, citoyens à cran... Une soirée aux urgences du CHU Ibn Rochd de Casablanca
 

Après la diffusion de plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux à propos de la situation des urgences et des hôpitaux publics, Médias24 effectue une immersion dans le service des urgences du CHU Ibn Rochd, au cours de la soirée du 7 août. Patients livrés à eux-mêmes, bagarres, manque d’équipements et de personnel…, voici ce que nous avons constaté.

Le système de santé au Maroc doit être revu de fond en comble. Les dysfonctionnements dont il souffre sont nombreux, ils sont énumérés et énoncés depuis des années par les différents responsables qui se sont succédés, par les rapports des organismes nationaux et internationaux, par la presse… 

Pourtant, le traitement tarde à venir, ou alors ce qui a été fait jusque-là n’a pas réussi à combattre le mal. Preuve s'il en faut, la grogne populaire actuelle qui devient difficile à contenir. 

Les Marocains tentent de faire entendre leur voix par tous les moyens possibles. Ils dénoncent le manque flagrant de qualité dans les structures publiques de santé. Leur arme ultime: les réseaux sociaux. De nos jours, tout un chacun filme et diffuse la misère dans ces établissements et leur insalubrité. Les vidéos de dénonciation se multiplient et mettent à nu de plus en plus les défaillances. La réponse des responsables de ce secteur, quand réponse il y a, ne convainc pas. 

L'un des derniers incidents en date est celui d'une touriste, peut-être MRE, qui a filmé l’intérieur des urgences du CHU Ibn Rochd de Casa, pour dénoncer la non-prise en charge d’une jeune fille victime d'un traumatisme crânien et le délai d’attente qui se compte en heures.

Quand les responsables du CHU ont pris la parole, c’est pour démentir les propos de la dame et affirmer que la prise en charge a eu lieu "peu de temps" après son arrivée. Le communiqué publié par le CHU explique qu'en 24h, le service des urgences a reçu 214 cas dont 20 critiques. Durant cette même période, le CHU explique que 75 scanners, 60 échographies et 281 radios ont été effectués. Comme souvent, la réponse se fait à coup de statistiques. Généralement invérifiables d'ailleurs.

Qui dit vrai? Qui a tort et qui a raison? Ce n’est pas à nous de répondre à cette question. Le ministère devrait effectuer une évaluation globale de l’action au niveau des urgences en prenant en considération les délais d’attente des patients. 

Cependant et face à l’indignation compréhensible au sein de l'opinion, la rédaction de Médias24 est allée voir d’elle-même ce qui se passe dans les urgences du CHU Ibn Rochd. Sans autorisation préalable, nous y sommes allés incognito et par conséquent nous n’avons pas pu filmer. Nous n’avons pas non plus pu accéder à la salle de déchocage où l’on prend en charge les situations les plus graves dans le service des urgences, en lien direct avec la réanimation et les chirurgiens. 

Désordre et désorganisation 

Il est un peu plus de 21h lorsque nous nous dirigeons vers les urgences du CHU Ibn Rochd le mardi 7 août. Le cas que nous déclarons à l’accueil n’est pas extrêmement urgent ni grave, mais nous permet d’obtenir notre bon d’admission au service d’accueil des urgences. Une voie d’accès pour les voitures et les ambulances sépare la réception de l’entrée des urgences. À l’entrée, aucune vérification n’est faite. Nous apprendrons plus tard que les agents de sécurité étaient mobilisés pour résoudre un conflit qui risquait de dégénérer. 

Notre bon d’admission en main, le premier réflexe que nous avons est de chercher vers où nous diriger. Aucune indication ne nous est donnée. À notre droite, un espace bondé de gens. À notre gauche, un couloir où des dizaines de personnes attendent assises sur des bancs. Personne pour nous renseigner n’apparaît à l’horizon. Nous cherchons une place et on s’installe. Nous sommes alors en face du bureau d'un des médecins en garde. Nous attendons sans savoir réellement ce que nous attendons, ni quel médecin doit nous prendre en charge.

Entre les personnes assises sur les chaises, celles à même le sol et celles allongées sur des brancards au milieu du couloir, le désordre ambiant est flagrant. Impossible de différencier les malades de ceux qui les accompagnent et encore moins de connaître l'ordre de passage des patients. 

Quand le médecin sort de son bureau juste en face de nous, il jette un regard perdu sur cette foule humaine et demande: «à qui le tour?». Personne ne répond. Il s'adresse alors à nous pour connaître notre cas. Après un court échange où il nous explique clairement que nous devions nous adresser au médecin dont le bureau se trouve de l'autre côté du couloir, il nous invite à le rejoindre dans son bureau.  

Coup de chance ou pas… Nous n'avons pas attendu plus de 10 minutes qu’un médecin, pas le bon certes, nous prenne en charge. Il jette un petit coup d’œil rapide à la cheville enflée de la personne que j’accompagne et nous prescrit une radio. L’examen a duré deux minutes chrono. Le médecin n’a même pas examiné de près la cheville. Ne voulait-il pas perdre trop de temps avec un cas qui, à première vue, ne relève pas de l’urgence absolue? Peut-être. 

À peine nous nous apprêtons à sortir de son bureau qu’une grosse bagarre éclate. Des hurlements féminins mélangés à des cris d’hommes et en un clin d’œil une foule s'agglutine. D’un côté, les agents de sécurité. De l’autre, une femme et ses accompagnateurs. La raison de cette bagarre? On ne le saura jamais. Ce qui est certain, c’est que cela concerne la salle de réanimation, qui est en principe interdite d'accès au public.

Des agents bloquent la porte d’entrée en attendant le retour au calme. Deux autres tentent de maîtriser la situation qui semble leur échapper. A l'intérieur comme à l'extérieur, des personnes assènent de gros coups à la porte d'entrée et à celle de la salle de réanimation. Des appels à filmer la scène fusent... 

Dans ce chaos, nous nous frayons un chemin pour aller vers la zone de radiologie, évitant de justesse de se faire bousculer et de recevoir un ou deux coups perdus. 

Cherche information désespérément  

Dans la zone de radiologie, la foule est autre. Un homme mal en point est allongé par terre alors qu’il y a des places assises libres. Un autre qui doit faire un scanner pour une intervention urgente sur son œil est en souffrance, allongé sur un banc. Des personnes semblent dormir. D’autres restent debout et cherchent un interlocuteur. Au total, une vingtaine de personnes s’impatientent. 

«Ce n’est pas normal qu’on nous laisse attendre. Est-ce normal de laisser un monsieur comme cela par terre? On nous prend pour qui? Il faut filmer tout cela et le mettre sur facebook pour les démasquer». Les propos sont tirés d’une discussion entre deux personnes qui attendent leur tour pour un scanner, une échographie ou une radio. 

Les gens sont clairement à cran. Tout le monde veut sortir son téléphone et filmer «son malheur ou celui des autres», «le traitement subi» dans les urgences ou dans les hôpitaux. Ils arrivent dans les espaces publics avec l’apriori que le service sera de mauvaise qualité, qu’ils ne seront pas bien pris en charge, qu’ils seront mal traités.

Une charge émotionnelle négative qui n’arrange en rien la situation dans nos hôpitaux. Car un délai d’attente, même raisonnable, devient motif d’agressivité. En l’absence d’interlocuteur -médecins et infirmiers sont peut-être mobilisés avec d’autres cas graves- les agents de sécurité deviennent le seul recours des gens. Et souvent cela ne se passe pas dans de bonnes conditions. 

En tentant d’écourter notre délai d’attente, on se lance dans la recherche d’un responsable. En vain. Les bureaux sont déserts. Aucune des personnes qui attendent ne sait où est le personnel. Dans le couloir, on croise un garçon en pleurs sur un brancard qui semble ne pas encore être pris en charge. Un homme propose à ses proches de pousser le brancard devant la salle de réanimation pour que le personnel puisse le voir.

Au bout de 20 minutes, plus ou moins, une porte (salle de scanner) s’ouvre. Deux blouses blanches demandent qui est le suivant et s’il y a un besoin pour la salle d’échographie. La radiologie reprend du service. 

En creusant un peu, on apprend que deux équipements de radiologie sont en panne. «Il y a une forte pression sur les machines, donc elles tombent souvent en panne. Même quand les équipements sont réparés, ils fonctionnent quelques jours et tombent encore une fois en panne. C’est notre quotidien», nous confie un membre du personnel. 

Notre attente se poursuivra à proximité d'un homme qui attend son scanner pour l’intervention sur l’œil. Malgré la souffrance qu'il manifeste, il n’est pas pris en charge. L'homme qui l'accompagne nous explique qu’il s’est blessé à l’œil dans son travail et que l’intervention devait se faire en urgence au niveau de l’Hôpital 20 août. Par précaution, ils lui ont demandé un scanner.

N’ayant aucune couverture médicale, ni AMO, ni Ramed…, le patient doit payer 1.200 DH qu’il n’a pas. Sa famille n’est pas à Casablanca. Sans argent, sans couverture médicale, il ne peut faire son scanner et son intervention sera retardée avec le risque d'aggravation. Là encore, personne à qui présenter ce cas pour le conseiller sur ce qu'il peut faire en attendant l'arrivée de ses proches. 

Même s’il sait qu’il risque fortement de ne pas faire de scanner, il refuse de quitter les urgences et reste allongé.

La bagarre qui s'était calmée quelque temps reprend de plus belle pour une raison inconnue. Les cris remplissent les allées du service des urgences. Notre radio faite, on tente de rejoindre le bureau du médecin. Mais dans le chaos engendré par cette rixe dans laquelle la dame finit par rentrer dans la salle de réanimation volontairement ou forcée, nous préférons abandonner. 

Les agents de sécurité sont à bout de souffle et il n’est même pas encore minuit. L’un d’eux a le visage griffé et tout en sang, la chemise déchirée. 

Notre immersion touche à sa fin. On prend la direction de la sortie, et là, on croise le même petit garçon cité plus haut toujours sur son brancard casé dans le couloir à attendre qu’on vienne s’occuper de lui. 

La faute à tous ?

Une soirée. Quelques petites heures à peine dans une partie du service des urgences du plus grand CHU du Maroc suffisent pour se rendre compte que nous avons un long chemin à faire pour redresser la situation. 

Les infrastructures nécessitent une mise à niveau en profondeur. Le personnel, insuffisant, semble faire ce qu’il peut avec les moyens du bord, mais cela reste insuffisant face à l’afflux des citoyens. 

Le désordre ambiant est flagrant. Personne pour orienter, répondre aux questions des gens, déceler les vraies urgences de celles qui ne le sont pas, rassurer les proches, calmer les plus nerveux… Un rôle que remplissent des agents de sécurité qui n’ont pas la formation pour. 

Les citoyens contribuent au désordre en ne respectant pas les règles de l'hôpital soit par méconnaissance, ignorance ou volontairement. Ils doivent être sensibilisés et éduqués pour connaître leurs droits et leurs obligations dans l'enceinte des hôpitaux.  

Dans le service des urgences, la notion du temps est relative. 

Le temps passe trop vite pour le médecin urgentiste qui fait de son mieux pour répondre aux besoins de ses patients. 

Il passe trop lentement pour un patient et ses proches qui arrivent pour une urgence, qui ont peur, s’inquiètent et estiment, à raison ou à tort, que leur cas doit être pris en charge en priorité. N’est-ce pas là le principe même des urgences ?

.
Signaler une erreurAjouter un commentaire
.
.

Votre commentaire

 

Il vous reste  caractères.
Code de sécurité
Rafraîchir

Accéder à la charte des commentaires »
.
.

Quoi de neuf?

.
.
.

Quoi de neuf?

.
.
.

- Médias 24 présente -

Le guide immobilier de Casablanca - Rabat

Le prix de vente du neuf et de l’occasion, quartier par quartier, appartements, villas, terrains

Guide offert par
.
.
.
.
.
.
 
Abonnez vous à nos newsletters et alertes
.
TOUT LE FIL
Close