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Huit questions-réponses pour comprendre l'affaire de démolition de bidonvilles à Casablanca

Quatre bidonvilles ont fait l’objet du programme de relogement des quartiers insalubres de Ain Sebaâ. 33 familles refusent de quitter les lieux. Au cœur des doléances: le manque de commodités sur le site de relogement et l’absence de la prise en charge pendant la période de construction du lot.   

Huit questions-réponses pour comprendre l'affaire de démolition de bidonvilles à Casablanca
A. T.
Le 2 octobre 2018 à 16h53 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

>Quels sont les bidonvilles concernés par le programme de relogement ?

Douar El Ouasti, première cible du programme, est un bidonville qui existe depuis 1986. Il compte 752 baraques, abritant 976 ménages selon un recensement effectué en 2010.

Douar Hsibou, Douar Rigui et Douar Jdid existent depuis les années 1990. Ils contiennent 610 baraques, abritant environ 870 ménages.

Ces opérations s'inscrivent dans le cadre du programme national "villes sans bidonvilles". Eradiquer un bidonville, en relogeant ses habitants dans des logements décents, est une question qui relève de la dignité humaine. Mais encore faut-il que l'opération de démolition-relogement soit effectuée correctement.

>Quelles sont les étapes?

Chaque année, des quartiers insalubres de Casablanca sont désignés par le wali pour faire l'objet d'un programme de relogement.

En 2018, le programme de relogement à Casablanca s’est principalement intéressé à la préfecture de Ain Sebaâ/ Hay El Mohammadi qui comprend 40% des bidonvilles présents au niveau de la ville.

Les objectifs de cette année sont la suppression des 4 bidonvilles: Douar El Ouasti, Douar Hsibou, Douar Rigui, Douar Jdid.

Une fois le quartier cible du programme désigné, les autorités locales avisent les habitants (les habitants des douars en question ont été avisés en janvier 2018, soit 8 mois avant l’opération de délogement).

Deux options ont été présentées aux habitants des 4 bidonvilles:

-Un logement social par ménage (moyennant 100.000 DH) à Chellalate (Ain Harrouda-Mohammadia).

-Un terrain de 84 m² (moyennant 20.000 DH de frais d’enregistrement) pour deux ménages à Sidi Hajjaj. Dans ce dernier cas, un promoteur construit un bâtiment de trois niveaux. Les deux familles relogées deviennent gratuitement propriétaires d'un étage. Le promoteur se fait payer par le troisième logement.

Environ 1.000 lots ont été prévus pour accueillir les familles.

>Que s’est-il passé à Ain Sebaâ les jours de la démolition?

Entre le 22 et le 29 septembre 2018, 4 bidonvilles à Ain Sebaâ ont fait l’objet d’une opération de relogement dans le cadre du programme "villes sans bidonvilles".

Les baraques de Douar El Ouasti ont été démolies le samedi 22 septembre.

Douar Hsibou, Douar Rigui et Douar Jdid, eux, ont été démolis le samedi 29 septembre.

Sur des vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux, des scènes montrent une résistance physique de la part d'une partie des habitants et des témoignages de familles refusant de quitter leur logement.  

Contacté par Médias24, Karim Glaibi, membre du Conseil de la ville de Casablanca nous affirme que 33 familles seulement ont refusé de partir..

Huit questions-réponses pour comprendre l'affaire de démolition de bidonvilles à Casablanca

Les habitants des 4 bidonvilles se voient proposer de quitter Aïn Sebaâ pour Sidi Hajjaj

>Quelles sont les doléances des bénéficiaires?

Une partie des bénéficiaires avancent qu’il n y’a pas eu de préavis.

Certains revendiquent le relogement "in-site" (d’être relogés dans le même quartier) ou dans la même préfecture.

D’autres s’indignent face à l’absence de commodités et d’équipements dans le nouveau quartier (Sidi Hajjaj).

Les familles ayant refusé de quitter les quartiers invoquent également les délais de construction sur les nouveaux lotissements (entre 6 et 12 mois). Les bénéficiaires doivent attendre que le terrain soit construit et n’ont pas où loger d’ici là.

>Quelles étaient les réponses des responsables?

Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, Plusieurs réunions ont été tenues depuis janvier 2018, entre les autorités locales, les élus et les représentants de la population concernée. Il y a eu bel et bien préavis.

Selon une source à la direction préfectorale de l’habitat et de la politique de la ville requérant l’anonymat, le relogement "in-site" n’est pas du tout envisageable.

Les sites où sont situés les bidonvilles appartiennent généralement à des entreprises privées ou des personnes physiques. "L’expropriation est très délicate dans ces cas de figure. Il y a des terrains qui appartiennent à une centaine de légataires. Les sites n’appartiennent pas à l’Etat" explique la source.

>Que se passe-t-il pendant la période de construction des nouveaux logements?

S’agissant des offres de relogement, les bénéficiaires optent généralement pour les lotissements, faute de moyens: l’appartement ne coûte que 100.000 DH, le reliquat étant payé par la SDL Idmaj Sakane (140.000 DH). Tandis que le logement sur les lots de terrain est gratuit, payé par le promoteur.

"Dans 95% des cas, les familles n’ont pas les moyens pour construire. Des promoteurs immobiliers se chargent alors des travaux de construction en échange d’une partie du bien immobilier (2 étages +RDC + magasins)," nous explique M. Glaibi.

Or, les familles ne reçoivent le foncier qu’une fois leurs baraques démolies.

Les travaux durent entre 6 et 12 mois, les bénéficiaires sont alors obligés de trouver des alternatives pendant cette période puisque leurs baraques ont été démolies.

Les familles se retrouvent devant une seule option: trouver un loyer.

Selon M. Glaibi, les promoteurs indemnisent généralement les familles en leur avançant un montant équivalent à 6 mois de loyer.

"Avant, nous donnions accès au foncier aux familles avant l’opération de délogement. Les bidonvilles des Carrières Centrales à Hay Mohammadi ont été les derniers à en bénéficier. On a arrêté cette mise à disposition précoce du foncier à cause des incidents qui ont eu lieu à l'époque: des bénéficiaires avaient refusé de quitter les bidonvilles même après avoir finalisé les travaux de construction," s’indigne M. Glaibi.

>Comment s’explique l’absence des équipements pourtant prévus dans le plan de relogement? Les familles concernées rechignent à déménager à Sidi Hajjaj à cause de cela.

La SDL (société de développement local) Idmaj-Sakan, qui a été chargée d’exécuter le plan de la lutte contre l’habitat insalubre dans la région, s’occupe de la préparation des lots: canalisations des eaux usées, eau potable, électricité…

Selon la direction préfectorale de l’habitat et de la politique de la ville, les lotissements ont été bel et bien connectés aux réseaux électrique et d’eau potable.

"Mais le nouveau quartier ne dispose pas encore d’équipements collectifs de première nécessité (école, dispensaire…)," regrette notre source.

Selon Karim Glaibi, il faut doter les quartiers de relogement d’équipements tels que les écoles, les centres de santé, les commerces… avant de procéder aux démolitions.

Des sources accusent Idmaj Sakan d'avoir failli car il fallait préparer les équipements dans les délais.

Selon la direction préfectorale du ministère de l’Habitat, dans des opérations de relogement précédentes, les équipements ont été construits chacun par le ministère de tutelle.

"Le terrain prévu pour l’école dans le cahier des charges du lotissement est par exemple cédé au ministère de l’Education nationale. Celui prévu pour le dispensaire au ministère de la Santé et ainsi de suite" nous explique notre interlocuteur.

>Idmaj Sakane, qu'est-ce que c'est?

C'est une SDL (Société de développement local) créée par la ville de Casablanca pour, justement, gérer les opérations d'éradication de bidonvilles.

Outre le conseil de la ville, elle comprend des banques (CIH, BCP), Dyar Al Madina (CDG), la région de Casablanca-Settat, l'Assemblée préfectorale de Casablanca, l'agence urbaine, l'Etat marocain à travers le Fonds de solidarité de l'habitat et Al Omrane.

 

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A. T.
Le 2 octobre 2018 à 16h53

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