img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Trafic d’ecstasy : La Mocro Maffia revient à ses origines et cible le Maroc

493.700 comprimés de type ecstasy en provenance des Pays-Bas ont été saisis, le lundi 5 novembre, lors d’un contrôle douanier au port de Tanger. Selon le criminologue Xavier Raufer, auteur de plusieurs ouvrages sur le crime organisé, ce trafic très lucratif est désormais organisé par une véritable mafia marocaine qui a choisi d’étendre ses activités vers son pays natal.

Trafic d’ecstasy : La Mocro Maffia revient à ses origines et cible le Maroc
Samir El Ouardighi
Le 22 novembre 2018 à 17h30 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Au Maroc et dans le monde entier, le haschich est la drogue la plus consommée mais l’ecstasy, apparue à la fin des années 80, fait son grand retour et occupe désormais la 2ème place de ce triste podium.

Inconnue il y a juste 30 ans, la montée en puissance de cette drogue a coïncidé avec celle de la musique techno et des soirées de musique électronique qui se développent au Maroc.

Précisons que cette drogue appelée ecstasy ou MDMA, selon la forme consommée (comprimé ou poudre), est d’origine synthétique. Elle est composée majoritairement d’amphétamine, avec des effets énergisants intenses et une intensification des expériences sensorielles.

La récente saisie de près d’un demi-million de comprimés de ce stupéfiant chimique confirme son succès voire sa démocratisation auprès d’une frange croissante de la jeunesse marocaine.

Une drogue très lucrative pour toutes les bourses

Contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas une drogue réservée aux riches, comme la cocaïne, car vu son prix modique, elle est de plus en plus accessible et les saisies croissantes ne font que confirmer sa popularité en particulier dans le milieu festif de la nuit.

Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les chiffres des saisies effectuées depuis 5 ans par les services de sécurité qui montrent que la consommation augmente pour ne pas dire explose au Maroc.

Ainsi, le chiffre total des saisies d’ecstasy entre 2015 et 2018, a augmenté de manière exponentielle en s’établissant à 1,355 million de comprimés.

Dans le détail, les enquêteurs (police et douane) ont saisi 12.505 comprimés en 2015, 481.646 en 2016, 490.259 pour les 9 premiers mois de 2017 et 900.000 entre octobre 2017 et novembre 2018.

Vendue entre 50 et 100 dirhams le comprimé, la récente saisie des 493.700 unités d’ecstasy aurait potentiellement rapporté 25 à 50 millions de dirhams dans la rue.

Un bénéfice énorme (50 à 100 fois) pour les instigateurs de cette opération (une femme et 2 complices) sachant que le prix de revient de cette cargaison n’a pas dû dépasser les 500.000 DH.

Consulté par Médias24, le criminologue Xavier Raufer avance que ce phénomène qui touche désormais le Maroc est commun à tous les pays où émergent des classes moyennes.

Les trafiquants arrêtés font partie de la "mocro maffia"

« C’est le côté négatif de cette émergence qui s’observe en Asie mais aussi dans les pays du Maghreb qui se développent.

« Avec le développement d’internet et celui des réseaux sociaux, les jeunes accèdent plus facilement à des contenus qui se veulent séduisants en faisant l’apologie du côté transgressif des stupéfiants.

« Sachant que la cargaison saisie au port de Tanger a été effectuée dans la remorque d’un véhicule immatriculé en Hollande, il est évident que c’est la "Mocro Maffia" qui a commandité cette livraison.

« Originaire du nord du Maroc, une partie des enfants de la communauté marocaine immigrée de longue date en Belgique et aux Pays-Bas a créé un véritable réseau mafieux qui contrôle le trafic intérieur mais aussi international des stupéfiants. A l’image des mafias sicilienne, napolitaine ou calabraise, c’est un milieu clanique extrêmement violent où on ne compte plus les morts par règlements de compte.

 « Du fait de leur forte implication dans le trafic de tous les stupéfiants existants (haschich, herbe, héroïne, cocaïne, ecstasy …) dans leur pays d’accueil, il apparait logique que ces individus ont l’intention d’utiliser le marché marocain qui est loin d’être saturé pour les drogues dites dures.

« Ce nouveau créneau procède d’une loi économique classique appelée loi des rendements décroissants.

« Profitant de la présence de laboratoires clandestins de production d’ecstasy en Hollande, ils ont commencé à y gagner de l’argent, mais comme le marché intérieur est devenu très concurrentiel, la mocro maffia a décidé de trouver d’autres débouchés.

« Elle s’est donc logiquement tournée vers celui de son pays natal où elle n’est pas répertoriée et surveillée par les services de police qui n’ont pas une idée claire sur les activités criminelles de sa diaspora.

« Comme partout ailleurs, le démantèlement de ces réseaux passe par un nécessaire travail de renseignement avec l’identification préalable des individus opérants aux Pays-Bas inconnus au Maroc.

« Une démarche d’autant plus nécessaire que le Maroc qui a découvert, depuis dix ans, qu’il figurait sur la route du trafic international de la cocaïne, est passée d’un système montant à descendant.

Le Maroc, nouvel eldorado des trafiquants marocains expatriés?

« De pays exportateur de haschich et de transit pour les cargaisons d’Amérique du sud, il doit désormais subir et gérer l’arrivée et la consommation sur son territoire de drogues chimiques comme l’ecstasy.

« Son succès provient de son côté très attirant lié au milieu de la fête et de la danse et de son prix modique car tout le monde y compris au Maroc peut débourser 5 euros le comprimé pour débrancher.

« Sachant que son coût de revient est de quelques centimes d’euro, la culbute est donc très lucrative pour les trafiquants. Quoi qu’en disent certains esprits indulgents, l’ecstasy est une drogue très dangereuse voire mortelle pour les jeunes qui la consomment trop fréquemment.

« L’effet est très agréable mais les bouffées de chaleur et d’exaltation associées aux palpitations cardiaques peuvent entraînent des hospitalisations d’urgence sous peine de mort assurée.

« Malheureusement, avant d’obtenir des résultats probants contre son trafic, cela commence toujours de la même manière. C’est l’histoire d’une jeune lycéenne au visage angélique retrouvée morte après une soirée de musique électronique. Ce n’est qu’à partir de là que cela devient un problème politique.

« Cette drogue mérite largement sa place au tableau A des stupéfiants répertoriés par l’ONU. De plus, confrontés à la loi des rendements décroissants, les trafiquants augmentent de plus en plus la pureté de son principe actif (MDMA) ce qui multiplie les risques sanitaires voire mortels.

« La multiplication des laboratoires en Hollande (8 démantelés en 2016 et 20 en 2017) montre une production croissante destinée aux marchés nouveaux dont le Maroc fait partie», avance Raufer.

A la question de savoir s’il est possible de déterminer en fonction des saisies opérées par la douane marocaine la part d’ecstasy qui arrive à passer la frontière marocaine, notre expert affirme qu’elle varie uniquement en fonction de la volonté de répression des autorités.

« Si ce n’est pas une priorité du gouvernement, on saisira entre 5 et 10% du total de ce trafic illégal mais si le ministre de l’Intérieur tape du pied, les saisies peuvent monter jusqu’à 40 voire 50%», conclut le criminologue qui espère que le gouvernement marocain prendra conscience que l’accroissement de ce trafic « occasionnera un risque sanitaire majeur ».

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Samir El Ouardighi
Le 22 novembre 2018 à 17h30

à lire aussi

Autorisation des cliniques privées : le secteur dénonce le blocage de dizaines de dossiers par le ministère de tutelle
Santé

Article : Autorisation des cliniques privées : le secteur dénonce le blocage de dizaines de dossiers par le ministère de tutelle

Les cliniques privées dénoncent le blocage de dizaines de dossiers d'autorisation d'exploitation, "malgré leur passage par l'ensemble des étapes réglementaires". Le ministère n’avait pas encore réagi à ces accusations au moment de la publication de cet article.

La CDG lance un appel d'offres pour confier 15 MMDH d'actifs du RCAR au marché
Actus

Article : La CDG lance un appel d'offres pour confier 15 MMDH d'actifs du RCAR au marché

La Caisse de dépôt et de gestion lance l'appel d'offres destiné à sélectionner les sociétés de gestion qui se partageront une enveloppe de 15 milliards de dirhams d'actifs du Régime collectif d'allocation de retraite. Cette opération concrétise le projet d'ouverture au marché dévoilé fin 2025. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 31 juillet 2026.

Aéroport Mohammed V : 144 MDH pour l’ingénierie du futur terminal
Quoi de neuf

Article : Aéroport Mohammed V : 144 MDH pour l’ingénierie du futur terminal

L’Office national des aéroports prévoit de mobiliser près de 144 millions de DH pour une mission d’ingénierie et d’assistance technique liée à la construction de la nouvelle zone terminale de l’aéroport Mohammed V de Casablanca.

Prévisions météorologiques pour le samedi 20 juin
Quoi de neuf

Article : Prévisions météorologiques pour le samedi 20 juin

Voici les prévisions pour le samedi 20 juin, établies par la Direction générale de la météorologie : - Temps chaud sur le Sud-est, l’Est et […]

Temps chaud et averses orageuses ce week-end et en début de semaine prochaine
Les prévisions à moyenne échéance

Article : Temps chaud et averses orageuses ce week-end et en début de semaine prochaine

Un temps relativement chaud est attendu dans plusieurs régions du Royaume au cours des prochains jours, notamment sur le Sud-Est, l’Oriental, les plaines intérieures et les provinces du Sud. Des averses orageuses localisées concerneront également certaines zones de l’Atlas et de l’Oriental, tandis que les températures poursuivront leur hausse au début de la semaine prochaine.

HPS. Brahim Berrada fait le point sur l'avancement de son plan stratégique
Actus

Article : HPS. Brahim Berrada fait le point sur l'avancement de son plan stratégique

Après plusieurs années d'investissements structurants, HPS estime être entré dans une phase d'exécution et de création de valeur. Backlog record, montée en puissance du SaaS, intégration de CR2 et expansion internationale... Dans un entretien accordé à Médias24, Brahim Berrada, directeur général du groupe, revient sur l'avancement du plan AccelR8 et les principaux moteurs appelés à soutenir la croissance dans les prochaines années.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité