Roberto Saviano décortique l’impressionnant business de la cocaïne
Après Gomorra, le journaliste italien revient en librairie avec Extra pure, voyage dans l’économie de la cocaïne. Des pans entiers de l’économie mondiale, mais aussi de nombreux pays à l’image du Maroc, sont concernés par l’argent de la drogue.
En 2007, Roberto Saviano a publié Gomorra, dans l’empire de la Camorra, qui traite du contrôle de la mafia sur des pans entiers de l’économie et de la politique italienne. Depuis, il vit sous protection policière.
Extra pure décrit par le menu l’importance prise par le trafic international de cocaïne en Colombie d’abord, puis dans les pays limitrophes, tels que le Pérou et le Vénézuéla avant de se créer un nouveau royaume au Mexique. Et pour cause : le pays est voisin du premier marché de la « sniff », les Etats-Unis, et les autorités y sont très sensibles à l’argent des narcotrafiquants.
L’ouvrage est une enquête, racontée comme un roman. Sauf que les dizaines de milliers de morts y sont pour de vrai, les banquiers ripoux aussi, ainsi que les policiers, les militaires et les politiques.
Saviano explique que « se plonger dans les histoires de drogue est l’unique point de vue qui m’ait permis de comprendre vraiment les choses ». Il énumère les faiblesses humaines, l’organisation du pouvoir, la fragilité des relations, la force colossale de l’argent et de la férocité.
Coke à la carte !
On pense savoir mais on apprend toujours en lisant Saviano, notamment comment l’argent du trafic de cocaïne a sauvé certaines institutions bancaires de la faillite depuis le début de la crise financière en 2008. Et comment les sanctions, à New York ou à Londres, sont peu dissuasives, car inférieures aux bénéfices tirés du blanchiment.
Saviano raconte l’histoire de ces restaurants de la City de Londres où l’on peut sniffer son rail de coke dans les toilettes et se le faire facturer comme si c’était une bouteille de vin à la carte. Moderne.
Extra pure doit se lire avec détachement, mais sans cynisme. La mafia et la démocratie-chrétienne ont fait copain-copain à Rome dans les années 1960 et 1970. Au Mexique, plus de 60.000 personnes ont été assassinées en moins de 10 ans.
Et plus proche de nous, à Rabat ou à Al-Hoceima, ceux qui veulent légaliser la culture du cannabis oublient le financement joué par l’argent de la drogue dans la politique. Oui, comment fait-on, au Mexique comme au Maroc, pour que l’argent de la drogue ne contamine pas la décision politique ?
L’actualité est pleine de ces histoires : 43 étudiants assassinés au Mexique et des manifestants qui demandent la démission du président Angel Nieto depuis plusieurs jours, c’est une affaire de cocaïne. Le vol Sao Paulo-Casablanca, sur lequel les prises de poudre sont quasi-hebdomadaires, aussi. La raison en est simple : la coke coûte peu à traiter en Amérique latine et elle atteint plusieurs dizaines de dollars ou d’euros le gramme. Entre 50 et 100 en moyenne selon la géographie et le degré de pureté.
La cocaïne rapporte tellement que parfois les trafiquants latinos achètent un vieux Boeing 727-200 à 600 ou 700.000 dollars, le font voler du Brésil vers le désert du Mali avec des tonnes de poudre, sortent la marchandise et l’expédient vers le Maroc, l’Algérie et l’Egypte (puis l’Espagne, l’Italie et la Turquie), avant de le brûler au milieu des sables.
D’ailleurs, depuis une dizaine d’années, l’Espagne est devenue le premier point d’entrée de la cocaïne en Europe. Parallèlement à la crise et à la montée du chômage.
La cocaïne est moderne. Elle prospère avec la crise, la finance à la City et à Wall Street, donne du pouvoir et influence économie et politique.
Extra pure, voyage dans l’économie de la cocaïne, par Roberto Saviano, éditions Gallimard, 280 DH.
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