img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Entretien. Comment le CHU de Marrakech s’est élevé au top niveau

Greffe de la moelle, greffe hépatique, services Samu et Smur, plateaux techniques de dernière génération, médecins de haut niveau: le CHU de Marrakech fait parler de lui et en bien.  

Entretien. Comment le CHU de Marrakech s’est élevé au top niveau
Patrick Marescaux
Le 7 juillet 2015 à 13h07 | Modifié 7 juillet 2015 à 13h07

Il s’est hissé au rang des meilleurs, au Maroc et dans la région. Il a doté cette destination touristique internationale de notoriété mondiale, d’une infrastructure médicale de haut niveau et à la hauteur des attentes de la ville et de toutes les populations des régions du sud.

Le jeune CHU de Marrakech s’est rapidement imposé au Maroc comme un établissement de soins incontournable, à la disposition de la population de la région de Marrakech Tensift Al Haouz, mais aussi de tout le sud du royaume. Seul -petit- problème : comme nous l’explique le docteur Saïd Belkadi, le directeur, le CHU est victime de son succès et ne désemplit pas… Entretien.

 

Médias 24 : Marrakech est doté depuis 14 ans d’un CHU, au même titre que Rabat et Casa. C’était indispensable, en raison de la population et de l’étendue de la région…

Dr Belkadi: Effectivement! Marrakech et sa région, c’est déjà 10% de la population marocaine. Mais en offre de soins, le CHU couvre toutes les provinces du sud.

Du coup, on passe d’une population de 3,7 millions à 7 millions de personnes: nous recevons des patients venant de Laâyoune et même de Dakhla, notamment pour certaines pathologies tertiaires, c’est-à-dire des pathologies qui nécessitent un plateau technique très sophistiqué et de grandes compétences.

Il faut savoir que beaucoup de spécialités peuvent avoir une composante tertiaire: on peut faire de la gastro-entérologie un peu partout au Maroc, mais il n’y a que dans un CHU que vous trouverez les techniques les plus élaborées d’exploration.

On assiste au Maroc à un développement des CHU: il n’y a pas si longtemps, seuls existaient ceux de Rabat de et de Casablanca. Aujourd’hui on est à 5 CHU, avec Marrakech, Fès et Oujda.

Celui de Marrakech a 14 ans: c’est encore un enfant, car 14 ans dans la vie d’un CHU, c’est peu de choses. Le CHU s’est mis en place progressivement et s’est implanté dans une région qui avait déjà des structures de santé publique, mais où il n’y avait pas d’enseignement universitaire des futurs médecins.

Le CHU amène cette composante d'enseignement  et amène également une composante de recherche. En outre, de par sa vocation, il dispense les soins tertiaires, lesquels n’étaient pas représentés à Marrakech. La majorité des malades relevant de pathologies tertiaires partaient à Rabat ou à Casablanca.

-En 2014, le CHU de Marrakech a été mis à l’honneur: on a beaucoup parlé de lui à l’occasion d’une première greffe hépatique…

-Les jeunes CHU du Maroc sont en train de se positionner, par rapport à leur aînés Rabat et Casa, comme des CHU très innovants.

Si je prends la greffe des tissus, à travers le développement de la greffe de moelle, Marrakech est vraiment en pointe. Par rapport aux organes, nous avons eu le privilège, mais aussi le courage, d’avancer dans la greffe hépatique, en partenariat avec des collègues étrangers, notamment parisiens, pour prendre en charge cette pathologie complexe qui nécessite des compétences et une prise en charge très sophistiquée.

On a ouvert la voie, aiguisé des appétits et d’autres collègues, à Casablanca, nous ont suivi dans ce domaine de la greffe hépatique. Si bien qu’aujourd’hui, on a le recul qui nous permet d’apporter dans ce domaine une réponse aux besoins du Maroc.

-Comme vous le disiez, un CHU a 3 vocations: les soins tertiaires, l’enseignement et la recherche. Dans lequel de ces 3 secteurs pensez-vous que le CHU de Marrakech a encore des progrès à faire ?

-Notre CHU est implanté dans une région où il y a une certaine réalité socio-économique. N’oublions pas que le niveau de vie de monsieur tout le monde ne correspond pas à l’image que l’on veut donner de Marrakech: il y a une population pauvre, une population vulnérable et encore plus dans l’arrière-pays.

Ce sont beaucoup de défis, parce que quand un CHU s’implante dans une région, toutes les structures de soins commencent à lui référer les patients.

À chaque fois qu’il y a un petit blocage, par manque de ressources, humaines ou matérielles, beaucoup de médecins ont la main un peu facile pour adresser leurs patients au CHU.

Du coup, on est victimes de notre succès; on est assaillis par les patients et on arrive à des taux d’occupation qui dépassent 130% !  Nous avons aux urgences 130.000 passages par an, c’est-à-dire en moyenne 300 à 400 malades par jour: on est très demandés!

Il faudrait que les autres acteurs de soins jouent leur rôle de proximité et d’orientation. C’est vrai que l’on est le CHU de référence et donc le dernier recours. Mais il faut que ce recours soit vraiment justifié pour que l’on puisse réellement jouer notre rôle à bon escient.

-En cas d’urgence, avez-vous les moyens nécessaires pour récupérer des malades qui sont très éloignés géographiquement ?

-Parmi les actions où nous avons été des pionniers, il y a le SAMU (Service d’aide médicale urgente), qui est un service de régulation des urgences. Régulation d’abord inter-hospitalière: on reçoit des malades aux urgences, qu’il faut prendre en charge le mieux possible.

Désormais, toute urgence est régulée avant d’être prise en charge dans les hôpitaux, ce qui a contribué à améliorer notre manière de faire et à donner la priorité aux  cas les plus sérieux. Bien sûr ce système ne fonctionne pas à 100% et certains malades échappent encore à cette organisation, mais toujours est-il que le SAMU a permis de faire de gros progrès au niveau des urgences.

Et puis nous avons développé la notion de SMUR (Service médical d’urgence et de réanimation): ce sont des ambulances, véritables salles de réanimation, qui nous permettent d’aller chercher des malades gravissimes, en profitant du transport pour les mettre en condition et leur donner une chance de survivre.

Qui dit SMUR dit ambulance médicalisée, avec un médecin-urgentiste à bord, un infirmier spécialisé et un technicien ambulancier formé au secourisme.

Enfin, comme nous couvrons l’ensemble du sud du Maroc, nous avons été les premiers à démarrer un service HELISMUR: c’est un service d’hélicoptères qui nous est dédié et auquel nous faisons appel pour aller chercher des malades en détresse qui se trouvent dans des régions très éloignées et cloisonnées.

C’est ainsi que nous avons récupéré des malades à Zagora, à Laâyoune ou à Tan-Tan: ce moyen permet d’écourter le temps de transport et de donner des soins sur place et durant le déplacement. Ainsi, nous avons pu, par exemple, sauver des mamans enceintes, enclavées dans des régions éloignées de toute structure de soins.

-Marrakech est une ville très touristique, qui accueille chaque année de nombreux Européens notamment: pouvez-vous leur dire que le CHU de Marrakech vaut très largement un établissement hospitalier français, britannique ou allemand ?

-Je vous dis oui sans hésiter! Et cela est confirmé par nos collègues étrangers. Notre CHU  a des partenariats avec d’autres établissements, principalement en France.

Ces CHU qui travaillent avec nous, disent tous que nous n’avons rien à envier à des structures françaises, ni en termes d’équipement, ni en termes de compétences.

Sachez donc qu’il est rassurant, quand il y a un souci, de s’adresser au CHU: c’est vrai qu’en dehors des urgences véritables, le secteur public reste toujours un peu difficile d’accès, avec des délais un peu longs pour certains examens comme un scanner ou une IRM. Mais encore une fois, en cas d’urgence, s’il y a un conseil, c’est: les yeux fermés, venez d’abord au CHU! Et même le confort hôtelier, contrairement à ce qui se dit parfois, existe au CHU.

-Pour faire face à tout le travail qui est celui du CHU, il faut du monde: combien de personnes travaillent ici?

-On compte aujourd’hui 1.800 personnes. C’est beaucoup à l’échelle du Maroc. C’est peu comparé à un CHU français. D’ailleurs, quand nos collègues nous rendent visite, ils sont parfois étonnés. Si on prend le secteur des accouchements, on en fait 14.000 par an: et quand nos amis français voient les équipes de médecins et de sages-femmes, ils disent toujours, en plaisantant, que les équipes françaises devraient venir faire un stage à Marrakech, pour voir à quel point, ici, les équipes répondent aux besoins et ont parfois une charge de travail énorme.

Mais c’est vrai que le personnel est très sollicité: 1.800 personnes, médecins, aides-soignants, personnel administratif, techniciens, c’est un CHU qui a des moyens non négligeables, mais parfois on aurait besoin de plus de monde.

-Dans certains pays, pour un étudiant en médecine, être médecin hospitalier  dans un CHU, c’est le rêve. Or au Maroc, beaucoup de médecins préfèrent se tourner vers le privé, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de recrutement…

-C’est un vrai problème! Aujourd’hui, les médecins sont alléchés par le privé, tout simplement parce qu’ils y gagnent bien mieux leur vie.

La carrière universitaire se fait d’abord par vocation: il faut aimer enseigner, partager, former les générations futures. Mais on ne peut pas négliger l’aspect financier qui existe, même chez ceux qui mettent en avant des valeurs universelles.

Aujourd’hui, dans un CHU, nous manquons d’un système de motivation pour attirer -et garder les meilleurs. Le calcul est vite fait: quand vous avez passé des années à étudier, quand vous vous êtes fait un nom, quand vous êtes sollicité à droite et à gauche, la tentation de gagner 10 fois plus dans le privé est grande…

Certes, il existe un système qui est mis en place pour retenir les enseignants professeurs en médecine: le temps-plein aménagé, qui permet aux enseignants de travailler deux matinées par semaine dans le privé.

Mais le fait pour eux de travailler dans le privé leur montre l’écart qu’il y a et cela peut créer des frustrations… L’avenir est donc à l’organisation de ce travail des hospitalo-universitaires dans le privé, avec des conventions, qui permettraient à ces médecins de travailler à l’extérieur à des dates précises et dans une seule structure qui garantit la qualité des soins et des conditions de travail adéquates.

-Du coup, lorsqu’un poste est vacant, trouvez-vous facilement  des candidats?

-Notre CHU est jeune. Et quand des chefs de service partent, il est difficile de les remplacer, parce que les équipes sont jeunes. Dans la fonction publique, on n’a pas encore la possibilité de recruter directement. Cela va sans doute changer en 2016: une loi devrait permettre aux établissements comme le nôtre de recruter au contrat. On pourra alors recruter les meilleurs, les valoriser et les retenir chez nous…..

-On vient de parler de la vie “classique“ du CHU. Mais le pire peut arriver, même si, bien sûr, on espère tous qu’il n’en sera rien: un crash d’avion, un accident industriel, un attentat…. Etes-vous prêts et rodés pour faire face à ce genre de drame ?

-Ma réponse est oui. D’abord, parce qu’il y a chez nous cette culture de l’urgence. Dans la démarche de notre SAMU, il y a des plans d’urgence permettant une de mobilisation générale adaptée à la nature du risque. Un peu comme l’organisation des secours en France, Il y a un plan ORSEC, au niveau du CHU, un plan d’urgence hospitalier équivalent du plan blanc en France.

Ce plan, nous l’avons testé en grandeur nature, lors de catastrophes survenues à Marrakech comme l’attentat du café Argana: nous avons pu prendre toutes les victimes en charge, nous avons pu faire tout ce qu’il fallait au niveau des opérations chirurgicales. Et cela nous a d’ailleurs valu les félicitations de toutes les ambassades des pays concernés par le drame.

Et soyez assurés qu’en cas de catastrophe, chez nous, ce serait la mobilisation générale, avec un élan de solidarité sans faille. Donc oui, nous sommes prêts.

Maintenant, nous sommes conscients que nous ne sommes pas à l’abri d’un risque majeur, très spécifique, comme un accident chimique, que l’on espère ne jamais voir, mais pour lequel il faut être toujours prêt…


 

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Patrick Marescaux
Le 7 juillet 2015 à 13h07

à lire aussi

Pneumatiques : l’usine marocaine de Sentury Tire monte en cadence, avec des commandes supérieures à l’offre
BUSINESS

Article : Pneumatiques : l’usine marocaine de Sentury Tire monte en cadence, avec des commandes supérieures à l’offre

Le fabricant chinois Qingdao Sentury Tire indique que son site marocain poursuit sa montée en charge, avec un taux d’utilisation en progression et une demande actuellement supérieure à ses capacités. L’usine, entrée en production fin 2024 près de Tanger, doit devenir l’un des moteurs de croissance du groupe à l’international.

CFCIM : François Marchal élu à la tête de la Commission économique et financière
Quoi de neuf

Article : CFCIM : François Marchal élu à la tête de la Commission économique et financière

Le directeur général de Saham Bank succède à la présidence de cette commission interne de la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc. Yannick Giaconia, directeur général de Maroc Transmission, en prend la vice-présidence.

À Tanger, le futur Waldorf Astoria entre dans sa dernière ligne droite
TOURISME

Article : À Tanger, le futur Waldorf Astoria entre dans sa dernière ligne droite

Le groupe Hilton confirme l’achèvement du gros œuvre de son établissement près du Cap Spartel, dont l’ouverture est désormais envisagée à la mi-2027, après plusieurs reports liés aux standards de la marque ultra-luxe. Détails exclusifs.

Justice : nouveau renvoi dans l’affaire du décès de l’ex-mari de Rym Fikri
DROIT

Article : Justice : nouveau renvoi dans l’affaire du décès de l’ex-mari de Rym Fikri

La chambre criminelle de Casablanca a fixé la prochaine audience au 2 juin 2026, tout en ordonnant la convocation du témoin Youssef El Bouhadi et la projection des vidéos versées au dossier, où figure notamment parmi les mis en cause Reda Abakrim, alias “Turbo”.

Hantavirus : évacuation sous haute surveillance du MV Hondius à Tenerife
Santé

Article : Hantavirus : évacuation sous haute surveillance du MV Hondius à Tenerife

Les passagers du navire de croisière touché par un foyer d’hantavirus ont commencé à être débarqués dimanche 10 mai 2026 aux Canaries, avant leur rapatriement vers leurs pays d’origine. L’OMS recense six cas confirmés parmi huit cas suspects, dont trois décès, mais juge faible le risque pour la population locale.

Mondial 2026 : la FIFA porte à près de 33.000 dollars ses meilleurs billets pour la finale
Mondial2026

Article : Mondial 2026 : la FIFA porte à près de 33.000 dollars ses meilleurs billets pour la finale

L’instance internationale a mis en vente des places à 32.970 dollars pour la finale du 19 juillet 2026 au MetLife Stadium, dans le New Jersey, soit trois fois plus que le précédent prix maximal affiché pour la catégorie 1. Une nouvelle flambée qui relance les critiques sur la billetterie du Mondial 2026.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité