Le recours à la césarienne est devenu le norme dans certains établissements.

Plus d'une naissance sur deux se fait désormais par césarienne, que ce soit chez les affiliées de la Cnops ou de la CNSS, alors qu’un taux de 25% est déjà anormal. Cet acte médical soulève de nombreuses questions.

Il est 6h30 du matin. Dans cette clinique privée de la capitale économique, la salle de réception est comble. Une dizaine de futures mamans ont déjà investi les lieux pour des accouchements programmés.

« Ne vous inquiétez-pas. Le tout ne prendra que deux heures au maximum. Neuf femmes sur dix accouchent par césarienne. Et ça passe comme une lettre à la poste », lance tout de go, une aide soignante, à l’encontre d’un mari qui ne tenait pas en place.

Plutôt inquiétant, ce message se voulait réconfortant. Car, au Maroc, accoucher par césarienne a fini par jouir d’une réputation qui ne lui sied pas toujours : moins douloureux qu’un accouchement par voie basse, moins contraignant et surtout ne comportant aucun risque ni pour la maman ni pour son bébé. Une légende presque !

Résultat : la proportion des accouchements dits normaux en a pris un coup dur, surtout au niveau des établissements hospitaliers privés. Certes, le ministère de la Santé tarde à se pencher sérieusement sur le sujet, causant un sérieux manque de données nationales. Mais, d’autres organismes ont pris les devants essayant tant bien  que mal d’en élucider le mystère.

La Cnops s’alarme

En juillet 2012, la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (Cnops) a lancé un pavé dans ma marre en publiant une enquête détaillée sur le poids de la césarisation en milieu hospitalier durant la période 2007-2011. Le constat est sans appel : ce taux est passé de 36% à 50% en l’espace de 4 ans ! Elément plus symptomatique : l’étude révèle qu’en 2011, dans le secteur privé, 58% des actes d’accouchements se sont faits par césarienne contre 42% par voie basse. Au sein d’établissements de soin publics, le pourcentage de l’accouchement normal atteint 81% contre 19% pour les césariennes. De quoi se poser de sérieuses questions sur les motivations réelles des cliniques.

Un responsable au sein de la Cnops nous confie : « nous avons saisi certaines cliniques privées affichant un taux de césarisation excessif, frôlant parfois les 70% des cas. C’est aberrant ». Et d’ajouter, «  quelques cliniques se sont justifiées en évoquant des impératifs médicaux, d’autres ont fait la sourde oreille ».

La CNSS suit la même tendance

Du côté de la CNSS, les chiffres ne sont pas plus rassurants. En 2012, le taux de césarisation a atteint les 55%. Il est de 59% dans les cliniques privées et de 21% dans le public. « Ce taux de 55% n’est pas une particularité nationale. Il s’agit d’une tendance quasi-mondiale », fait remarquer une source autorisée au sein de la CNSS. « Il faut savoir que plusieurs femmes enceintes ne respectent pas la règle fondamentale des 4 actes médicaux à suivre pendant la période de grossesse. Etant mal suivies, leurs gynécologues préfèrent ne pas prendre de risque et optent pour une césarienne en urgence», lance le Dr Ihssane Loudiyi, chef du département des affaires médicales à la CNSS. Et d’ajouter, «  nous menons un énorme travail de sensibilisation auprès de ces populations pour qu’elles s’approprient l’AMO, une couverture assez récente au Maroc (ndlr : 2006)».

Même son de cloche auprès de plusieurs obstétriciens que nous avons interviewés. Le sacro-saint principe de précaution est évoqué par tous, faisant référence notamment à des grossesses jugées dangereuses suite à des antécédents de césarienne, une présentation du fœtus par le siège, des mamans de plus en plus âgées, un bassin trop étroit… un argumentaire médical infaillible.

Mais il n’y a pas que cela. Pour les cliniques privées, la césarienne permet aussi un gain financier non négligeable. Les césariennes sont facturées 50% plus chères qu’un accouchement normal et permettent une gestion plus « simple » des équipes et une nette économie de temps. N’est-ce pas de là qu’est né le concept de « césarienne de complaisance », appelée aussi césarienne de  confort ou de convenance.

Le diktat de l’enfant précieux

L'OMS donne le ton. « Le taux de césariennes doit être compris entre 5 % et 15 %  car un taux inférieur à 5 %, indiquerait que certaines femmes avec des complications sévères ne recevraient pas le niveau de soins adéquat. Au-delà, le recours à la césarienne est jugé comme abusif et aurait un impact plus négatif que positif, si l’on considère les risques de cette opération ». Des taux de césarienne supérieurs à 25 % seraient donc anormaux.  

« Il ne faut pas oublier que de nombreux couples ne souhaitent plus avoir une famille nombreuse comme par le passé. C’est une réalité socio-économique. La grossesse revêt alors un caractère précieux. Le bébé aussi », ajoute le Dr Ihssane Loudiyi. En Chine, pays de l’enfant unique, ce phénomène atteint des taux record (45%) et fournit un cas d’école à l’Organisation mondiale de la santé.

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Plus d'une naissance sur deux se fait désormais par césarienne, que ce soit chez les affiliées de la Cnops ou de la CNSS, alors qu’un taux de 25% est déjà anormal. Cet acte médical soulève de nombreuses questions.

Il est 6h30 du matin. Dans cette clinique privée de la capitale économique, la salle de réception est comble. Une dizaine de futures mamans ont déjà investi les lieux pour des accouchements programmés.

« Ne vous inquiétez-pas. Le tout ne prendra que deux heures au maximum. Neuf femmes sur dix accouchent par césarienne. Et ça passe comme une lettre à la poste », lance tout de go, une aide soignante, à l’encontre d’un mari qui ne tenait pas en place.

Plutôt inquiétant, ce message se voulait réconfortant. Car, au Maroc, accoucher par césarienne a fini par jouir d’une réputation qui ne lui sied pas toujours : moins douloureux qu’un accouchement par voie basse, moins contraignant et surtout ne comportant aucun risque ni pour la maman ni pour son bébé. Une légende presque !

Résultat : la proportion des accouchements dits normaux en a pris un coup dur, surtout au niveau des établissements hospitaliers privés. Certes, le ministère de la Santé tarde à se pencher sérieusement sur le sujet, causant un sérieux manque de données nationales. Mais, d’autres organismes ont pris les devants essayant tant bien  que mal d’en élucider le mystère.

La Cnops s’alarme

En juillet 2012, la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (Cnops) a lancé un pavé dans ma marre en publiant une enquête détaillée sur le poids de la césarisation en milieu hospitalier durant la période 2007-2011. Le constat est sans appel : ce taux est passé de 36% à 50% en l’espace de 4 ans ! Elément plus symptomatique : l’étude révèle qu’en 2011, dans le secteur privé, 58% des actes d’accouchements se sont faits par césarienne contre 42% par voie basse. Au sein d’établissements de soin publics, le pourcentage de l’accouchement normal atteint 81% contre 19% pour les césariennes. De quoi se poser de sérieuses questions sur les motivations réelles des cliniques.

Un responsable au sein de la Cnops nous confie : « nous avons saisi certaines cliniques privées affichant un taux de césarisation excessif, frôlant parfois les 70% des cas. C’est aberrant ». Et d’ajouter, «  quelques cliniques se sont justifiées en évoquant des impératifs médicaux, d’autres ont fait la sourde oreille ».

La CNSS suit la même tendance

Du côté de la CNSS, les chiffres ne sont pas plus rassurants. En 2012, le taux de césarisation a atteint les 55%. Il est de 59% dans les cliniques privées et de 21% dans le public. « Ce taux de 55% n’est pas une particularité nationale. Il s’agit d’une tendance quasi-mondiale », fait remarquer une source autorisée au sein de la CNSS. « Il faut savoir que plusieurs femmes enceintes ne respectent pas la règle fondamentale des 4 actes médicaux à suivre pendant la période de grossesse. Etant mal suivies, leurs gynécologues préfèrent ne pas prendre de risque et optent pour une césarienne en urgence», lance le Dr Ihssane Loudiyi, chef du département des affaires médicales à la CNSS. Et d’ajouter, «  nous menons un énorme travail de sensibilisation auprès de ces populations pour qu’elles s’approprient l’AMO, une couverture assez récente au Maroc (ndlr : 2006)».

Même son de cloche auprès de plusieurs obstétriciens que nous avons interviewés. Le sacro-saint principe de précaution est évoqué par tous, faisant référence notamment à des grossesses jugées dangereuses suite à des antécédents de césarienne, une présentation du fœtus par le siège, des mamans de plus en plus âgées, un bassin trop étroit… un argumentaire médical infaillible.

Mais il n’y a pas que cela. Pour les cliniques privées, la césarienne permet aussi un gain financier non négligeable. Les césariennes sont facturées 50% plus chères qu’un accouchement normal et permettent une gestion plus « simple » des équipes et une nette économie de temps. N’est-ce pas de là qu’est né le concept de « césarienne de complaisance », appelée aussi césarienne de  confort ou de convenance.

Le diktat de l’enfant précieux

L'OMS donne le ton. « Le taux de césariennes doit être compris entre 5 % et 15 %  car un taux inférieur à 5 %, indiquerait que certaines femmes avec des complications sévères ne recevraient pas le niveau de soins adéquat. Au-delà, le recours à la césarienne est jugé comme abusif et aurait un impact plus négatif que positif, si l’on considère les risques de cette opération ». Des taux de césarienne supérieurs à 25 % seraient donc anormaux.  

« Il ne faut pas oublier que de nombreux couples ne souhaitent plus avoir une famille nombreuse comme par le passé. C’est une réalité socio-économique. La grossesse revêt alors un caractère précieux. Le bébé aussi », ajoute le Dr Ihssane Loudiyi. En Chine, pays de l’enfant unique, ce phénomène atteint des taux record (45%) et fournit un cas d’école à l’Organisation mondiale de la santé.

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