Addoha en bourse : faut-il y croire de nouveau ?

Près de 80 millions de nouvelles actions Addoha bientôt sur le marché. En plus d’Anas Sefrioui, les détenteurs actuels d’actions sont appelés à participer à cette augmentation de capital. Vont-ils se mobiliser pour un titre dont le cours a été divisé par 24 depuis 2008 ?

Addoha en bourse : faut-il y croire de nouveau ? Projet d'Addoha à Abidjan

Le 10 décembre 2019 à 15:23

Modifié le 18 décembre 2019 à 00:00

Addoha veut augmenter son capital de 25% ou de 800 millions de DH pour, annonce le management de l’entreprise, financer ses projets de développement en Afrique subsaharienne. Près de 80 millions d’actions nouvelles seront émises sur le marché boursier au prix unitaire de 10 DH, soit la valeur nominale du titre qui correspond en même temps à la valorisation retenue par les banques d'affaires du promoteur immobilier (cours moyen pondéré sur six mois, du 23 avril au 22 octobre).

L’opération est réservée aux actionnaires actuels qui devront, du 19 décembre au 8 janvier, soit participer à l’augmentation de capital, soit s’abstenir et vendre les droits de souscription rattachés à leurs actions s’ils trouvent preneur avant l'expiration du délai.

Anas Sefrioui, actionnaire majoritaire d’Addoha avec 56,6% (182,4 millions d’actions), va bien entendu participer à l’opération pour au moins conserver son poids dans le capital. Il compte y participer par apport en numéraire et par conversion de ses créances en compte courant d’associé (dont le montant s’élève à plus de 1,1 milliard de DH), nous apprend la note d’information de l’opération.

Les autres actionnaires, selon le site web de la Bourse de Casablanca (actualisé au 1er juillet 2019), sont le RCAR (6,33%), la CMR (2,42%), la CIMR (0,64%), la MCMA (0,5%) et Axa Assurances (0,48%) mais surtout les personnes physiques et morales qui détiennent le flottant en bourse (plus de 32%). Le reste des actions (0,8%) étant auto-détenu par l’entreprise dans le cadre de son programme de rachat pour réguler le cours.

Les détenteurs de 137,4 millions d’actions Addoha sont donc appelés à se mobiliser pour acheter davantage de titres du promoteur immobilier. Vont-ils le faire compte tenu de son historique ? De nombreux investisseurs ont perdu beaucoup d’argent à cause d’Addoha au cours de la dernière décennie.

Rebond provisoire du cours

Juste après l’annonce de l’augmentation de capital, le cours d’Addoha a augmenté de 18,5% en trois séances de cotation, reflétant une position acheteuse sur le titre. Son cours est passé de 7,8 DH le 4 décembre à 9,3 DH le 9 décembre.

Selon un analyste, ce rebond est dû à trois facteurs principaux :

- La volonté de l’actionnaire principal d’injecter des fonds supplémentaires dans l’entreprise a été perçue comme un signal positif par certains investisseurs.

- Certains actionnaires, notamment personnes physiques, ont préféré ne pas attendre l’augmentation de capital pour acheter à 10 DH alors qu’ils peuvent le faire à 8 DH ou 9 DH.

- Acheter maintenant les actions existantes ouvre le droit au dividende potentiel de l’exercice 2019, contrairement aux actions nouvelles qui ont le 1er janvier 2020 comme date de jouissance.

Les deux derniers facteurs relèvent plutôt de l’opportunisme de certains investisseurs. Quant au premier, il n’est pas largement partagé. Des analystes et des investisseurs sondés se montrent toujours prudents vis-à-vis du titre et considèrent que renforcer ses positions sur Addoha peut s'avérer risqué.

Les actionnaires actuels voudront-ils participer à l’augmentation de capital pour ne pas voir leurs participations se diluer et leur quote-part dans les dividendes à venir baisser ?

Hormis Anas Sefrioui, le capital d’Addoha n’est détenu par aucun autre investisseur stratégique qui pourrait se soucier de son taux de participation au capital. Ceci est valable pour les institutionnels et l’est encore plus pour les personnes physiques et morales détenant le flottant en bourse.

De plus, Addoha n’a pas servi de dividende cette année au titre de l’exercice 2018 afin, dit le management de l’entreprise, de financer le développement en Afrique subsaharienne. Rien ne garantit donc qu’elle servira des dividendes à court terme. Surtout que les bénéfices sont en baisse.

Des perspectives mitigées

Autrement dit, pour qu’un investisseur se mobilise dans le cadre de cette opération, il faudrait d’abord qu’il croit vraiment en les perspectives de redressement de l’entreprise et de développement de son activité. Or celles-ci sont plutôt mitigées.

D’un côté, l’endettement d’Addoha a été nettement réduit (34% des fonds propres à fin 2018) et les perspectives du marché subsaharien, notamment en Côte d’Ivoire, sont prometteuses avec une demande forte en logements.

Mais de l’autre, le marché local qui génère pour l’instant l’intégralité du chiffre d’affaires de l’entreprise, est toujours en berne et il n’y a aucune visibilité sur l’évolution de l’activité au cours de la prochaine décennie. Le rythme de lancement et de commercialisation des projets a été nettement réduit et des questions se posent sur les stocks d’invendus et leur valorisation.

La capitalisation représente le quart des fonds propres

Ceci dit, même si un investisseur croit en les perspectives de développement d’activité d’Addoha, il faudrait également qu’il croit en le redressement du cours en bourse après leur concrétisation. Ce qui n’est pas garanti vu la méfiance des investisseurs et analystes vis-à-vis de l’action Addoha en particulier et du secteur immobilier en général. Surtout, l’historique d’évolution du titre en bourse joue en sa défaveur.

Malgré son récent rebond, le cours d’Addoha a baissé de 96% depuis son pic d’avril 2008. Il est passé de 228 DH le 7 avril 2008 (cours ajusté des opérations sur capital) à 9,3 DH le 9 décembre 2019. Le prix de l’action a donc été divisé par 24. A 9,3 DH, la valeur actuelle d’Addoha est même 3 fois inférieure à celle de son introduction en bourse en 2006 (585 DH, ce qui donne après ajustement 28,6 DH).

Une chute démesurée par rapport à la dégradation de l’activité et de la situation financière de l’entreprise. Sa capitalisation boursière (3 milliards de DH) représente près du quart des fonds propres comptables (11,1 milliards de DH). Et la valeur de l’action représente à peine 9 fois le bénéfice de l’année 2018, un multiple parmi les plus faibles du marché.

En tous les cas, plusieurs investisseurs en bourse affirment que cet effondrement du cours leur a causé beaucoup de pertes, dont l’ampleur varie selon les dates d’achat-vente et le montant investi. Ce qui a contribué à la dégradation de la confiance.

Un retour plus que sec à la réalité après une courte période euphorique (mi-2006 à mi-2008) où la valeur de l’action a été multipliée par huit.

Faut-il y croire de nouveau ? Le comportement du cours au cours des prochaines séances et les résultats techniques de l'augmentation de capital, attendus le 23 janvier, constitueront des indices pouvant orienter les investisseurs...

>>Lire aussi: Addoha: Parcours d'une entreprise qui a bouleversé la Bourse de Casablanca

Projet d'Addoha à Abidjan

Addoha en bourse : faut-il y croire de nouveau ?

Le 10 décembre 2019 à15:22

Modifié le 18 décembre 2019 à 00:00

Près de 80 millions de nouvelles actions Addoha bientôt sur le marché. En plus d’Anas Sefrioui, les détenteurs actuels d’actions sont appelés à participer à cette augmentation de capital. Vont-ils se mobiliser pour un titre dont le cours a été divisé par 24 depuis 2008 ?

Addoha veut augmenter son capital de 25% ou de 800 millions de DH pour, annonce le management de l’entreprise, financer ses projets de développement en Afrique subsaharienne. Près de 80 millions d’actions nouvelles seront émises sur le marché boursier au prix unitaire de 10 DH, soit la valeur nominale du titre qui correspond en même temps à la valorisation retenue par les banques d'affaires du promoteur immobilier (cours moyen pondéré sur six mois, du 23 avril au 22 octobre).

L’opération est réservée aux actionnaires actuels qui devront, du 19 décembre au 8 janvier, soit participer à l’augmentation de capital, soit s’abstenir et vendre les droits de souscription rattachés à leurs actions s’ils trouvent preneur avant l'expiration du délai.

Anas Sefrioui, actionnaire majoritaire d’Addoha avec 56,6% (182,4 millions d’actions), va bien entendu participer à l’opération pour au moins conserver son poids dans le capital. Il compte y participer par apport en numéraire et par conversion de ses créances en compte courant d’associé (dont le montant s’élève à plus de 1,1 milliard de DH), nous apprend la note d’information de l’opération.

Les autres actionnaires, selon le site web de la Bourse de Casablanca (actualisé au 1er juillet 2019), sont le RCAR (6,33%), la CMR (2,42%), la CIMR (0,64%), la MCMA (0,5%) et Axa Assurances (0,48%) mais surtout les personnes physiques et morales qui détiennent le flottant en bourse (plus de 32%). Le reste des actions (0,8%) étant auto-détenu par l’entreprise dans le cadre de son programme de rachat pour réguler le cours.

Les détenteurs de 137,4 millions d’actions Addoha sont donc appelés à se mobiliser pour acheter davantage de titres du promoteur immobilier. Vont-ils le faire compte tenu de son historique ? De nombreux investisseurs ont perdu beaucoup d’argent à cause d’Addoha au cours de la dernière décennie.

Rebond provisoire du cours

Juste après l’annonce de l’augmentation de capital, le cours d’Addoha a augmenté de 18,5% en trois séances de cotation, reflétant une position acheteuse sur le titre. Son cours est passé de 7,8 DH le 4 décembre à 9,3 DH le 9 décembre.

Selon un analyste, ce rebond est dû à trois facteurs principaux :

- La volonté de l’actionnaire principal d’injecter des fonds supplémentaires dans l’entreprise a été perçue comme un signal positif par certains investisseurs.

- Certains actionnaires, notamment personnes physiques, ont préféré ne pas attendre l’augmentation de capital pour acheter à 10 DH alors qu’ils peuvent le faire à 8 DH ou 9 DH.

- Acheter maintenant les actions existantes ouvre le droit au dividende potentiel de l’exercice 2019, contrairement aux actions nouvelles qui ont le 1er janvier 2020 comme date de jouissance.

Les deux derniers facteurs relèvent plutôt de l’opportunisme de certains investisseurs. Quant au premier, il n’est pas largement partagé. Des analystes et des investisseurs sondés se montrent toujours prudents vis-à-vis du titre et considèrent que renforcer ses positions sur Addoha peut s'avérer risqué.

Les actionnaires actuels voudront-ils participer à l’augmentation de capital pour ne pas voir leurs participations se diluer et leur quote-part dans les dividendes à venir baisser ?

Hormis Anas Sefrioui, le capital d’Addoha n’est détenu par aucun autre investisseur stratégique qui pourrait se soucier de son taux de participation au capital. Ceci est valable pour les institutionnels et l’est encore plus pour les personnes physiques et morales détenant le flottant en bourse.

De plus, Addoha n’a pas servi de dividende cette année au titre de l’exercice 2018 afin, dit le management de l’entreprise, de financer le développement en Afrique subsaharienne. Rien ne garantit donc qu’elle servira des dividendes à court terme. Surtout que les bénéfices sont en baisse.

Des perspectives mitigées

Autrement dit, pour qu’un investisseur se mobilise dans le cadre de cette opération, il faudrait d’abord qu’il croit vraiment en les perspectives de redressement de l’entreprise et de développement de son activité. Or celles-ci sont plutôt mitigées.

D’un côté, l’endettement d’Addoha a été nettement réduit (34% des fonds propres à fin 2018) et les perspectives du marché subsaharien, notamment en Côte d’Ivoire, sont prometteuses avec une demande forte en logements.

Mais de l’autre, le marché local qui génère pour l’instant l’intégralité du chiffre d’affaires de l’entreprise, est toujours en berne et il n’y a aucune visibilité sur l’évolution de l’activité au cours de la prochaine décennie. Le rythme de lancement et de commercialisation des projets a été nettement réduit et des questions se posent sur les stocks d’invendus et leur valorisation.

La capitalisation représente le quart des fonds propres

Ceci dit, même si un investisseur croit en les perspectives de développement d’activité d’Addoha, il faudrait également qu’il croit en le redressement du cours en bourse après leur concrétisation. Ce qui n’est pas garanti vu la méfiance des investisseurs et analystes vis-à-vis de l’action Addoha en particulier et du secteur immobilier en général. Surtout, l’historique d’évolution du titre en bourse joue en sa défaveur.

Malgré son récent rebond, le cours d’Addoha a baissé de 96% depuis son pic d’avril 2008. Il est passé de 228 DH le 7 avril 2008 (cours ajusté des opérations sur capital) à 9,3 DH le 9 décembre 2019. Le prix de l’action a donc été divisé par 24. A 9,3 DH, la valeur actuelle d’Addoha est même 3 fois inférieure à celle de son introduction en bourse en 2006 (585 DH, ce qui donne après ajustement 28,6 DH).

Une chute démesurée par rapport à la dégradation de l’activité et de la situation financière de l’entreprise. Sa capitalisation boursière (3 milliards de DH) représente près du quart des fonds propres comptables (11,1 milliards de DH). Et la valeur de l’action représente à peine 9 fois le bénéfice de l’année 2018, un multiple parmi les plus faibles du marché.

En tous les cas, plusieurs investisseurs en bourse affirment que cet effondrement du cours leur a causé beaucoup de pertes, dont l’ampleur varie selon les dates d’achat-vente et le montant investi. Ce qui a contribué à la dégradation de la confiance.

Un retour plus que sec à la réalité après une courte période euphorique (mi-2006 à mi-2008) où la valeur de l’action a été multipliée par huit.

Faut-il y croire de nouveau ? Le comportement du cours au cours des prochaines séances et les résultats techniques de l'augmentation de capital, attendus le 23 janvier, constitueront des indices pouvant orienter les investisseurs...

>>Lire aussi: Addoha: Parcours d'une entreprise qui a bouleversé la Bourse de Casablanca

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