Course contre la montre en Californie pour contenir une marée noire

(AFP)

Le 4 octobre 2021

Une marée noire menaçait lundi les côtes californiennes au sud de Los Angeles où les secours tentaient de contenir la nappe de pétrole qui a déjà pollué les légendaires plages d’Huntington Beach, une « catastrophe environnementale » selon la municipalité.

Oiseaux et poissons morts, pour certains portant des traces de pétrole brut, se sont échoués sur les plages d’Huntington Beach. Elles ont été fermées par les autorités qui ont demandé à tous les habitants de se tenir à distance des eaux polluées, un crève-cœur dans cette ville baptisée « Surf City ».

Les plages pourraient rester fermées « pendant des semaines, voire quelques mois », a prévenu la maire Kim Carr, disant redouter un « désastre écologique potentiel » pour la région.

De nombreux riverains interrogés par les médias locaux se plaignaient de la forte odeur de bitume flottant dans l’air.

Au total, 24 km de plages entre Huntington Beach et Laguna Beach, plus au sud, ont été fermées au public et la pêche a été interdite en raison de cette fuite d’hydrocarbures.

La marée noire, estimée à près de 480.000 litres de pétrole brut et s’étendant sur plus de 30 km2, serait due à une fuite sur un oléoduc passant près de la côte.

La société texane Amplify Energy, qui exploite l’oléoduc via sa filiale Beta Offshore, a affirmé dans un communiqué avoir prévenu samedi les gardes-côtes de la présence d’une nappe iridescente et avoir déclenché ses procédures en cas de fuite d’hydrocarbures le même jour.

La société a « envoyé un véhicule télécommandé pour investiguer et tenter de confirmer la source de la fuite », précise le communiqué diffusé lundi.

« Par mesure de précaution », Amplify Energy a mis à l’arrêt tous ses sites de productions et oléoducs dans la zone.

« Nous allons nous assurer qu’Amplify Energy Corporation fait tout son possible pour réparer cette catastrophe environnementale », a souligné la municipalité de Huntington Beach.

– Le traumatisme de 1969 –

Les gardes-côtes, qui supervisent les opérations de secours, ont quant à eux mobilisé de nombreux navires de dépollution. Quelque 12.000 litres de pétrole avaient été extraits de l’eau dimanche soir et 1.600 m de barrages flottants déployés pour contenir la nappe, ont-ils précisé.

Autorités et protecteurs de l’environnement s’inquiétaient particulièrement de l’impact de la marée noire sur les nombreuses réserves écologiques situées dans des estrans et des zones humides en bordure de la côte.

La catastrophe a déjà relancé le débat sur la présence de plateformes pétrolières et d’oléoducs à proximité des côtes du sud de la Californie.

« C’est simple: là où vous forez, il y aura des fuites », a déploré le parlementaire démocrate Alan Lowenthal. « Cela va être dévastateur non seulement pour notre faune et notre écosystème marin, mais aussi pour la subsistance de nos villes côtières, qui vivent de la pêche, du tourisme et des loisirs », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Tant que ces plateformes et oléoducs demeurent, nos villes côtières restent sous la menace de désastres potentiels comme celui-ci », avertit l’élu.

L’Etat de Californie et de nombreuses municipalités tentent de s’opposer par tous les moyens aux projets d’extraction pétrolière offshore depuis le traumatisme de la marée noire de Santa Barbara en 1969, avec ses plages mazoutées et les images quotidiennes de dauphins, loutres et pélicans morts englués dans un carcan de pétrole.

La Californie n’a plus concédé d’autorisation offshore depuis lors, mais sa juridiction s’arrête à environ 5 km des côtes, là où l’Etat fédéral prend le relais.

C’est précisément dans les eaux fédérales que semble s’être produite la fuite à l’origine de la marée noire, à proximité de la plateforme Elly, construite en 1980 pour traiter le brut extrait de puits voisins.

Au total, 23 plateformes pétrolières et gazières, pour la plupart facilement visibles depuis les plages, sont installées dans les eaux fédérales en Californie du Sud.

Des écologistes ont à plusieurs reprises attiré l’attention sur la vétusté de certaines installations, rouillées et mal entretenues selon eux, et les risques que cela représentait pour l’environnement.

La nature et les causes de la marée noire actuelle n’ont pas été déterminées mais des fuites avaient déjà été détectées en 1999 sur l’oléoduc reliant deux plateformes du gisement Beta, à l’époque exploité conjointement par Mobil et Shell, rappelle le quotidien Los Angeles Times.

Le 4 octobre 2021

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