Dévastées, les familles Floyd et Wright réclament des réformes de la police aux Etats-Unis

(AFP)

Le 13 avril 2021

Deux familles unies dans la douleur et la colère: les proches de l’Afro-Américain George Floyd et de Daunte Wright, un jeune homme noir tué dimanche par la police, ont réclamé ensemble mardi la fin des violences des forces de l’ordre et du racisme aux Etats-Unis.

« De la part de la famille Floyd, à la famille Wright: sachez que nous nous tenons à vos côtés ».

C’est avec ces mots simples que Philonise Floyd, dont le frère est mort le 25 mai à Minneapolis sous le genou du policier blanc Derek Chauvin, a offert ses condoléances aux parents de Daunte Wright lors d’une conférence de presse commune.

Serrés pour tenir debout face à « l’impensable », les membres des deux familles ont défilé au micro, affichant un profond désespoir. « Je suis complètement perdue parce que mon fils s’est fait voler son père », a lancé, en pleurs, Chyna Whitaker, qui devra élever seule un petit garçon d’un an.

Daunte Wright, 20 ans, a été abattu dimanche lors d’un banal contrôle routier à Brooklyn Center, près de Minneapolis, dans le nord des Etats-Unis. La police a qualifié sa mort d' »accidentelle ».

L’agente Kim Potter, 48 ans dont 26 au service des forces de l’ordre, a confondu son arme de service et son Taser, un pistolet à impulsion électrique qui n’est pas censé être létal, a assuré le chef de la police de Brooklyn Center Tim Gannon.

Face au tollé, la policière a démissionné mardi, tout comme M. Gannon.

Les proches de M. Wright réclament désormais son arrestation. « Jetez-la en prison comme vous le feriez pour nous », a lancé sa tante Naisha Wright, qui portait un T-shirt décoré du visage de George Floyd.

« Une erreur, c’est inacceptable ! », a ajouté Brandon Williams, le neveu de cette icône. « Ça suffit: il faut des réformes de la police », a-t-il estimé.

En écho, l’ancien président Barack Obama a appelé dans un communiqué à « repenser la police et la sécurité publique » aux Etats-Unis.

« Il faut qu’on s’attaque à beaucoup de dossiers, sur la police, mais aussi l’égalité et les opportunités économiques », a souligné de son côté le nouveau président démocrate Joe Biden, lors d’une rencontre avec des parlementaires noirs.

– Opiacés –

Les deux familles s’exprimaient à quelques encablures du tribunal où se tient le procès historique du policier blanc Derek Chauvin, qui est entré mardi dans une nouvelle phase, avec les premiers témoins de la défense.

L’avocat du policier, Eric Nelson, assure que son client a respecté les règles en vigueur dans la profession et qu’il n’a pas causé la mort de George Floyd décédé, selon lui, d’une overdose et de problèmes cardiaques.

Son objectif: semer le doute dans l’esprit d’au moins un juré puisque, aux Etats-Unis, les verdicts doivent être rendus à l’unanimité.

De nombreux experts, dont le chef de la police de Minneapolis et plusieurs médecins, ont mis à mal cette version des faits, mais Me Nelson a promis de faire entendre des vues divergentes.

Pour ce faire, il a d’abord convoqué un policier à la retraite qui avait interpellé George Floyd un an avant sa mort, et une secouriste qui l’avait examiné après cette arrestation. « Il m’a dit qu’il avait pris, genre toutes les 20 minutes, des opiacés », a assuré Michelle Moseng.

Il a aussi présenté un ancien instructeur de police, Barry Brodd qui a jugé « objectivement raisonnable » la force utilisée par Derek Chauvin pour maîtriser un suspect récalcitrant, à la posture imposante.

Depuis le début des audiences, les proches du quadragénaire noir dénoncent la stratégie de la défense qui vise, selon eux, à « salir » la mémoire de la victime. « C’est le procès de Derek Chauvin, pas de George Floyd », martèlent-ils à l’unisson.

– « Incroyable » –

Mardi, leur avocat Ben Crump a jugé « incroyable » que la police ait tué un nouvel homme noir alors que ce procès est en cours. « Je m’attendais à ce qu’elle se montre sous son meilleur jour » pendant ces audiences, a-t-il déclaré.

Dans une ville qui attend avec angoisse le verdict, la mort de Daunte Wright a exacerbé les tensions.

Après une première nuit de manifestations émaillées de violences, les autorités avaient déclaré un couvre-feu sur toute l’agglomération de Minneapolis-Saint-Paul lundi soir, et déployé un millier de soldats de la Garde nationale.

Des dizaines de manifestants ont bravé l’interdit et ont protesté devant le commissariat de Brooklyn Center avec des pancartes clamant: « Emprisonnez tous les flics tueurs racistes », « Suis-je le prochain? » et « Pas de justice, pas de paix ».

Les forces de l’ordre ont utilisé du gaz lacrymogène pour les disperser et procédé à une quarantaine d’interpellations. Quelques actes « limités » de vandalisme ont également été rapportés.

Un nouveau couvre-feu débutera à 22H00 (03H00 GMT) à Minneapolis mardi.

Le 13 avril 2021

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