Ensoleillée mais isolée, Chypre peine à augmenter la part d’énergie verte

(AFP)

Le 2 novembre 2021

« Trois cent quarante jours de soleil par an, mais on ne mise toujours pas sur les énergies renouvelables à Chypre » se désespère Georgia Mouskou, dans son salon baigné de lumière à Nicosie.

Devant sa facture d’électricité qui flambe, la trentenaire dit vouloir « louer une parcelle » pour y installer des panneaux solaires.

Sur l’île méditerranéenne, en un an, le nombre de panneaux installés par des particuliers a augmenté de 16%, selon l’Autorité chypriote de l’électricité (EAC).

Pourtant, Chypre peine à augmenter sa part d’énergie solaire et éolienne. En 2019, elle stagnait à 13,8%, en dessous de la moyenne européenne (19,7%), selon les derniers chiffres de l’office européen des statistiques Eurostat.

Chypre espère voir sa part d’énergies renouvelables atteindre les 23% d’ici 2030, selon son plan d’action national.

Le problème, selon Markos Asprou, spécialiste de l’électricité au centre de recherche chypriote Kios, c’est que la production d’énergie renouvelable est « difficile à prévoir ».

« Le jour, nous avons de l’énergie d’origine photovoltaïque. La nuit, nous tombons à zéro », explique Giorgos Moniatis, le codirecteur de la principale centrale de production d’électricité de l’île, Vassilikos.

Pour pallier l’absence d’énergie renouvelable, « le réseau doit être flexible, ce qui n’est pas le cas à Chypre » en raison de son isolement, indique M. Asprou.

– Isolement –

En cas de carence, l’île ne peut compter sur le réseau d’aucun pays voisin. Située à plus de 800 km des premières côtes européennes – celles de la Grèce -, elle n’est reliée à aucun autre système électrique.

D’où, selon M. Asprou, la lenteur du développement de l’énergie renouvelable par rapport à d’autres pays de l’Union européenne (UE).

Pour l’accélérer, il faudrait une solution pour garantir la fourniture d’énergie pendant les creux de production comme « le stockage ou l’interconnexion avec d’autres pays, etc », explique-t-il.

Mais si les technologies pour stocker de l’électricité d’origine renouvelable existent, il est pour l’instant difficile et coûteux de les mettre en place à grande échelle, selon des experts du secteur.

Dans la salle de contrôle de Vassilikos, M. Moniatis montre une colonne vide sur un écran: sur l’ensemble de l’île, pas un souffle de vent. Les pales des éoliennes restent immobiles.

Vassilikos, qui couvre 61,5% des besoins électricité de l’île, brûle du fioul lourd et du gasoil, des énergies fossiles qui placent Chypre parmi les pays les plus pollueurs de l’UE.

« Que fait-on s’il n’y a pas de vent? », demande M. Moniatis. « C’est très difficile. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. »

Pour briser son isolement, Chypre multiplie les accords et projets, comme le très coûteux EuroAsia interconnector, cofinancé par l’UE, qui vise à relier les réseaux électriques de Chypre à ceux d’Israël et de Grèce.

Le 19 octobre, Chypre, la Grèce et l’Egypte ont aussi signé un accord de transfert d’énergie électrique en vue de l’interconnexion des trois pays.

– Pics de consommation –

La République de Chypre fait aussi face à un facteur démographique particulier qui entraîne des pics de consommation: ses 800.000 habitants accueillent environ quatre millions de touristes par an, notamment l’été, hors pandémie de Covid-19.

Les besoins de l’île sont ainsi passés cette année de 300 mégawatts (mw) au printemps à 1.200 mw cet été, souligne M. Moniatis.

Pendant les nuits estivales étouffantes, « tout le monde veut dormir avec l’air conditionné, mais la nuit il n’y a pas d’énergie solaire donc on doit compter sur les turbines » de la centrale, rappelle le codirecteur.

Pour les consommateurs, « le coût de l’électricité ne cesse d’augmenter, ça plombe notre budget », déplore Georgia Mouskou.

Le prix du kilowattheure (kwh) est passé de 16,97 centimes d’euros fin 2020, à 21,78 centimes d’euros en août 2021, soit plus de 28% d’augmentation, selon des chiffres de l’EAC.

Mais selon Mme Mouskou, la transformation de son logement pour recourir à l’énergie verte coûterait une fortune.

« Même avec des aides de l’Etat, c’est irréalisable pour nous », regrette-t-elle.

Une autre solution pourrait être de repenser son mode de vie. A Chirokitia, à six kilomètres seulement de Vassilikos, deux panneaux solaire suffisent aux besoins de Melissa Ahearn et son compagnon.

« Quatre ampoules, un chargeur de téléphone et la batterie de l’ordinateur, c’est tout ce qu’il nous faut! », assure celle qui a longtemps travaillé sur les marchés boursiers.

Le 2 novembre 2021

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