Nucléaire: l’Iran annonce un bond spectaculaire de ses activités d’enrichissement

(AFP)

Le 13 avril 2021

L’Iran a annoncé mardi son intention de « commencer à enrichir l’uranium à 60% », niveau qui le rapprocherait d’une capacité d’utilisation militaire, deux jours après un « sabotage » de son usine d’enrichissement de Natanz, que Téhéran impute à Israël.

Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères adjoint, a fait cette annonce « dans une lettre à Rafael Grossi », directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le gendarme onusien du nucléaire, selon l’agence de presse officielle, Irna.

« Les préparatifs [pour la mise en oeuvre de cette décision] commenceront cette nuit » à Natanz, a annoncé l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA).

L’uranium enrichi à 60% par l’Iran servira à « produire du molybdène utilisé à des fins de fabrication de différents produits radiothérapeutiques », affirme l’OIEA. Le mobyldène est un métal dur généralement utilisé dans les alliages.

L’enrichissement à 60% marquerait une étape supplémentaire et inédite dans la violation des engagements pris par l’Iran en vertu d’un accord international conclu à Vienne en 2015 pour limiter son programme nucléaire, au moment même où des discussions doivent continuer en Autriche pour sauver ce pacte.

La République islamique enrichit actuellement de l’uranium à 20% en isotope 235, bien au-delà de la limite de 3,67% fixée par l’accord de 2015.

Un enrichissement à 60% la mettrait en mesure de passer rapidement aux 90% nécessaires pour une utilisation à des fins militaires. La République islamique a toujours nié vouloir se doter de l’arme nucléaire, arguant d’un interdit moral et religieux.

L’AIEA a confirmé avoir été informée par l’Iran de son intention d’enrichir l’uranium à 60%, une décision que la France a « condamné » comme un « développement grave » nécessitant « une réponse coordonnée » des pays impliqués dans les négociations sur le dossier nucléaire.

« Grâce au (Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu et à la pression maximale de Washington, l’Iran (…) va maintenant enrichir à des niveaux sans précédent, avec moins de surveillance internationale. Bravo à tous ! », a commenté sur Twitter, non sans ironie, Ali Vaez, de l’organisation International Crisis Group.

En riposte au retrait américain en 2018 de l’accord international censé encadrer le programme nucléaire iranien et au rétablissement par Washington de sanctions au nom d’une politique de « pression maximale » à son encontre, l’Iran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires.

– « Sauvegarder l’accord » –

Dans sa lettre, M. Araghchi déclare que « 1.000 centrifugeuses supplémentaires d’une capacité 50% supérieure seront ajoutées aux machines présentes à Natanz, en sus du remplacement des machines abîmées » par l’explosion survenue dimanche dans ce complexe nucléaire du centre de l’Iran, ajoute Irna sans plus de précisions.

Ces annonces surviennent quelques heures après une rencontre à Téhéran entre le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, et son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Plus tôt, la télévision d’Etat avait annoncé que M. Araghchi avait quitté Téhéran pour participer mercredi à Vienne à une réunion sur les discussions en cours.

Mais selon la Russie, cette réunion de la Commission mixte de l’accord de Vienne a été reportée à jeudi.

Ces discussions sont destinées à réintégrer les Etats-Unis au sein de l’accord de 2015 et à ramener Téhéran à l’application stricte du texte, en échange de la levée des sanctions américaines.

« Nous tablons sur le fait qu’on pourra sauvegarder l’accord et que Washington reviendra enfin à (sa) mise en oeuvre pleine et entière », a déclaré Sergueï Lavrov, aux côtés de Mohammad Javad Zarif.

« Toutes les sanctions unilatérales prises à Washington en violation directe de l’accord doivent être annulées », a-t-il ajouté.

M. Lavrov s’en est pris avec virulence à l’UE et à sa décision de sanctionner huit responsables iraniens pour leur rôle dans la répression violente d’une vague de contestation en novembre 2019.

« Si cette décision a été prise de manière volontaire en pleine négociations à Vienne (…), alors c’est une erreur qui serait pire qu’un crime », a-t-il lâché, appelant à « empêcher un échec des négociations ».

– « Mauvais pari » –

Téhéran a accusé Israël d’avoir saboté dimanche son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz et a promis une « vengeance » en temps et en heure.

Selon l’Iran, une « petite explosion » a entraîné une panne de courant et des dégâts « rapidement » réparables.

Washington a nié toute implication. Dans un communiqué, la Maison Blanche a « réaffirmé » mardi  » l’indéfectible engagement » du gouvernement américain « en faveur de la sécurité d’Israël et à garantir que l’Iran n’obtienne jamais l’arme nucléaire. »

Le New York Times, selon qui l’opération a été menée par les Israéliens, écrit mardi de Jérusalem, citant « un responsable des renseignements », qu' »un engin explosif a été introduit clandestinement dans l’usine.

« Les Israéliens, s’ils pensaient qu’ils pouvaient stopper les efforts de l’Iran pour faire lever les sanctions contre le peuple iranien, ont fait un très mauvais pari », a dit M. Zarif.

Les discussions de Vienne réunissent les Etats encore parties à l’accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l’égide de l’Union européenne. Washington y est associé mais sans contact direct avec les Iraniens.

Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l’accord de 2015.

Mais jusqu’à présent, Téhéran et Washington exigent mutuellement de l’autre qu’il fasse le premier pas avant de revenir aux engagements auxquels chacun avait souscrit.

Le 13 avril 2021

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