Aïd Al Fitr : Ce que le choix de la date dit du monde arabe

La proclamation de l’Aïd Al Fitr a vu cette année un monde arabe plus divisé que jamais auparavant. La politique a clairement interféré et les fractures du monde arabo-musulman sont clairement visibles.

Aïd Al Fitr : Ce que le choix de la date dit du monde arabe

Le 06 juin 2019 à 10:42

Modifié le 07 juin 2019 à 18:24

Une précision scientifique d’abord : Une déclaration signée par 30 experts arabes indique que le nouveau croissant était impossible à voir le lundi 3 juin 2019 dans les pays arabes et que de ce fait, l’Aïd ne pouvait être fêté que le mercredi 5 juin.

Malgré cela, l’Arabie saoudite a annoncé l’Aïd pour le mardi 4 juin. Elle a été suivie par plusieurs pays dont les Emirats, le Koweit, le Bahrein, l’Algérie et la Mauritanie.

D’autres pays s’alignant habituellement sur l’Arabie saoudite ne l’ont pas fait cette année. Parmi eux, l’Egypte, la Jordanie, la Tunisie et l’Autorité palestinienne.

En Egypte, il y a eu un flottement : annonce officielle de la date du mercredi 5 juin pour l’Aïd, puis démenti de la part de plusieurs médias, puis confirmation. En Tunisie, l’annonce de la date du mercredi a été saluée sur les réseaux sociaux comme la manifestation d’une indépendance de décision par rapport à l’Arabie saoudite, pour la première fois depuis la révolution de 2011.

Les pays qui ont fêté l’Aïd le mercredi sont notamment le Maroc, Oman, la Palestine, la Jordanie et l’Egypte.

Dans 5 autres pays, les communautés musulmanes se sont divisées sur la date de l’Aïd, selon une ligne de fracture nettement politique : Irak, Yémen, Liban, Syrie et Soudan. Dans ces 5 pays, que l’on soit d’obédience chiite ou sunnite, que l’on soit pro-iranien, ou pro-saoudien, on a célébré l’Aïd respectivement le mercredi ou le mardi. Au Liban, le Hezbollah a décrété le mercredi jour de l’Aïd alors que le gouvernement libanais l’a fixé à la veille, mardi.

Au Yémen, division entre Houthis pro-iraniens et gouvernement officiel, le second s’alignant sur la date saoudienne.

Idem en Syrie et en Irak. Au Soudan, c’est la population elle-même qui était partagée entre les deux jours.

Le monde musulman en général n’a même pas unifié les règles de fixation de la date des mois lunaires. Des pays comme la Turquie ou la Malaisie optent pour le calcul astronomique et donc la prévisibilité. Cela leur permet d’avoir un vrai calendrier qui fonctionne. D’autres comme le Maroc optent pour l’orthodoxie malékite et donc l’observation uniquement à l’œil nu.

Le Maroc et Oman sont considérés comme les pays les plus rigoureux et les mieux organisés pour l’observation du nouveau croissant des mois lunaires. Le Maroc est l'un des rares pays à recourir à des comités officiels pour l’observation du croissant lunaire durant tous les mois de l'année, à travers 270 positions dans les différentes régions du Royaume, et avec la participation des Forces armées royales. Il est considéré comme une référence et le meilleur pays en matière d'observation du croissant lunaire, par les différentes études ou comités scientifiques.

Au final, les pays qui considèrent l’observation du croissant lunaire comme un élément de leur souveraineté deviennent plus nombreux que par le passé. La rigueur du système d’observation reste cependant très inégale et les critères ne sont pas unifiés. Des pays comme les Emirats admettent les lunettes oculaires alors que le Maroc n’admet que l’observation à l’œil nu. Les conflits avec l’Iran, avec leurs dimensions politique et confessionnelle, interfèrent enfin de plus en plus dans un monde arabe plus divisé que jamais.

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Le 06 juin 2019 à10:58

Modifié le 07 juin 2019 à 18:24

La proclamation de l’Aïd Al Fitr a vu cette année un monde arabe plus divisé que jamais auparavant. La politique a clairement interféré et les fractures du monde arabo-musulman sont clairement visibles.

Une précision scientifique d’abord : Une déclaration signée par 30 experts arabes indique que le nouveau croissant était impossible à voir le lundi 3 juin 2019 dans les pays arabes et que de ce fait, l’Aïd ne pouvait être fêté que le mercredi 5 juin.

Malgré cela, l’Arabie saoudite a annoncé l’Aïd pour le mardi 4 juin. Elle a été suivie par plusieurs pays dont les Emirats, le Koweit, le Bahrein, l’Algérie et la Mauritanie.

D’autres pays s’alignant habituellement sur l’Arabie saoudite ne l’ont pas fait cette année. Parmi eux, l’Egypte, la Jordanie, la Tunisie et l’Autorité palestinienne.

En Egypte, il y a eu un flottement : annonce officielle de la date du mercredi 5 juin pour l’Aïd, puis démenti de la part de plusieurs médias, puis confirmation. En Tunisie, l’annonce de la date du mercredi a été saluée sur les réseaux sociaux comme la manifestation d’une indépendance de décision par rapport à l’Arabie saoudite, pour la première fois depuis la révolution de 2011.

Les pays qui ont fêté l’Aïd le mercredi sont notamment le Maroc, Oman, la Palestine, la Jordanie et l’Egypte.

Dans 5 autres pays, les communautés musulmanes se sont divisées sur la date de l’Aïd, selon une ligne de fracture nettement politique : Irak, Yémen, Liban, Syrie et Soudan. Dans ces 5 pays, que l’on soit d’obédience chiite ou sunnite, que l’on soit pro-iranien, ou pro-saoudien, on a célébré l’Aïd respectivement le mercredi ou le mardi. Au Liban, le Hezbollah a décrété le mercredi jour de l’Aïd alors que le gouvernement libanais l’a fixé à la veille, mardi.

Au Yémen, division entre Houthis pro-iraniens et gouvernement officiel, le second s’alignant sur la date saoudienne.

Idem en Syrie et en Irak. Au Soudan, c’est la population elle-même qui était partagée entre les deux jours.

Le monde musulman en général n’a même pas unifié les règles de fixation de la date des mois lunaires. Des pays comme la Turquie ou la Malaisie optent pour le calcul astronomique et donc la prévisibilité. Cela leur permet d’avoir un vrai calendrier qui fonctionne. D’autres comme le Maroc optent pour l’orthodoxie malékite et donc l’observation uniquement à l’œil nu.

Le Maroc et Oman sont considérés comme les pays les plus rigoureux et les mieux organisés pour l’observation du nouveau croissant des mois lunaires. Le Maroc est l'un des rares pays à recourir à des comités officiels pour l’observation du croissant lunaire durant tous les mois de l'année, à travers 270 positions dans les différentes régions du Royaume, et avec la participation des Forces armées royales. Il est considéré comme une référence et le meilleur pays en matière d'observation du croissant lunaire, par les différentes études ou comités scientifiques.

Au final, les pays qui considèrent l’observation du croissant lunaire comme un élément de leur souveraineté deviennent plus nombreux que par le passé. La rigueur du système d’observation reste cependant très inégale et les critères ne sont pas unifiés. Des pays comme les Emirats admettent les lunettes oculaires alors que le Maroc n’admet que l’observation à l’œil nu. Les conflits avec l’Iran, avec leurs dimensions politique et confessionnelle, interfèrent enfin de plus en plus dans un monde arabe plus divisé que jamais.

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