Amnesty International : Le Royaume hausse le ton

Le Maroc exige des "preuves" après les accusations d'espionnage du téléphone de Omar Radi proférées par Amnesty International. La sortie du gouvernement, et surtout celle de Nasser Bourita, placent le sujet sur le terrain diplomatique. 

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Amnesty International : Le Royaume hausse le ton

Le 03 juillet 2020 à 16:32

Modifié le 05 juillet 2020 à 21:52

"Vos allégations sont graves et tendancieuses, nous attendons des preuves !". Jeudi 2 juillet, le porte-parole du gouvernement (Saaid Amzazi), le ministre d’Etat chargé des droits de l’homme (Mostapha Ramid) et le ministre des Affaires étrangères (Nasser Bourita) ont tour à tour adressé cette sommation à Amnesty International, auteure d’un rapport accusant le Maroc d’espionner le portable du journaliste Omar Radi.

Trois ministres devant un pupitre pour marteler le même message, sur un ton solennel. Un changement de ton par rapport aux sorties précédentes, officieuses ou/et officielles mais timorées. Sur une affaire qui gagne progressivement en ampleur.

Le rapport d’Amnesty a été publié le 22 juin 2020. Son postulat : Le téléphone de Omar Radi a été "la cible de plusieurs attaques au moyen d’une nouvelle technique sophistiquée permettant d’installer de façon invisible, Peagasus, logiciel espion". L’ONG désigne deux parties du doigt : le groupe israélien NSO, concepteur du logiciel et l’Etat marocain, accusé d’utiliser cet outil pour traquer le concerné.

Le contenu du document a été relayé dans la foulée et en simultané par 17 médias de par le monde – dont LeDesk au Maroc, coordonnés par Forbidden Stories. "Une campagne de diffamation internationale injuste", déplore M. Amzazi, porte-parole du gouvernement. Il révèle qu’après la publication, le Chef du gouvernement "a adressé une correspondance à l’Organisation" lui demandant de s'expliquer "sur ces allégations et accusations" et surtout "fournir des preuves matérielles" à l’appui.

La lettre, dont Médias24 détient copie, a été envoyée le 1er juillet à Julie Verhaar, secrétaire générale adjointe d’Amnesty International. Au préalable, le 26 juin, le directeur exécutif de la branche marocaine a été convoqué à la primature.

"Le Royaume du Maroc ne se contente pas de réfuter ces allégations. Il met au défi ceux qui les colportent d'apporter des preuves", a lancé, pour sa part, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères. Il relève qu'il est possible de "prouver ce que cette organisation prétend à propos de l'infiltration du téléphone portable d'un journaliste-stagiaire, et ce de manière scientifique en recourant aux laboratoires spécialisés", ajoute-t-il. Sa présence à la conférence place le sujet sur un terrain diplomatique.

Liens avec un officier de "liaison"

La dernière partie du communiqué est particulièrement lourde. Le gouvernement y accuse vertement Amnesty "d’instrumentaliser" la situation de Omar Radi, objet d’une enquête judiciaire "pour atteinte présumée à la sécurité de l'Etat". La cause ? "Ses liens avec un officier de liaison d’un pays étranger" dont l’identité n’a pas été dévoilée par respect "aux us et coutumes de la communauté internationale", selon l'Exécutif.  

"Cet officier était l’objet de fuites en juillet 2013 au sujet de sa réelle identité. Il était en poste sous couvert diplomatique depuis 1979 dans plusieurs régions de tension à travers le monde", précise néanmoins le gouvernement, laissant le soin aux médias d’identifier l’intéressé comme un "agent" du MI6, service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni (Amnesty International a été fondée au Royaume-Uni).

La sortie gouvernementale révèle par la même occasion, les dernières évolutions de l’enquête en cours (ou, du moins, nous dit où se dirige cette enquête). Datant du 24 juin, la première communication officielle avait fait état d’investigations au sujet de "l’implication présumée" du journaliste "dans une affaire d’obtention de financements de l’étranger, en relation avec des services de renseignement." L’enquête préliminaire est menée par la Brigade nationale de la Police judiciaire (BNPJ). Pour l’heure, Omar Radi a été interrogé à deux reprises, la dernière datant du 2 juillet.
La première convocation est survenue quelques jours après la publication, dans Chouf TV, d’une séries d’articles-pamphlets accusant Omar Radi, entre autres, de recevoir des virements d’organisations étrangères, citant les sociétés de consulting stratégique K2 Intelligence Limited (Etats-Unis) et G3 Good Governance Group (Royaume-Uni).

"Les accusations me visant ne sont pas seulement infondées : elles relèvent du ridicule pour les unes, et de la diffamation pure et dure pour les autres", a commenté le journaliste dans un communiqué publié le 26 juin sur les réseaux sociaux, deux jours après sa première convocation. Il regrette "une campagne de lynchage et d'accusations infondées" le visant et regrette une auto-saisine du parquet général "succédant à une cabale médiatique dont mes proches, mes collègues, mes camarades et moi-même avons été victimes".

Amnesty International : Le Royaume hausse le ton

Le 03 juillet 2020 à17:53

Modifié le 05 juillet 2020 à 21:52

Le Maroc exige des "preuves" après les accusations d'espionnage du téléphone de Omar Radi proférées par Amnesty International. La sortie du gouvernement, et surtout celle de Nasser Bourita, placent le sujet sur le terrain diplomatique. 

"Vos allégations sont graves et tendancieuses, nous attendons des preuves !". Jeudi 2 juillet, le porte-parole du gouvernement (Saaid Amzazi), le ministre d’Etat chargé des droits de l’homme (Mostapha Ramid) et le ministre des Affaires étrangères (Nasser Bourita) ont tour à tour adressé cette sommation à Amnesty International, auteure d’un rapport accusant le Maroc d’espionner le portable du journaliste Omar Radi.

Trois ministres devant un pupitre pour marteler le même message, sur un ton solennel. Un changement de ton par rapport aux sorties précédentes, officieuses ou/et officielles mais timorées. Sur une affaire qui gagne progressivement en ampleur.

Le rapport d’Amnesty a été publié le 22 juin 2020. Son postulat : Le téléphone de Omar Radi a été "la cible de plusieurs attaques au moyen d’une nouvelle technique sophistiquée permettant d’installer de façon invisible, Peagasus, logiciel espion". L’ONG désigne deux parties du doigt : le groupe israélien NSO, concepteur du logiciel et l’Etat marocain, accusé d’utiliser cet outil pour traquer le concerné.

Le contenu du document a été relayé dans la foulée et en simultané par 17 médias de par le monde – dont LeDesk au Maroc, coordonnés par Forbidden Stories. "Une campagne de diffamation internationale injuste", déplore M. Amzazi, porte-parole du gouvernement. Il révèle qu’après la publication, le Chef du gouvernement "a adressé une correspondance à l’Organisation" lui demandant de s'expliquer "sur ces allégations et accusations" et surtout "fournir des preuves matérielles" à l’appui.

La lettre, dont Médias24 détient copie, a été envoyée le 1er juillet à Julie Verhaar, secrétaire générale adjointe d’Amnesty International. Au préalable, le 26 juin, le directeur exécutif de la branche marocaine a été convoqué à la primature.

"Le Royaume du Maroc ne se contente pas de réfuter ces allégations. Il met au défi ceux qui les colportent d'apporter des preuves", a lancé, pour sa part, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères. Il relève qu'il est possible de "prouver ce que cette organisation prétend à propos de l'infiltration du téléphone portable d'un journaliste-stagiaire, et ce de manière scientifique en recourant aux laboratoires spécialisés", ajoute-t-il. Sa présence à la conférence place le sujet sur un terrain diplomatique.

Liens avec un officier de "liaison"

La dernière partie du communiqué est particulièrement lourde. Le gouvernement y accuse vertement Amnesty "d’instrumentaliser" la situation de Omar Radi, objet d’une enquête judiciaire "pour atteinte présumée à la sécurité de l'Etat". La cause ? "Ses liens avec un officier de liaison d’un pays étranger" dont l’identité n’a pas été dévoilée par respect "aux us et coutumes de la communauté internationale", selon l'Exécutif.  

"Cet officier était l’objet de fuites en juillet 2013 au sujet de sa réelle identité. Il était en poste sous couvert diplomatique depuis 1979 dans plusieurs régions de tension à travers le monde", précise néanmoins le gouvernement, laissant le soin aux médias d’identifier l’intéressé comme un "agent" du MI6, service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni (Amnesty International a été fondée au Royaume-Uni).

La sortie gouvernementale révèle par la même occasion, les dernières évolutions de l’enquête en cours (ou, du moins, nous dit où se dirige cette enquête). Datant du 24 juin, la première communication officielle avait fait état d’investigations au sujet de "l’implication présumée" du journaliste "dans une affaire d’obtention de financements de l’étranger, en relation avec des services de renseignement." L’enquête préliminaire est menée par la Brigade nationale de la Police judiciaire (BNPJ). Pour l’heure, Omar Radi a été interrogé à deux reprises, la dernière datant du 2 juillet.
La première convocation est survenue quelques jours après la publication, dans Chouf TV, d’une séries d’articles-pamphlets accusant Omar Radi, entre autres, de recevoir des virements d’organisations étrangères, citant les sociétés de consulting stratégique K2 Intelligence Limited (Etats-Unis) et G3 Good Governance Group (Royaume-Uni).

"Les accusations me visant ne sont pas seulement infondées : elles relèvent du ridicule pour les unes, et de la diffamation pure et dure pour les autres", a commenté le journaliste dans un communiqué publié le 26 juin sur les réseaux sociaux, deux jours après sa première convocation. Il regrette "une campagne de lynchage et d'accusations infondées" le visant et regrette une auto-saisine du parquet général "succédant à une cabale médiatique dont mes proches, mes collègues, mes camarades et moi-même avons été victimes".

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