Après la pandémie, reconstruire en mieux

Le 15 février 2021 à 14h50

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

CHICAGO – Il est clair que nous devons reconstruire en visant à une plus grande égalité des chances. Avec leurs écoles délabrées, leurs infrastructures en ruine et leurs dysfonctionnements sociaux de plus en plus fréquents (criminalité, toxicomanie…), de nombreuses régions défavorisées aux USA et ailleurs dans le monde développé ne dépareilleraient pas dans un pays pauvre.

Ces régions se sont dépeuplées à mesure que certains de leurs habitants trouvaient des opportunités ailleurs, laissant les autres dans un désespoir encore plus profond. Certaines de ces régions sont défavorisées de longue date, car elles ont déjà subi des vagues de chômage liées au développement de la technologie ou des échanges commerciaux. Pour des raisons similaires, plus récemment d’autres régions ont été laissée elles aussi sur le bord du chemin. Mais la technologie et le commerce ont également suscité de nouvelles potentialités, ce qui permet d’envisager une relance économique pour ces régions.

La pandémie de Covid-19 a contraint beaucoup de gens à basculer au télétravail, ce qui a considérablement amélioré l’image de ce mode d’activité. Quand la pandémie sera derrière nous, de nombreuses entreprises offriront à leurs employés cette possibilité, accompagnée de quelques moments en présentiel uniquement lorsque cela sera nécessaire. Les travailleurs pourront alors habiter loin de leur entreprise. En milieu urbain les travailleurs qualifiés sont souvent à la recherche de lieux de résidence plus calmes et moins chers pour eux et leur famille, et certains pourraient retourner dans leur région d’origine s’ils le souhaitent. Et comme on se passe de plus en plus des réunions d’affaires en présentiel, des entreprises entières sont susceptibles elles aussi de changer de région.

De nouvelles opportunités 

Ces tendances stimulent la demande de biens et de services, et la création de nouveaux emplois au niveau local. La technologie permet non seulement de répartir géographiquement l’activité économique, mais aussi de relier des régions reculées aux marchés partout dans le monde. Comme le souligne Adam Davidson dans son livre The Passion Economy: The New Rules for Thriving in the Twenty-First Century, les plateformes en ligne permettent à de petites entreprises de faire de la publicité pour des produits de niche à l’échelle mondiale, et par conséquent les met à portée des acheteurs potentiels. Ainsi, une famille amish de l’Ohio (la famille Wengerd) a créé une commerce florissant en vendant à d’autres fermes amish à travers les USA des machines agricoles sophistiquées destinées à être tirées par des chevaux, un marché de niche s’il en est.

Toutes les régions ne peuvent pas prospérer grâce aux progrès technologiques. Des années de sous-investissement dans les infrastructures, notamment dans le haut débit, dans les parcs et les écoles, peuvent rendre certaines régions peu attrayantes pour les professionnels bien payés et leurs familles. Une criminalité élevée et une toxicomanie banalisée peuvent décourager les entreprises. Et les travailleurs locaux ont parfois besoin d’une reconversion professionnelle pour occuper de nouveaux emplois qualifiés. Certaines régions doivent évoluer pour attirer les entreprises, mais comment peuvent-elles le faire en l’absence de tout tissu économique?

Face à cette situation, une réaction tentante mais maladroite consiste à rechercher une solution centralisée. Les programmes massifs conçus dans une capitale et supposés répondre à tout ne permettent pas de relever les défis spécifiques d’une région donnée. Pour l’une, le problème prioritaire peut être l’absence de transports publiques satisfaisants, tandis que pour une autre, il s’agit du manque de débouchés pour canaliser positivement l’énergie des jeunes. Dans tous les cas, c’est la population locale qui est la mieux placée pour identifier les besoins prioritaires.

Répondre aux problèmes économiques locaux exige davantage de financements extérieurs, notamment des incitations fiscales supplémentaires pour encourager les investissements dans les « zones d’opportunité ». Mais cela ne suffit pas. Si les dirigeants de la région ne s’engagent pas pour concevoir des plans pour relever les défis locaux et si la population n’est pas partie prenante, les fonds risquent d’être gaspillés. Malheureusement, des années de désespoir peuvent épuiser les dirigeants d’une région et laisser la population apathique.

Qu’est-ce qui pourrait induire le changement? Les autorités nationales ou régionales (voire des institutions philanthropiques) pourraient financer au moins en partie les projets les plus innovants au niveau régional. Même si ce n’est pas indispensable, il serait préférable que ces  projets soient également soutenus au niveau local (les municipalités par exemple).

Une nouvelle génération de dirigeants locaux

La participation et l’engagement de la population locale devraient être aussi un critère important pour le financement. Ainsi un jardin public créé et entretenu par la population est préférable à un parc construit par un opérateur privé. Les projets adoptés devraient entraîner un renforcement du leadership local et de l’implication de la population.

Dans les différentes régions, des experts pourraient aider les responsables des projets à remédier aux défauts de leurs propositions, de manière à susciter la création de groupes de soutien ad hoc. Toutes les propositions ne seraient pas financées, mais le rassemblement de citoyens volontaires pour concevoir un projet pourrait constituer le noyau d’une nouvelle génération de dirigeants locaux si celle qui est au pouvoir manque de dynamisme. Si le financement des meilleurs projets innovants peut générer ou relancer une dynamique locale plus étendue, ce sera un succès.

En outre, les candidats non retenus pouvaient soumettre à nouveau leurs propositions ultérieurement après avoir remédié à leurs défauts initiaux, ce qui permettait de maintenir l’enthousiasme du début. Enfin, les leçons tirées des initiatives réussies pourraient être utiles à d’autres régions en recherche de leurs propres projets et aboutir à la création d’un réseau de partage des idées, des compétences et des meilleures pratiques.

Il ne s’agit pas de théoriser pour le plaisir. Des pays développés comme le Canada ont créé des réseaux de ce type pour encourager la population à proposer des solutions aux problèmes locaux restés sans solution.

Les pays riches dépensent des sommes énormes pour faire face aux conséquences de la pandémie. Il serait vraiment dommage que cet argent soit gaspillé dans de vieilles solutions qui ont rarement fonctionné. L’aide devrait aller à ceux qui ont absolument besoin de nouvelles opportunités et qui savent comment les créer. C’est peut-être l’un de nos meilleurs espoirs pour reconstruire en mieux.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2021

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