Khadija Tibari

Spécialiste en genre et développement territorial

La journée internationale des femmes au goût amer du coronavirus

Le 5 mars 2021 à 11h49

Modifié 11 avril 2021 à 14h38

Aujourd’hui, l’humanité fait face à une nouvelle pandémie, sous une nouvelle forme qui ne fait pas la distinction entre la race, la religion, l’ethnie, le sexe, la classe sociale…

C’est une pandémie égalitaire dans son agressivité et de son animosité. Nul ne peut être épargné, ni protégé, car elle est invisible, indomptable et non maitrisable, qui se propage par une vitesse d’éclaire, affectant tous les continents du globe. La mort est sa devise et le mystère fait sa loi.

Malgré ce tableau lugubre de choc et d’incertitude dont vit le monde, le Covid-19 a permis de prouver que l’être humain, connu par sa résistance aux différents aléas, durant les siècles de son existence, est capable encore une fois de survivre et vaincre les imprévus et les dangers. C’est une lutte de l’humanité toute entière contre un ennemi commun.

Le défi

Au Maroc, comme partout dans le monde, les femmes, à côté des hommes, ont prouvé qu’elles sont capables d’affronter avec courage, sacrifice, patience et abnégation les risques de cette pandémie. Placées aux premières lignes du danger, retenues loin de leurs familles, elles participent à la lutte contre la pandémie, pour affronter un ennemi invisible, en tant que staff médical, infirmière, aide-soignante, sage- femme, femme de ménage, sapeur-pompier, secouriste, accompagnatrice des personnes à besoin spécifique, des personnes âgées et des enfants…, policière, agent d’autorité, militaire, professeur, fonctionnaire, femme au foyer… Des femmes exceptionnelles ont marqué l’histoire marocaine, en cette période d’épidémie, veillant à la protection, à la sureté et la sécurité, à l’éducation, à l’assurance des prestations et des services publics, à l’économie, à l’agriculture…

Cette alchimie a permis une cohésion et une solidarité exemplaire des femmes et des hommes (abstraction faite du genre) pour soutenir la patrie et répondre à la volonté royale qui s’est engagée auprès des citoyen/nes pour encourager et relever les défis d’un pays en voie de développement.

Si la journée internationale des femmes est l’occasion pour dresser le bilan annuel de la situation des femmes, elle constitue, aujourd’hui, non seulement une station importante pour examiner les mesures entreprises dans le cadre de lutte contre le coronavirus pour assurer la protection des citoyen/nes, et garantir leurs droits d’égalité d’accès aux services du soin, aux ressources et aux opportunités, mais aussi de mesurer l’impact du coronavirus sur les différentes catégories sociales, dont les femmes comptent la tranche la plus importante.

En effet, fidèle aux principes des droits de l’homme et droit à la vie, le Maroc, dès le début de l’apparition du premier cas du coronavirus, le 2 mars 2020, a entrepris une panoplie de mesures rapides pour la protection de ses citoyen/nes sans distinction, ni différenciation entre les genres, afin de contrecarrer la propagation du virus, notamment la politique de fermeture des frontières, les mesures de confinement, la suspension de l’enseignement, le passage aux cours en ligne ou télévisés, la fermeture de tous les commerces non essentiels, la fermeture des aéroports, l’annulation de toutes manifestations et de tous rassemblements, l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, les politiques de prévention sanitaire, le régime de dépistage du Covid-19, les soins de santé d’urgence, la fermeture provisoire des mosquées, le rapatriement des jeunes étudiants, des femmes et des hommes vulnérables bloqués à l’étranger, et le lancement de l’opération de la vaccination contre le coronavirus.

Pour maintenir les filets de solidarité entre les citoyen/nes et parvenir à soutenir les populations fragiles affectées par la pandémie, sur le plan stratégique, un fonds spécial a été lancé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, apportant un appui engagé et concret, tout en prenant en considération les besoins des femmes et des hommes, l’égalité des sexes et la spécificité du pays et des régions. De même, dans le cadre de vigilance et de suivi de la situation épidémiologique, un comité de pilotage a été créée, en même temps de la tenue d’un bulletin quotidien des résultats de surveillance épidémiologique du Covid-19 pour le partage d’informations.

Sur le plan économique, un comité de veille a été mis en place pour suivre l’évolution de la situation économique et d’identifier les mesures appropriées pour le soutien des secteurs affectés. Au niveau social, l’intérêt a été accordé essentiellement, durant la période du confinement, à l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires et en nécessités imposées par le virus (les masques, les désinfectants, les gants…), à travers tout le territoire marocain. Sans oublier l’indemnisation forfaitaire des salariés affiliés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et l’aide directe des ménages œuvrant dans le secteur informel et disposant de la Carte de Régime d’assistance médicale (Ramed)… Le Maroc a choisi de prendre ces mesures importantes, même si elles ont un coût qui affecte la croissance économique.

L’impact

Toutefois, ces efforts ne minimisent pas les conséquences sociales et économiques. Aujourd’hui, la célébration de la journée internationale des femmes a un goût amer du coronavirus, elle compte le bilan des inégalités, de l’injustice sociale et de la violence. L’impact du coronavirus serait lourd partout dans le monde et à tous les niveaux et dont les conséquences négatives seront à court et à long terme sur l’humanité, essentiellement chez les personnes les plus vulnérables.

Si le Covid-19 a constitué un facteur additionnel amplifiant la violence, déjà exercée sur les femmes, et a exacerbé les inégalités sociales, en touchant différemment les genres, la pauvreté et la maladie ont exposé certaines catégories sociales beaucoup plus à la vulnérabilité et aux inégalités, dont les femmes qui sont les plus confrontées à la vulnérabilité économique. Elles sont les plus fragiles et les plus touchées par les méfaits de la pandémie. La majorité d’entre elles occupent des emplois informels, moins énumérées et sans protection sociale, comme le commerce de détail, bain maure, l’artisanat, la coiffure et l’esthétique, le travail domestique, les chargées des enfants et des personnes âgées, les serveuses, les mendiantes, les enfants de la rue, les sans domiciles fixes, les vagabondes, les marchands ambulants… Elles se sont retrouvées sans emplois. Sans sécurité sociale, elles sont confrontées à l’impact négatif, immédiat et lourd de la pandémie sur leur quotidien et leur vécu, subissant, également la tension psychologique et la violence amplifiée par le confinement et la quarantaine.

Le constat est de dire que la crise sanitaire a eu un impact négatif direct sur la vie sanitaire, psychologique, économique et sociale des femmes et des familles. Aussi, les femmes se sont, elles, vues ajouter des nouvelles responsabilités. En l’absence d’encadrement, de formation et d’outils, et à cause de la suspension des écoles, des crèches et des garderies, les femmes ont été surchargées de plusieurs tâches. Elles sont assurées le rôle d’assistante, d’enseignante, de travailleuse de maison, d’aide de soin, de bricoleuse. La vie professionnelle a envahi la vie privée, à travers un nouveau mode de travail qui s’est imposé à certaines femmes, le télétravail. Ces facteurs de stress et de tensions ont produit de la violence, notamment conjugale.

D’après une première lecture des statistiques des tribunaux nationaux, le taux de divorce, après le confinement, a grimpé, ainsi que les figues des jeunes adolescent/es, la progression de la violence, le nombre important enregistrés des requêtes et des plaintes relatives à la violence, sous ses différentes formes physique, sexuelle, économique, psychologique, l’augmentation du viol, des agressions… Cela peut se traduire par le chômage, la perte de l’emploi, la confrontation des générations, la durée de la pandémie, la phobie, l’incertitude, la claustrophobie… Avec le temps, la fracture sociale va s’amplifier et les inégalités entre les genres vont s’intensifier.

Pour faire face à cela, et soutenir les citoyen/nes, notamment les femmes à affronter l’impact psychologique du coronavirus et les effets du confinement, le Maroc a pris des mesures urgentes et ce à travers le lancement d’une campagne de sensibilisation numérique basée sur le soutien moral et sur les valeurs de coexistence et de responsabilité répartie entre les époux, les enfants et les parents. De même, une plateforme d’écoute et d’orientation a été mise en place pour accompagner les femmes en situation difficile.

L’espoir

Malgré l’impact lourd sur les personnes vulnérables, le coronavirus a changé le monde, certes, mais il a permis à plusieurs pays de découvrir leurs forces et leurs atouts. Il a permis à certaines femmes d’être plus productives, notamment dans les petites coopératives qui ont produit des bavettes artisanales, dés les premiers jours de l’apparition du virus, les enfants des nomades ont découvert les tablettes et la formation à distance, la digitalisation est devenue une clé de voute dans le paysage marocain, les jeunes marocains ont montré leurs talents de créativité et d’innovation…

Sans doute, agir en faveur des femmes et des hommes a permis aux femmes marocaines d’être présentes et prises en considération dans les politiques et les mesures entreprises au Maroc. Un pays qui ne cesse de multiplier les efforts pour garantir l’équilibre de toutes les catégories sociales, maintenir l’égalité des rapports sociaux entre les genres, et de chercher toutes les opportunités susceptibles à préserver l’être humain.

En effet, à l’instar des pays du monde, pour faire face au coronavirus et protéger l’être humain, le Maroc a commencés a campagne de vaccination contre le virus Covid-19, le 22 janvier 2021, lancée officiellement par Sa Majesté le Roi. La vaccination est pour toutes les catégories sociales, basée sur l’égalité des genres.

Faut-il rappeler encore une fois, le rôle important des femmes dans l’opération de vaccination. D’après les premières observations et les différentes enquêtes auprès des ménages, selon l’outil d’analyse du genre basé sur la division du travail, 8 femmes contre 2 hommes assurent l’opération de vaccination, en tant que médecin, infirmière, assistante, femme de ménage, secrétaire…, et tout ce qui est acheminement du vaccin, sécurité et surveillance sont des rôles réservés exclusivement aux hommes. Les femmes assurent leur rôle social, avec excellence aujourd’hui, qui reste un rôle primordial dans ces circonstances difficiles du coronavirus, afin d’apporter une assurance et un soutien psychologique aux personnes vulnérables et fragiles.

Au final, nous devons nous estimer optimiste devant ce virus qui a constitué une étape cruciale pour l’humanité en général et au Maroc en particulier. C’est une remise en question des dogmes et des théories, bien que rude, mais essentiel pour la reconstruction.

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous exprimer clairement sur les effets des inégalités et de différenciation, en l’absence des statistiques ventilées par sexe dans l’analyse de la situation pandémique au Maroc, basées sur le sexe, l’âge, les personnes à mobilité réduite…, nous sommes encore incapables de lister d’une façon précise les différents obstacles auxquels se sont confrontés les femmes, ni l’impact produit, ni les changements installés dans les rapports sociaux des genres. Peut-être avec le recul, nous pourrons arriver à voir mieux cette situation du non confort. Le temps actuellement est d’agir pour atténuer les risques futurs sur les femmes et les filles. Mais, nous pouvons dire que les femmes marocaines d’aujourd’hui, elles ne sont pas les mêmes qu’avant le Covid et elles ne le seront plus demain du Maroc de l’après Covid.

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