Luiz Inácio Lula da Silva

Ancien président du Brésil

La pauvreté en Afrique, une opportunité pour un continent émergent

Le 16 juillet 2013 à 13h43

Modifié 27 avril 2021 à 14h37

  Beaucoup de bonnes nouvelles nous viennent d'Afrique, mais elles sont trop souvent ignorées, alors que les informations mises en avant sont presque toujours négatives et stéréotypées. Même si avoir un regard impartial est chose difficile, il devient clair que la nouvelle Afrique émerge.  

Dans la nouvelle Afrique, le PIB a augmenté à un rythme de près de 5% depuis plus d'une décennie. Malgré la crise financière internationale, on prévoit une croissance similaire cette année à travers le continent, avec une inflation maîtrisée. Sur les 10 pays à travers le monde, qui se sont le plus rapidement développés au cours des dernières années, sept en sont africains.

Ce que l’on appelle la classe moyenne africaine dépasse aujourd’hui les 300 millions de personnes, sur une population d'environ un milliard. Les indicateurs de santé de la plupart des pays se sont améliorés de façon continue. Le continent compte plus de 700 millions de téléphones mobiles et plus de 100 millions d'Africains ont accès à Internet.

La démocratie, elle aussi, a  fait de grands progrès. Depuis 2011, au moins 26 élections exécutives et législatives ont eu lieu en Afrique. Les Africains tiennent à leur droit de choisir leurs propres dirigeants et de participer activement à la détermination de la politique publique.

Malgré les problèmes qu'elle rencontre encore, l'Afrique est entrain de surmonter l'héritage dévastateur du colonialisme et des conséquences de la guerre froide entre les grandes puissances. De plus en plus, il devient un continent de paix et de progrès.

En tant que président du Brésil, j’ai visité 26 pays africains afin de développer les relations politiques, économiques et sociales. Au cours de la dernière décennie, les partenariats entre le Brésil et les pays africains se sont élargis et diversifiés. Depuis que j’ai quitté la présidence, j'ai visité 10 pays sur le continent, à l'invitation de leurs présidents et de l'Union africaine. J'y ai eu l’occasion de débattre des défis à venir, avec de jeunes chefs d'entreprise, des syndicats et des fonctionnaires et des agences de développement.

Les dirigeants africains comprennent qu'ils doivent remettre en question le raisonnement absurde de récession et d'exclusion de nombreux pays dits «développés». Au lieu de réduire les investissements, le licenciement des travailleurs et l'abaissement des salaires et des avantages complémentaires de retraite, réduisant ainsi la consommation et les crédits, presque tous les pays africains ont adopté des politiques qui encouragent les investissements, qui permettent la création d’emplois et la promotion des marchés interieurs.

L'Union africaine, qui vient de fêter son 50ème anniversaire a bien raison : c'est le moment d'être audacieux et non passif. Il est temps que la solidarité entre les nations s’établisse. Le temps des économies plus fortes qui font pression sur les plus faibles est révolu.

L'Afrique est à nouveau en charge de son propre destin. Elle ne veut pas être et ne sera pas, guidée par d'autres. Ce que veut l'Afrique, c’est promouvoir l'inclusion sociale et améliorer le bien-être de son peuple, sans ingérence politique ou militaire de pays étrangers. L'Afrique veut l'autosuffisance alimentaire et l'indépendance énergétique et projette de construire une infrastructure qui permettra au commerce et à l’industrie de prospérer entre ses pays.

C'est la raison pour laquelle, le Programme de développement des infrastructures en Afrique, récemment approuvé par les 54 nations de l'Union africaine, a pris une importance considérable. Le programme, dont la devise est "l'interconnexion, l'intégration et la transformation d'un continent", prévoit d'investir plus de 360 milliards de dollars d'ici 2040, dans des projets axés sur l'énergie, l'assainissement, le transport, l'irrigation et les communications.

Quand l'Union africaine propose une initiative de cette envergure, elle montre le sérieux de ceux qui, face à une crise, ne désespèrent pas et n’échouent pas non plus. J'applaudis un tel cran. Et je dis à mes amis africains que j'espère que cette audace servira à l’éradication de la faim.

La faim continue d'être l'un des pires fléaux du monde, notamment en Afrique. La lutte contre la faim et la pauvreté est essentielle à l'émergence de la nouvelle Afrique. La pauvreté et la misère ne sont pas d’insolubles lois de la nature. Il n'y a pas de pénurie de nourriture ou de technologie pour accroître sa production. Il n'y a aucune raison d'accepter que près d’un milliard d'êtres humains – 239 millions d'entre eux vivant en Afrique, selon les Nations Unies – continuent à souffrir tous les jours de la faim et de la malnutrition.

En 2003, lorsque j'ai pris la présidence de mon pays, j'avais la conviction morale et politique qu'il était nécessaire de combattre la faim et la pauvreté avec des politiques gouvernementales vigoureuses. Aujourd'hui, avec l'expérience, je suis certain qu'il est possible d'éradiquer la faim dans le monde entier.

Avec la technologie, je n'ai aucun doute que dans les prochaines décennies, le continent fera comme le Brésil, le même bond en avant dans le secteur agricole. Des études menées par l'Embrapa, un institut public brésilien de recherche agricole, montrent que la savane africaine est très semblable au cerrado brésilien, qui est notre grenier. Je suis certain que dans un temps très court, l’Afrique sera en mesure de nourrir sa propre population et d'exporter des céréales, la viande et les biocarburants dans le monde entier.

La lutte contre la faim et la pauvreté n'est pas seulement une obligation morale dans toute démocratie digne de ce nom. L'inclusion sociale génère de nouveaux emplois et stimule la croissance économique.

D'autres pays ont suivi la même voie. J'étais au Mexique, à l'invitation du président Enrique Peña Nieto, pour le lancement de sa croisade nationale contre la faim. Les programmes de transferts en espèces ont été adoptés dans différents pays tels l'Inde et l'Équateur. J'ai été très heureux d'apprendre du premier ministre haïtien, qu’un nouveau programme a été adopté dans son pays, bénéficiant à 800.000 personnes, soit environ 8% de la population.

Au Brésil, les chiffres dénotent le succès de la stratégie d'investissement à destination des pauvres : 20 millions d'emplois ont été créés dans le secteur formel au cours des 10 dernières années, 36 millions de personnes sont sorties de la pauvreté extrême et 40 millions sont passées de la pauvreté à la classe moyenne.

Je suis convaincu que l'investissement dans les programmes sociaux, la production agricole et les infrastructures en Afrique, va créer des millions de nouveaux emplois et de consommateurs qui vont stimuler la demande en matière de produits et de services et contribuer au développement de la croissance durable dans l’économie mondiale.

À la fin de juin, l'Union africaine, le FAO et l’Instituto Lula parrainera une réunion de haut niveau à Addis-Abeba, en Ethiopie, pour discuter de la sécurité alimentaire en Afrique. Notre objectif est de favoriser la coopération entre les gouvernements et les organisations civiques dans la lutte contre la faim.

Nous ne réussirons que si les gouvernements de chaque pays s'engagent, une fois pour toutes, à inclure les pauvres dans leurs budgets. Les programmes de financement pour les pauvres ne sont pas une dépense supplémentaire mais un investissement à haut rendement.

La version originale (anglaise) de cet article a été initialement publiée dans l’édition du 18 juin 2013 du New York Times.

Copyright : New York Times


 

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