My Abdellah Chabbouba

Docteur en droit privé et sciences criminelles

Les premiers signes de solidarité face à la Covid

Le 10 mars 2021 à 11h25

Modifié 11 avril 2021 à 14h36

OXFORD – A l'heure où les pays riches vaccinent leurs populations et où les pays à faible revenu n'ont pas encore reçu leurs doses de vaccin, même quand ils les ont payées, le monde semble loin d'atteindre cet objectif. Mais les premiers signes de solidarité commencent à apparaître, et les dirigeants doivent renforcer la coopération en vue de les encourager.

Une approche de ce genre est essentielle, car la réouverture de l’économie mondiale nécessite de juguler le coronavirus partout dans le monde. Une étude récente estime que, même si les économies avancées atteignent des niveaux de vaccination optimaux à la mi-2021, elles pourraient néanmoins subir des pertes économiques allant jusqu’à 4,5 mille milliards de dollars cette année si les déploiements de vaccins des pays en développement continuent d’être à la traîne.

Les économies ouvertes telles que les Etats membres de l’Union européenne, la Suisse, le Royaume-Uni et les Etats-Unis courent en principe les plus gros risques en la matière. En outre, les pertes de production dans des secteurs tels que la construction, le textile, la vente au détail et l’automobile pourraient dépasser 5%.

Accélérer la production et la distribution des vaccins

Une distribution non coordonnée de vaccins présente également de graves dangers sanitaires. Le fait d’exclure les pays les plus pauvres et les plus nécessiteux de la chaîne d’approvisionnement a entraîné la mort de nombreux infirmiers et personnels de santé africains de première ligne dont le continent a si cruellement besoin. Lorsque la Guinée a déclaré une épidémie d’Ebola en février, le monde s’est tourné vers les personnels de santé du pays pour lancer une campagne de confinement et de vaccination. Sans ce type de personnels, le monde est plus vulnérable aux futures pandémies: en 2014, par exemple, un seul cas d’Ebola aux Etats-Unis a provoqué une panique à l’échelle nationale lorsqu’il s’est propagé aux infirmières qui soignaient le patient.

Mais il s’avère difficile d’assurer un déploiement mondial rapide des vaccins. Le Covid-19 Vaccine Global Access (Covax), créé par trois organismes de santé internationaux pour accélérer la production et la distribution des vaccins, a besoin de plus d’argent. Sinon, les pays les plus pauvres seront contraints de détourner leurs ressources budgétaires limitées ou de ralentir les programmes de vaccination contre d’autres maladies comme la polio, la rougeole et la méningite.

Il faut également augmenter le financement de l’Access to Covid-19 Tools (ACT) Accelerator, créé par l’Organisation mondiale de la santé et par d’autres partenaires pour mettre au point des tests, des traitements et des vaccins pour lutter contre la maladie. Selon une estimation, une contribution de 10 milliards de dollars américains à cette initiative permettrait de sauvegarder jusqu’à 1,34 mille milliards de dollars de production nationale, ce qui donnerait aux Etats-Unis un rendement plus de cent fois supérieur à leurs investissements. La lettre de Yellen au G20 souscrit à ce type de raisonnement et le groupe a convenu le 26 février que la fourniture d’un accès équitable à des vaccins, diagnostics et traitements Covid-19 sûrs pour tous les pays « est une priorité absolue ».

La propriété intellectuelle relative à la Covid-19

Mais l’argent n’est pas l’obstacle le plus immédiat. Les pays africains qui ont emprunté pour acheter des vaccins ont découvert qu’il n’y avait pas de doses à disposition. Bien que la Covax ait conclu des accords pour les pays en développement, elle n’avait livré, au 1er mars, que quelques centaines de milliers de doses au Ghana et à la Côte d’Ivoire. Un premier envoi est arrivé au Nigeria le 2 mars. Et la Guinée a administré un total de 55 doses à ce jour.

Le manque d’accès des pays en développement aux vaccins, selon certains, serait une conséquence des mesures de protection de la propriété intellectuelle (PI). A la fin de 2020, l’Inde et l’Afrique du sud, ainsi que certaines ONG, ont exhorté l’Organisation mondiale du commerce à renoncer aux règles actuelles de propriété intellectuelle relatives à la Covid-19, mais les Etats-Unis, l’UE et le Royaume-Uni se sont opposés à une telle idée. Les gouvernements débattront de cette question au sein de l’Organisation mondiale du commerce début mars.

Mais les brevets ne sont pas (encore) le problème. La société pharmaceutique américaine Moderna, qui a mis au point un vaccin Covid-19 homologué, a déclaré que, bien que la pandémie se poursuive, elle ne fera pas appliquer ses brevets liés au coronavirus à ceux qui fabriquent des vaccins destinés à le combattre. Et AstraZeneca déclare que « pendant la durée de la pandémie de coronavirus », elle maintiendra son activité « en rentrant seulement dans ses frais de production et de distribution ».

Mais malgré tout, il faudra bientôt se préoccuper de ces arrangements à court terme. Le régime de brevets gratuits promu par le Royaume-Uni et par d’autres pays riches risque bien de s’avérer insuffisant. Au moins, les décideurs devraient envisager des brevets non exclusifs et le transfert de technologie, comme l’a proposé John-Arne Røttingen, qui préside l’essai clinique Solidarity de l’OMS sur les traitements contre la Covid-19.

Le défi de la fabrication

Mais il reste encore deux obstacles immédiats. Premièrement, il existe des défis de fabrication liés à l’augmentation de la vitesse de production. Chaque vaccin est différent et repose sur des processus biologiques et chimiques à l’efficacité variable, qui sont parfois difficiles à produire à grande l’échelle. Et la production de vaccins exige une surveillance et un contrôle qualité intensifs. Mais ces problèmes vont trouver leur solution au fur et à mesure de l’amélioration de la chaîne de fabrication et à mesure que d’autres vaccins, dont un nouveau vaccin homologué de Johnson & Johnson, entreront en exploitation.

L’autre gros problème est le nationalisme vaccinal. Les pays riches ont stocké plus de doses de vaccin de Covid-19 qu’ils n’en faut, et d’autres gouvernements sont également en concurrence pour prouver qu’ils fournissent des doses suffisantes à leurs propres citoyens.

Deux instituts de recherche brésiliens avaient prévu de produire des millions de doses de vaccins AstraZeneca-Oxford et de vaccins Sinovac chinois, mais ont vu leurs efforts ralentis par des retards inexpliqués dans les expéditions de composants indispensables en provenance de Chine. Et le Serum Institute of India, le plus grand fabricant de vaccins au monde, avait pour objectif de mettre plus de 300 millions de doses à disposition de 145 pays par le biais de Covax au premier semestre de 2021, avant que le gouvernement indien ne lui ordonne récemment de répondre aux besoins nationaux en priorité.

Pourtant certains signes encourageants de solidarité vaccinale se font jour. Quarante-sept pays, ainsi que l’Union africaine, qui compte 55 Etats membres, ont conclu ou se sont vu offrir des contrats de vaccins Covid-19 avec la Chine, l’Inde ou la Russie. L’Inde a expédié près de 6,8 millions de doses gratuites dans le monde, la Chine en a promis environ 3,9 millions et Israël en offre 100.000.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est engagé à faire don de la plupart des doses surnuméraires de son pays aux pays les plus pauvres. D’autres dirigeants du G7 (dont le président français Emmanuel Macron ) prennent des engagements similaires, bien que le gouvernement américain ait refusé pour l’instant d’en faire de même.

Les gouvernements des pays riches doivent tenir leurs promesses de solidarité. Ils doivent immédiatement faire don de doses de vaccin pour protéger les professionnels de santé en première ligne dans les pays vulnérables. Ils doivent contribuer davantage aux initiatives ACT et Covax pour assurer un déploiement véritablement mondial. Et ils doivent collaborer avec les sociétés pharmaceutiques de leur propre pays pour proposer des accords de brevets plus transparents et non exclusifs. Il faudra atteindre ce niveau de solidarité pour restaurer la croissance mondiale.

© Project Syndicate 1995–2021

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