OMS encore indispensable surtout en temps de crise (V)

Le 1 février 2021 à 11h04

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

En dépit de ses divers défauts, et dans le cadre du multilatéralisme en déclin, l’existence de l’OMS continue de permettre en théorie à chacun des 191 pays membres de faire entendre sa voix à l’Assemblée mondiale de la santé.

Elle assure en particulier à plusieurs pays en développement surtout de bénéficier de sa large expérience scientifique et des régions, lui permettant de lancer les alertes nécessaires d’urgence sanitaire. Cependant, à défaut de ressources autonomes de financement, les politiques à mener contre les graves maladies et pandémies importantes dépendront encore plus qu’avant des délibérations de fondations et de contributeurs privés et de leur bon vouloir.

D’aucuns tendent à penser que cette mutation de l’OMS dans les faits pourrait être un facteur de nature à aggraver encore les inégalités dans le monde, et que seuls d’importants « états généraux de la santé » pourraient peut-être aider au moins à atténuer dans le futur.

Bien avant la création de l’OMS, la santé des êtres humains avait été considérée comme une condition clé d’un développement économique et social en général. Durant les dernières décennies du 19e siècle, le chancelier allemand Von Bismarck fut l’un des premiers dirigeants à l’avoir déjà compris. C’est en effet lui qui avait encouragé les patrons de son pays à instituer pour leurs ouvriers un « système mutualisé d’assurance-maladie », afin que leurs usines puissent continuer de tourner.

Depuis, il est devenu certes fort utile et même indispensable d’évaluer le coût de la maladie et le manque à gagner qui en résulte. Mais, de là à croire que, dans un contexte de « main-d’œuvre devenue mondialisée », on va pouvoir impliquer par exemple positivement des investisseurs à la solution de la question de la santé des populations au travail, pourrait paraître pour le moins naïf.

L’importance commerciale et financière prise en particulier par les entreprises pharmaceutiques tendrait à inspirer l’intervention régulière d’une sorte de « pouvoir compensateur » de surveillance citoyenne exercé par des organisations non gouvernementales de consommateurs et celles de patients potentiels. De tels groupes industriels ne pourraient faire preuve d’un improbable altruisme tel que sollicité parfois par l’OMS, face à l’actuelle pandémie, à moins d’une pression réelle des opinions publiques et surtout des gouvernements des grandes puissances. Surtout au lendemain d’un contexte d’anxiété, de peur et de désespoir qui a caractérisé le confinement d’une grande partie de l’humanité.

Par-delà les divers clivages géopolitiques prévalant de par le monde, à défaut de décisions contraignantes des USA, de la Chine et de l’Europe, l’acceptation du principe du prix du partage du transfert de résultats des travaux de recherche en cours intéressant un vaccin approprié au virus actuel, relèverait au mieux de la simple conjecture.

La considération des questions de la santé humaine, privilégiant l’angle économique, a été introduite progressivement dans l’analyse des programmes sectoriels de l’OMS. Elle s’intéresse à la fois aux résultats médicaux et aux coûts, tout en évaluant les ressources nécessaires à l’obtention d’un résultat médical souhaitable, et constitue sans conteste une avancée plus que méthodologique.

Cependant, elle ne doit pas se réduire à un simple examen des bonnes pratiques sanitaires ou à la détermination des stratégies les plus efficaces pour les patients considérés, ramenant le tout à des coûts calculés, mais plutôt et autant que possible une combinaison pertinente et réaliste des deux. Tant il est fondamental de comprendre que la mesure de l’efficience d’une action sanitaire n’a de consistance que si elle prend en considération également des données médicales d’efficacité.

Nota bene

a). L’Assemblée mondiale de la santé réunit les représentants des 191 pays membres. C’est l’organe suprême de décision de l’OMS. Elle élit pour trois ans un Conseil exécutif de représentants (rééligibles) de 32 pays, et désigne, sur proposition de cette instance, le directeur général pour un mandat de cinq ans renouvelables une fois.

Outre le siège à Genève, la structure administrative de l’OMS comporte 6 bureaux régionaux, dont les directeurs sont élus également pour cinq ans, renouvelables une fois, par les représentants des Etats de leur région, et jouissant d’une relative autonomie par rapport au siège.

 L’OMS publie tous les ans un excellent « Rapport sur la santé dans le monde ».

b). La première « Liste de 200 médicaments essentiels » a été rendue officielle en 1977, par l’OMS, alors dirigée par le Danois Dr Halfdan Mahler, constituant un évènement notable. Il s’agit des médicaments validés pour leur efficacité, et qui sont pour la plupart des génériques.

c). Le même directeur général avait pu faire adopter, en 1978, par la Conférence, organisée par l’OMS et l’Unicef à Alma-Ata (Almaty), le principe du « droit d’accès égal pour tous aux soins de santé primaires ». Dans un premier temps, ce seront des « agents de santé communautaires » rapidement formés sur place qui assureront les soins. La variole sera déclarée en 1980, officiellement éradiquée, un succès sans précédent pour l’OMS, mais qui ne se renouvellera pas de sitôt. La même année, l’Assemblée mondiale de la santé proclamait le principe de « l’avènement de la santé pour tous en l’an 2000 ».

d). Le 18 mai 2002, lors de l’assemblée mondiale, une motion, présentée par le Pakistan, et qui fut adoptée, exigeait que le Secrétariat et les Comités d’experts comprennent une représentation équitable des pays du Sud et que la transparence sur le mode de sélection du personnel devienne la règle.

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