Comment redémarrer l’économie : l’analyse du consultant Abdou Diop

Médias24 consacre une série d’articles à la réflexion autour du redémarrage de l’économie, en prenant l’avis de plusieurs personnalités du monde économique et politique. Après l’économiste Larabi Jaidi, nous donnons la parole à un consultant, très proche de la réalité de l’entreprise : Abdou Diop, managing partner du cabinet Mazars.

Comment redémarrer l’économie : l’analyse du consultant Abdou Diop

Le 16 avril 2020 à 15:53

Modifié le 20 avril 2020 à 12:07

Le Managing partner du cabinet Mazars, très proche de la réalité de l’entreprise, nous parle des scénarios de sortie de crise. Le consultant prévoit un boom de la consommation dans certains secteurs de l’économie. Et propose une reconfiguration de la politique industrielle du pays pour capter les opportunités qui s’ouvrent dans le monde.

Plusieurs idées maîtresses ressortent de sa vision de l’après confinement. La première est que le redémarrage ne sera pas le même pour tout le monde. Certains secteurs vont être très lents au démarrage quand d’autres vont pouvoir rebondir rapidement. Abdou Diop prévoit même un boom pour quelques activités qui seront les grandes gagnantes de cette crise.

Consommation, hygiène, santé, digital : un boom est à prévoir

Quatre cas de figure sont dressés, selon les secteurs :

1. Des secteurs qui ne sont pas actuellement à l’arrêt qui vont donc pouvoir reprendre un rythme d’activité normal après le déconfinement. Abdou Diop cite l’exemple des banques, de la grande distribution, des industries alimentaires et des grosses industries comme OCP, la sidérurgie…

2. Les secteurs liés à la demande étrangère où le temps de latence sera plus long, car dépendant des politiques de déconfinement en Europe et du redémarrage de l’industrie mondiale.

Un secteur comme le tourisme en souffrira particulièrement, selon lui. Mais il ne faut pas accepter le fait accompli, soutient-il. Le tourisme peut selon Diop redémarrer rapidement en s’appuyant sur le tourisme interne. Pour cela, il faut concevoir une politique de promotion du tourisme local, lancer une vraie dynamique. C’est le meilleur moyen, propose-t-il, pour faire redémarrer le secteur.

3. Des secteurs qui connaîtront une reconfiguration de leur marché et qui auront du mal à  reprendre. C’est typiquement le cas de l’immobilier, qui va connaître selon Diop, une situation d’abondance de l’offre. Hormis peut être pour le produit « petites villas », qui a montré tout son intérêt en cette période de confinement. Seul espoir de relance dans l’immobilier : un ajustement par les prix.

4. Des secteurs qui vont connaître un véritable boom. C’est le cas du digital, pense Abdou Diop. Son idée est la suivante : dans cette crise, certaines entreprises ont eu du mal à se mettre en phase avec le télétravail, la gestion à distance, la e-vente... Elles vont vouloir désormais se rattraper en accélérant leur digitalisation. De manière générale, c’est tout le process de digitalisation de l’économie qui va s’accélérer, profitant aux acteurs du secteur.

Autres secteurs qui profiteront de la crise : la santé et l’hygiène. Des secteurs où la consommation va en toute logique flamber selon les prévisions de Diop.

Les enseignes de shopping et les secteurs du commerce et de la distribution vont également pouvoir se rattraper rapidement profitant du phénomène de « revenge shopping » observé en Chine après la levée du confinement de la population. La consommation de manière générale connaîtra un boom, prévoit ainsi Diop.

De la commande publique pour maintenir l’économie à flot

Pour soutenir l’économie et aider les entreprises dans la phase de relance, l’Etat aura un rôle central par la voie de la dépense budgétaire. Le sujet fait l’unanimité chez les économistes du monde entier. Abdou Diop n’en pense pas moins. Surtout qu’il faut prévoir selon lui 4 à 5 mois de latence après le confinement. Un moment de flottement où le seul coussin de sécurité pour les entreprises sera la commande publique, explique-t-il.

En période de crise, il faut avancer, estime Abdou Diop. Mais se pose alors la question des ressources. Qui paiera cet effort budgétaire, car c’est finalement le contribuable qui sera appelé à mettre la main à la poche. Faut-il trouver de nouveaux mécanismes fiscaux pour financer la relance et résorber les déficits qui naîtront de la crise actuelle ?

Cette question ne doit pas être à l’ordre du jour, répond Diop, pour qui la priorité n’est pas la recherche de nouvelles recettes fiscales, mais de penser à comment les maintenir à leur niveau d’avant.

Cette crise se répercutera en effet sur les finances publiques : IR, IS, TVA… les principaux pourvoyeurs de recettes de l’Etat vont connaître une forte chute. Pour Diop, la seule solution pour rattraper ce gap après la crise, c’est de soutenir aujourd’hui l’économie et sauver les emplois.

On pourra ensuite penser à de nouveaux mécanismes pour relever le niveau de recettes. Diop pense particulièrement à l’informel et estime que le mécanisme de soutien aux travailleurs non déclarés à la CNSS devra aider les pouvoirs publics à identifier les acteurs de cette économie et préparer leur intégration dans 2 à 3 ans.

Profiter de la recomposition des chaînes mondiales de valeur

La relance ne doit pas se jouer selon notre intervenant que sur l’existant. Le Maroc devra pouvoir profiter des opportunités qui s’ouvriront après la crise. Diop appelle même à une reconfiguration de la politique économique du pays, qui devrait désormais prendre en compte la nouvelle donne mondiale.

Les acteurs industriels ont compris que tout miser sur la Chine était une erreur. Et que le coût de production n’est finalement pas l’essentiel. Le Maroc doit en profiter selon Diop, en identifiant les chaînes de valeur qui seront touchées et se positionner dessus.

Le coût n’est plus aujourd’hui un enjeu. C’est la sécurité qui comptera dans l’avenir. Et le Maroc, même s’il est cher par rapport à la Chine, peut apporter cette sécurité.

Cette crise a montré aussi que le Maroc peut être un grand acteur dans l’approvisionnement du continent, notamment dans le secteur médical et pharmaceutique. Beaucoup de pays africains cherchent aujourd’hui à se procureur les médicaments, les équipements et les masques made in Morocco, même s’ils sont chers par rapport à ce qui se produit en Chine, confie Abdou Diop.

Cette logique de substitution à l’Asie ouvre selon lui de grandes opportunités pour le Maroc.

>>Lire aussi :

Comment redémarrer l’économie : voici ce que propose le député Omar Balafrej

Comment redémarrer l’économie: l’avis de l’économiste Larabi Jaidi

Comment redémarrer l’économie : l’analyse du consultant Abdou Diop

Le 16 avril 2020 à19:58

Modifié le 20 avril 2020 à 12:07

Médias24 consacre une série d’articles à la réflexion autour du redémarrage de l’économie, en prenant l’avis de plusieurs personnalités du monde économique et politique. Après l’économiste Larabi Jaidi, nous donnons la parole à un consultant, très proche de la réalité de l’entreprise : Abdou Diop, managing partner du cabinet Mazars.

Le Managing partner du cabinet Mazars, très proche de la réalité de l’entreprise, nous parle des scénarios de sortie de crise. Le consultant prévoit un boom de la consommation dans certains secteurs de l’économie. Et propose une reconfiguration de la politique industrielle du pays pour capter les opportunités qui s’ouvrent dans le monde.

Plusieurs idées maîtresses ressortent de sa vision de l’après confinement. La première est que le redémarrage ne sera pas le même pour tout le monde. Certains secteurs vont être très lents au démarrage quand d’autres vont pouvoir rebondir rapidement. Abdou Diop prévoit même un boom pour quelques activités qui seront les grandes gagnantes de cette crise.

Consommation, hygiène, santé, digital : un boom est à prévoir

Quatre cas de figure sont dressés, selon les secteurs :

1. Des secteurs qui ne sont pas actuellement à l’arrêt qui vont donc pouvoir reprendre un rythme d’activité normal après le déconfinement. Abdou Diop cite l’exemple des banques, de la grande distribution, des industries alimentaires et des grosses industries comme OCP, la sidérurgie…

2. Les secteurs liés à la demande étrangère où le temps de latence sera plus long, car dépendant des politiques de déconfinement en Europe et du redémarrage de l’industrie mondiale.

Un secteur comme le tourisme en souffrira particulièrement, selon lui. Mais il ne faut pas accepter le fait accompli, soutient-il. Le tourisme peut selon Diop redémarrer rapidement en s’appuyant sur le tourisme interne. Pour cela, il faut concevoir une politique de promotion du tourisme local, lancer une vraie dynamique. C’est le meilleur moyen, propose-t-il, pour faire redémarrer le secteur.

3. Des secteurs qui connaîtront une reconfiguration de leur marché et qui auront du mal à  reprendre. C’est typiquement le cas de l’immobilier, qui va connaître selon Diop, une situation d’abondance de l’offre. Hormis peut être pour le produit « petites villas », qui a montré tout son intérêt en cette période de confinement. Seul espoir de relance dans l’immobilier : un ajustement par les prix.

4. Des secteurs qui vont connaître un véritable boom. C’est le cas du digital, pense Abdou Diop. Son idée est la suivante : dans cette crise, certaines entreprises ont eu du mal à se mettre en phase avec le télétravail, la gestion à distance, la e-vente... Elles vont vouloir désormais se rattraper en accélérant leur digitalisation. De manière générale, c’est tout le process de digitalisation de l’économie qui va s’accélérer, profitant aux acteurs du secteur.

Autres secteurs qui profiteront de la crise : la santé et l’hygiène. Des secteurs où la consommation va en toute logique flamber selon les prévisions de Diop.

Les enseignes de shopping et les secteurs du commerce et de la distribution vont également pouvoir se rattraper rapidement profitant du phénomène de « revenge shopping » observé en Chine après la levée du confinement de la population. La consommation de manière générale connaîtra un boom, prévoit ainsi Diop.

De la commande publique pour maintenir l’économie à flot

Pour soutenir l’économie et aider les entreprises dans la phase de relance, l’Etat aura un rôle central par la voie de la dépense budgétaire. Le sujet fait l’unanimité chez les économistes du monde entier. Abdou Diop n’en pense pas moins. Surtout qu’il faut prévoir selon lui 4 à 5 mois de latence après le confinement. Un moment de flottement où le seul coussin de sécurité pour les entreprises sera la commande publique, explique-t-il.

En période de crise, il faut avancer, estime Abdou Diop. Mais se pose alors la question des ressources. Qui paiera cet effort budgétaire, car c’est finalement le contribuable qui sera appelé à mettre la main à la poche. Faut-il trouver de nouveaux mécanismes fiscaux pour financer la relance et résorber les déficits qui naîtront de la crise actuelle ?

Cette question ne doit pas être à l’ordre du jour, répond Diop, pour qui la priorité n’est pas la recherche de nouvelles recettes fiscales, mais de penser à comment les maintenir à leur niveau d’avant.

Cette crise se répercutera en effet sur les finances publiques : IR, IS, TVA… les principaux pourvoyeurs de recettes de l’Etat vont connaître une forte chute. Pour Diop, la seule solution pour rattraper ce gap après la crise, c’est de soutenir aujourd’hui l’économie et sauver les emplois.

On pourra ensuite penser à de nouveaux mécanismes pour relever le niveau de recettes. Diop pense particulièrement à l’informel et estime que le mécanisme de soutien aux travailleurs non déclarés à la CNSS devra aider les pouvoirs publics à identifier les acteurs de cette économie et préparer leur intégration dans 2 à 3 ans.

Profiter de la recomposition des chaînes mondiales de valeur

La relance ne doit pas se jouer selon notre intervenant que sur l’existant. Le Maroc devra pouvoir profiter des opportunités qui s’ouvriront après la crise. Diop appelle même à une reconfiguration de la politique économique du pays, qui devrait désormais prendre en compte la nouvelle donne mondiale.

Les acteurs industriels ont compris que tout miser sur la Chine était une erreur. Et que le coût de production n’est finalement pas l’essentiel. Le Maroc doit en profiter selon Diop, en identifiant les chaînes de valeur qui seront touchées et se positionner dessus.

Le coût n’est plus aujourd’hui un enjeu. C’est la sécurité qui comptera dans l’avenir. Et le Maroc, même s’il est cher par rapport à la Chine, peut apporter cette sécurité.

Cette crise a montré aussi que le Maroc peut être un grand acteur dans l’approvisionnement du continent, notamment dans le secteur médical et pharmaceutique. Beaucoup de pays africains cherchent aujourd’hui à se procureur les médicaments, les équipements et les masques made in Morocco, même s’ils sont chers par rapport à ce qui se produit en Chine, confie Abdou Diop.

Cette logique de substitution à l’Asie ouvre selon lui de grandes opportunités pour le Maroc.

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