Comment redémarrer l’économie : la recette de l’économiste Najib Akesbi

Médias24 consacre une série d’articles à la réflexion autour du redémarrage de l’économie, en prenant l’avis de plusieurs personnalités du monde économique et politique. Voici ce que propose l’économiste de gauche, Najib Akesbi.

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Comment redémarrer l’économie : la recette de l’économiste Najib Akesbi

Le 24 avril 2020 à 11:51

Modifié le 24 avril 2020 à 14:37

La crise du Coronavirus, c’est un peu un moment de gloire pour les économistes de gauche. Najib Akesbi en fait partie. Ses idées, considérées hier comme utopistes, naïves, font depuis quelques semaines l’unanimité face à l’effondrement de la doctrine néolibérale et de l’hyperpuissance du marché.

Nous l’avons contacté pour avoir sa vision sur le Maroc post-Covid 19 et voir comment il imagine la sortie de crise.

"Un séisme", dit-il, qui "bouleverse toutes les idées reçues des dernières décennies et nous impose de revoir notre manière de penser et de travailler".

Les réponses doivent être audacieuses, selon lui, et être déclinées en deux temps : l’urgence et l’avenir.

"On est pris dans des contraintes étroites : l’arrêt de la machine économique et une situation sociale explosive. On doit répondre à cela dans l’urgence. Mais bâtir en même temps un nouveau schéma de développement pour l’avenir. Nous n’avons plus droit à l’erreur", explique M. Akesbi.

Voici une synthèse des enseignements qu’il tire de cette crise et des recettes qu’il propose pour y faire face et entamer la relance sur de nouvelles bases.

Réhabiliter les services publics ou la fin du délire néolibéral

"Tous les regards se tournent aujourd’hui vers l’Etat. Nous assistons à la fin du délire néolibéral qui essayait de nous convaincre que le marché était capable de résoudre tous les problèmes, y compris ceux de l’éducation et la santé.

"Il faut désormais réhabiliter les services publics. On ne va pas réinventer la roue. Tout le monde a laissé tomber l’orthodoxie budgétaire et monétaire, cette idéologie qui nous a plombés ces dernières décennies.

"La réhabilitation des services publics passera par le déficit budgétaire. Mais ce déficit, il faut le programmer et non le subir. Il ne s’agit pas simplement d’augmenter les dépenses, mais de repenser la réaffectation des ressources. Dans quelle direction ? Là où se trouvent les besoins du plus grand nombre : la santé, l’éducation, le monde rural et la protection sociale.

"Cette crise a mis à nu le grand drame de notre pays : la majorité des citoyens ne sont pas couverts, n’ont aucun filet social. La protection sociale a un coût mais n’a pas de prix. Il faut donc instaurer un revenu universel. On a accepté aujourd’hui l’idée dans la douleur. Il faut pérenniser le dispositif, en le modifiant bien sûr, pour cibler ceux qui en ont le plus besoin.

"On n’est pas ici dans la bienfaisance, l’aumône. Un Etat de droit, qui lève l’impôt, a le devoir de garantir un revenu de dignité pour les plus pauvres."

Limiter les importations et réorienter l’investissement industriel

"Nous sommes face à un risque d’assèchement de nos réserves de devises. Nous avons certes aujourd’hui les moyens pour importer l’essentiel de nos besoins, mais il faut repenser notre façon de voir le commerce extérieur.

"Nous devons limiter les importations. Passer nos importations actuelles au scanner et élaguer ce qui n’est pas nécessaire pour les besoins vitaux de l’économie et de la population. Il y a 30 à 40% de nos importations actuelles qui peuvent être arrêtées.

"Ceci permettra sur le court terme de préserver nos réserves en devises. Mais il faut penser dès à présent à une politique de substitution, en identifiant les branches pour lesquelles nous avons les facteurs de production nécessaires.

"On a découvert avec cette crise que nous pouvons produire des masques et des respirateurs artificiels. Il y a sans doute de nombreuses possibilités de fabriquer ce que nous importons.

"Une fois les branches identifiées, il faut instaurer une protection ciblée et contractualisée avec les industriels. Protéger les industriels pour un temps, mais avec des objectifs en termes de création d’emplois et de valeur ajoutée.

"Il faut mettre fin à cet Etat qui donne tout, mais qui ne reçoit rien. Et ce privé qui prend tout et ne donne rien. On doit rentrer dans une logique d’économie contractuelle.

"L’idée n’est pas de diriger l’économie, mais de réorienter le flux d’investissement vers les branches qui pourront nous assurer une souveraineté et détendre nos réserves en devises".

Convertir la dette publique en investissement

"L’endettement public sera incontournable en cette période. On ne découvre pas nos problèmes avec la crise. Notre système fiscal est inefficace et est incapable de couvrir les dépenses actuelles. Il faut pour cela imaginer une politique de conversion de la dette en investissement.

"On peut trouver ça rêveur, mais ça été déjà fait. Le mécanisme a été déjà utilisé par le Maroc entre 1995 et 2004 pour la dette extérieure. Mais là, contrairement au passé, 80% de notre dette est intérieure. Si on a réussi à négocier ce mécanisme avec des étrangers, comment ne pas imaginer le faire avec des créanciers marocains ?

"Avec un montant de 97 milliards de dirhams, le service de la dette pompe aujourd’hui le quart des dépenses de l’Etat. 80% de cette enveloppe va au remboursement des créanciers nationaux qui sont les banques et les institutionnels. Si on prend la moitié de ce qui va aux Marocains, soit 40 milliards de dirhams, et on le convertit en investissement, cela peut créer un extraordinaire levier.

"Il n’est pas question de léser les banques et les institutionnels, mais de créer avec cet argent un fonds qui sera co-géré par l’Etat et ses créanciers et qui servira à financer des investissements publics.

"Le budget d’investissement de l’Etat peut passer facilement de 70 milliards de DH à plus de 100 milliards de dirhams. C’est donc une dépense en moins et un investissement en plus.

"Le financement de l’effort budgétaire doit passer aussi par une réforme fiscale. Elle est incontournable. Le diagnostic tout le monde le connait, mais on n’avance pas. Avec la crise, la réforme peut avancer.

"Il est temps de mettre en place un impôt progressif sur la fortune et les successions. Et de revoir le barème de l’impôt sur le revenu, qui n’a d’impôt général que le nom.

"Des réformes comme celles-là ne peuvent se faire que dans le feu de la crise. C’est au sortir de la Seconde Guerre mondiale que les grandes réformes fiscales et sociales ont été mises en œuvre en Europe.

Revoir le principe de l’indépendance de la banque centrale

"Bank Al Maghrib doit prêter directement à l’Etat et aux entreprises en ces temps de crise, comme ce qui se fait actuellement en Grande Bretagne. Il faut faire sauter le verrou de l’idéologie ultralibérale de l’indépendance de la banque centrale.

"La banque centrale est une institution qui doit être à la disposition d’un gouvernement élu. Si un gouvernement est élu sur la base d’une politique keynésienne, au nom de quelle logique la banque centrale doit rester indépendante et dicter sa propre politique monétaire ? Bank Al Maghrib doit être un outil au service du gouvernement.

"Continuer dans une inflation à 1% est une catastrophe. Il faut cibler au moins un taux de 6 à 7% pour booster la croissance et créer l’effet d’euthanasie du rentier pour régler une partie de la dette publique.

"Cela va impacter certes l’épargne, mais rien n’interdit aux caisses de retraite d'indexer les pensions sur l’inflation. Quant aux détenteurs de grands dépôts, ils perdront un peu d’argent, mais c’est toute la société qui en profitera. L’inflation aura ainsi un effet redistributif".

Recouvrer notre souveraineté agricole et énergétique

"La souveraineté économique passe par une politique protectionniste intelligente qui permettra de freiner les importations et éviter le risque d’assèchement de devises. Mais ça passe aussi par la couverture de nos besoins alimentaires et énergétiques.

"On est toujours dépendants de l’étranger sur le plan alimentaire. Notre dépendance est même plus aigüe qu’il y a 40 ou 50 ans. Cette année, on va importer 50% de nos besoins en céréales, 95% de nos besoins en huile et 50% de nos besoins en sucre. Et on permet toujours à la Cosumar d’exporter. C’est le délire de la mondialisation.

"Toute politique agricole doit avoir comme première fonction de répondre aux besoins alimentaires de la population. Mais on a donné la priorité aux cultures d’exportation. On a initié également une politique de substitution des céréales par l’arboriculture fruitière, sous prétexte que les céréales ne sont pas rentables et ne permettent pas d’améliorer le niveau de vie des populations rurales.

"La crise actuelle montre que cette logique n’est pas la bonne. Ce qui compte le plus aujourd’hui, c’est la sécurité. Certes, on ne peut pas couvrir 100% des besoins en céréales, mais on peut monter à 70%. Il faut faire tendre l’offre vers la demande. Produire en priorité ce qu’on consomme. C’est une question de souveraineté. La souveraineté, ce n’est autre que le droit d’établir des politiques qui répondent d’abord aux besoins de notre population.

"Autre domaine où le Maroc doit recouvrer sa souveraineté : le pétrole. On n’est pas producteur de pétrole. Mais on avait un instrument de raffinage qui est la Samir. Cette raffinerie a été conçue à la base comme un amortisseur entre les marchés internationaux et le marché local et garantir une certaine sécurité énergétique.

"On a commencé par la privatiser n’importe comment avant de la fermer complètement. L’arrêt de la raffinerie a été fait au même moment où on libéralisait le secteur de la distribution. Et je ne pense pas que ce soit une coïncidence. C’est un vrai scandale.

"Résultat : aujourd’hui le pétrole est à 20 dollars, et on n’est pas capable de profiter pleinement de l’aubaine. Si la Samir était opérationnelle, le prix du gasoil à la pompe serait aujourd’hui de 5 DH selon des anciens ingénieurs de la Samir. Or, il est actuellement à 7 DH.

"Il est donc évident qu’il faut nationaliser la Samir. C’est une mesure de bon sens, d’autant que le premier créancier de la compagnie est l’Etat. La nationalisation peut se faire par un jeu d’écriture. Ca nous permettra de remettre l’outil industriel en marche, de créer des emplois, de redynamiser la ville de Mohammedia et de retrouver une maîtrise du marché. "

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Le 24 avril 2020 à11:49

Modifié le 24 avril 2020 à 14:37

Médias24 consacre une série d’articles à la réflexion autour du redémarrage de l’économie, en prenant l’avis de plusieurs personnalités du monde économique et politique. Voici ce que propose l’économiste de gauche, Najib Akesbi.

La crise du Coronavirus, c’est un peu un moment de gloire pour les économistes de gauche. Najib Akesbi en fait partie. Ses idées, considérées hier comme utopistes, naïves, font depuis quelques semaines l’unanimité face à l’effondrement de la doctrine néolibérale et de l’hyperpuissance du marché.

Nous l’avons contacté pour avoir sa vision sur le Maroc post-Covid 19 et voir comment il imagine la sortie de crise.

"Un séisme", dit-il, qui "bouleverse toutes les idées reçues des dernières décennies et nous impose de revoir notre manière de penser et de travailler".

Les réponses doivent être audacieuses, selon lui, et être déclinées en deux temps : l’urgence et l’avenir.

"On est pris dans des contraintes étroites : l’arrêt de la machine économique et une situation sociale explosive. On doit répondre à cela dans l’urgence. Mais bâtir en même temps un nouveau schéma de développement pour l’avenir. Nous n’avons plus droit à l’erreur", explique M. Akesbi.

Voici une synthèse des enseignements qu’il tire de cette crise et des recettes qu’il propose pour y faire face et entamer la relance sur de nouvelles bases.

Réhabiliter les services publics ou la fin du délire néolibéral

"Tous les regards se tournent aujourd’hui vers l’Etat. Nous assistons à la fin du délire néolibéral qui essayait de nous convaincre que le marché était capable de résoudre tous les problèmes, y compris ceux de l’éducation et la santé.

"Il faut désormais réhabiliter les services publics. On ne va pas réinventer la roue. Tout le monde a laissé tomber l’orthodoxie budgétaire et monétaire, cette idéologie qui nous a plombés ces dernières décennies.

"La réhabilitation des services publics passera par le déficit budgétaire. Mais ce déficit, il faut le programmer et non le subir. Il ne s’agit pas simplement d’augmenter les dépenses, mais de repenser la réaffectation des ressources. Dans quelle direction ? Là où se trouvent les besoins du plus grand nombre : la santé, l’éducation, le monde rural et la protection sociale.

"Cette crise a mis à nu le grand drame de notre pays : la majorité des citoyens ne sont pas couverts, n’ont aucun filet social. La protection sociale a un coût mais n’a pas de prix. Il faut donc instaurer un revenu universel. On a accepté aujourd’hui l’idée dans la douleur. Il faut pérenniser le dispositif, en le modifiant bien sûr, pour cibler ceux qui en ont le plus besoin.

"On n’est pas ici dans la bienfaisance, l’aumône. Un Etat de droit, qui lève l’impôt, a le devoir de garantir un revenu de dignité pour les plus pauvres."

Limiter les importations et réorienter l’investissement industriel

"Nous sommes face à un risque d’assèchement de nos réserves de devises. Nous avons certes aujourd’hui les moyens pour importer l’essentiel de nos besoins, mais il faut repenser notre façon de voir le commerce extérieur.

"Nous devons limiter les importations. Passer nos importations actuelles au scanner et élaguer ce qui n’est pas nécessaire pour les besoins vitaux de l’économie et de la population. Il y a 30 à 40% de nos importations actuelles qui peuvent être arrêtées.

"Ceci permettra sur le court terme de préserver nos réserves en devises. Mais il faut penser dès à présent à une politique de substitution, en identifiant les branches pour lesquelles nous avons les facteurs de production nécessaires.

"On a découvert avec cette crise que nous pouvons produire des masques et des respirateurs artificiels. Il y a sans doute de nombreuses possibilités de fabriquer ce que nous importons.

"Une fois les branches identifiées, il faut instaurer une protection ciblée et contractualisée avec les industriels. Protéger les industriels pour un temps, mais avec des objectifs en termes de création d’emplois et de valeur ajoutée.

"Il faut mettre fin à cet Etat qui donne tout, mais qui ne reçoit rien. Et ce privé qui prend tout et ne donne rien. On doit rentrer dans une logique d’économie contractuelle.

"L’idée n’est pas de diriger l’économie, mais de réorienter le flux d’investissement vers les branches qui pourront nous assurer une souveraineté et détendre nos réserves en devises".

Convertir la dette publique en investissement

"L’endettement public sera incontournable en cette période. On ne découvre pas nos problèmes avec la crise. Notre système fiscal est inefficace et est incapable de couvrir les dépenses actuelles. Il faut pour cela imaginer une politique de conversion de la dette en investissement.

"On peut trouver ça rêveur, mais ça été déjà fait. Le mécanisme a été déjà utilisé par le Maroc entre 1995 et 2004 pour la dette extérieure. Mais là, contrairement au passé, 80% de notre dette est intérieure. Si on a réussi à négocier ce mécanisme avec des étrangers, comment ne pas imaginer le faire avec des créanciers marocains ?

"Avec un montant de 97 milliards de dirhams, le service de la dette pompe aujourd’hui le quart des dépenses de l’Etat. 80% de cette enveloppe va au remboursement des créanciers nationaux qui sont les banques et les institutionnels. Si on prend la moitié de ce qui va aux Marocains, soit 40 milliards de dirhams, et on le convertit en investissement, cela peut créer un extraordinaire levier.

"Il n’est pas question de léser les banques et les institutionnels, mais de créer avec cet argent un fonds qui sera co-géré par l’Etat et ses créanciers et qui servira à financer des investissements publics.

"Le budget d’investissement de l’Etat peut passer facilement de 70 milliards de DH à plus de 100 milliards de dirhams. C’est donc une dépense en moins et un investissement en plus.

"Le financement de l’effort budgétaire doit passer aussi par une réforme fiscale. Elle est incontournable. Le diagnostic tout le monde le connait, mais on n’avance pas. Avec la crise, la réforme peut avancer.

"Il est temps de mettre en place un impôt progressif sur la fortune et les successions. Et de revoir le barème de l’impôt sur le revenu, qui n’a d’impôt général que le nom.

"Des réformes comme celles-là ne peuvent se faire que dans le feu de la crise. C’est au sortir de la Seconde Guerre mondiale que les grandes réformes fiscales et sociales ont été mises en œuvre en Europe.

Revoir le principe de l’indépendance de la banque centrale

"Bank Al Maghrib doit prêter directement à l’Etat et aux entreprises en ces temps de crise, comme ce qui se fait actuellement en Grande Bretagne. Il faut faire sauter le verrou de l’idéologie ultralibérale de l’indépendance de la banque centrale.

"La banque centrale est une institution qui doit être à la disposition d’un gouvernement élu. Si un gouvernement est élu sur la base d’une politique keynésienne, au nom de quelle logique la banque centrale doit rester indépendante et dicter sa propre politique monétaire ? Bank Al Maghrib doit être un outil au service du gouvernement.

"Continuer dans une inflation à 1% est une catastrophe. Il faut cibler au moins un taux de 6 à 7% pour booster la croissance et créer l’effet d’euthanasie du rentier pour régler une partie de la dette publique.

"Cela va impacter certes l’épargne, mais rien n’interdit aux caisses de retraite d'indexer les pensions sur l’inflation. Quant aux détenteurs de grands dépôts, ils perdront un peu d’argent, mais c’est toute la société qui en profitera. L’inflation aura ainsi un effet redistributif".

Recouvrer notre souveraineté agricole et énergétique

"La souveraineté économique passe par une politique protectionniste intelligente qui permettra de freiner les importations et éviter le risque d’assèchement de devises. Mais ça passe aussi par la couverture de nos besoins alimentaires et énergétiques.

"On est toujours dépendants de l’étranger sur le plan alimentaire. Notre dépendance est même plus aigüe qu’il y a 40 ou 50 ans. Cette année, on va importer 50% de nos besoins en céréales, 95% de nos besoins en huile et 50% de nos besoins en sucre. Et on permet toujours à la Cosumar d’exporter. C’est le délire de la mondialisation.

"Toute politique agricole doit avoir comme première fonction de répondre aux besoins alimentaires de la population. Mais on a donné la priorité aux cultures d’exportation. On a initié également une politique de substitution des céréales par l’arboriculture fruitière, sous prétexte que les céréales ne sont pas rentables et ne permettent pas d’améliorer le niveau de vie des populations rurales.

"La crise actuelle montre que cette logique n’est pas la bonne. Ce qui compte le plus aujourd’hui, c’est la sécurité. Certes, on ne peut pas couvrir 100% des besoins en céréales, mais on peut monter à 70%. Il faut faire tendre l’offre vers la demande. Produire en priorité ce qu’on consomme. C’est une question de souveraineté. La souveraineté, ce n’est autre que le droit d’établir des politiques qui répondent d’abord aux besoins de notre population.

"Autre domaine où le Maroc doit recouvrer sa souveraineté : le pétrole. On n’est pas producteur de pétrole. Mais on avait un instrument de raffinage qui est la Samir. Cette raffinerie a été conçue à la base comme un amortisseur entre les marchés internationaux et le marché local et garantir une certaine sécurité énergétique.

"On a commencé par la privatiser n’importe comment avant de la fermer complètement. L’arrêt de la raffinerie a été fait au même moment où on libéralisait le secteur de la distribution. Et je ne pense pas que ce soit une coïncidence. C’est un vrai scandale.

"Résultat : aujourd’hui le pétrole est à 20 dollars, et on n’est pas capable de profiter pleinement de l’aubaine. Si la Samir était opérationnelle, le prix du gasoil à la pompe serait aujourd’hui de 5 DH selon des anciens ingénieurs de la Samir. Or, il est actuellement à 7 DH.

"Il est donc évident qu’il faut nationaliser la Samir. C’est une mesure de bon sens, d’autant que le premier créancier de la compagnie est l’Etat. La nationalisation peut se faire par un jeu d’écriture. Ca nous permettra de remettre l’outil industriel en marche, de créer des emplois, de redynamiser la ville de Mohammedia et de retrouver une maîtrise du marché. "

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