Covid-19: 60000 Marocains résident en Lombardie, région la plus touchée d'Italie

68% de la communauté marocaine en Italie réside dans le nord de ce pays, celui précisément qui vient de subir des mesures drastiques de confinement de la part des autorités de la péninsule. Comment nos compatriotes vivent-ils cette situation ? Combien sont-ils ?

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Covid-19: 60000 Marocains résident en Lombardie, région la plus touchée d'Italie (Photo AFP)

Le 09 mars 2020 à 18:00

Modifié le 09 mars 2020 à 21:08

Médias24 a donné la parole à des Marocains résidant en Italie. Nos interlocuteurs nous confirment que la peur du coronavirus règne et les rues se font désertes.

Othmane, qui habite depuis près de 10 ans à Spezia - à plus de 200 km des zones rouges - refuse de ramener ses enfants et sa femme auprès de lui en Italie. Ceux-ci étaient rentrés au Maroc début janvier 2020, avant l'apparition du virus en Italie.  

Au total, 24 cas ont été confirmés dans cette ville portuaire. Notre interlocuteur nous raconte que "l’armée a bouclé les zones contaminées. La circulation y est très limitée. Les consignes énoncées dimanche dans le décret du président du conseil, Giuseppe Conte, se veulent claires: éviter tout mouvement de personnes à l’entrée et à la sortie des territoires visés ainsi qu’à l’intérieur de ces mêmes territoires, à l’exception des mouvements motivés par des besoins professionnels avérés ou des situations de nécessité ou des mouvements pour des raisons de santé."

"Ainsi, pour accéder aux villes placées en quarantaine, les citoyens doivent présenter un certificat de résidence. Pour partir au travail, il faut être muni d'un contrat de travail", selon Othmane.

Désormais, "il est strictement interdit de se serrer la main ainsi que toute autre forme de contact", ajoute-t-il.

"A titre d'exemple, ce matin je me suis rendu dans une administration pour des papiers. Plusieurs mesures de précaution ont été mises en place pour éviter la propagation du virus. Nous sommes à présent obligés de respecter une distance de deux mètres avec les autres personnes. Pour demander un papier, une dame nous oriente de loin. Elle m’a demandé d’entrer dans une cabine avec un téléphone fixe, désinfectée après chaque utilisation. J'ai composé le numéro du service concerné, j'ai demandé les papiers dont j’ai besoin, qui me seront envoyés par e-mail pour éviter tout contact avec les fonctionnaires."

Toutefois, "dans les zones rouges, tout est fermé, contrairement aux autres villes, où restaurants, cafés et bars ferment leurs portes, au plus tard à 18h". "Même dans ces endroits, le contact est interdit. Par exemple, pour commander un café, il faut respecter une distance de 2 mètres avec le serveur, qui vient servir les clients à table. Pour payer il faut laisser l’argent sur la table, qu'une personne vient récupérer une fois que le client quitte l’endroit".

"Concernant l’alimentation, il n’y a pas de problème d’approvisionnement. Au début, les gens avaient très peur. Ils se ruaient vers les supermarchés, remplissaient leurs caddies, laissant les étagères quasiment vides. A présent, la situation est revenue à la normale, et le réapprovisionnement se fait rapidement. A la caisse, nous respectons aussi une certaine distance avec les autres clients". 

"Dans les zones rouges, les supermarchés ferment leurs portes à 18h, et n'ouvrent pas durant les week-ends".

Par ailleurs, "dans les grandes entreprises, les effectifs ont été réduits de moitié. Des mesures de précaution sont également mises en place: port de masque, gants et utilisation fréquente du gel désinfectant".

Bouchaib habite quant à lui depuis plus de 30 ans en Italie. Il travaille dans le secteur de la logistique, et habite dans la ville de Como, à près de 100 km des zones rouges. Sollicité par Médias 24, il nous raconte que "les conditions de vie dans les villes confinées sont catastrophiques. Il n’y a presque pas de circulation. Les villes sont désertes, et les écoles sont fermées depuis près de 3 semaines. Les manifestations sportives sont annulées, les lieux religieux fermés et les regroupements interdits".

"Pour faire les courses, seul le chef de famille se rend dans les grandes surfaces. Avant, on s'y rendait en famille, et on en profitait pour faire un tour dans les magasins ou des activités". 

"L'épidémie paralyse les régions les plus productives du pays, et l’économie est touchée par ce virus".

Combien de Marocains en Italie ?

Selon un dernier bilan réalisé par le ministère italien du Travail et des Politiques sociales en 2018, la communauté marocaine occupe la première place des communautés étrangères en Italie avec 443.147 titulaires de permis de séjour de longue durée et de titres de séjour à terme liés au regroupement familial.

Malgré nos nombreuses sollicitations, le ministère des Affaires étrangères n’a pas donné suite à nos appels concernant le nombre de Marocains résidant en Italie au mois de mars 2020, ni sur ceux testés positifs au virus dans le pays.

Le rapport annuel sur la communauté marocaine en Italie de 2018 montre toutefois que les régions du nord de l'Italie constituent une destination privilégiée pour les citoyens marocains, avec une population s’élevant à plus de 68% du total de la population marocaine dans ce pays.

La Lombardie, la région la plus touchée par le coronavirus, accueille environ un quart de la communauté totale marocaine. Elle enregistre le plus grand nombre de présences. Elle est suivie de trois autres régions, à savoir l’Emilie-Romagne, le Piémont et la Vénétie, toutes placées actuellement en quarantaine.

La présence marocaine est également considérable en Italie du Sud avec plus de 16% du total de la communauté marocaine.

15 millions de personnes en quarantaine

Mesure sans précédent en Europe. Un quart de la population, soit plus de 15 millions d’habitants, a été placée en quarantaine dimanche 8 mars dans le nord de l'Italie, mesure draconienne décidée par le gouvernement pour endiguer l'épidémie qui touche désormais plus de 100.000 personnes dans le monde entier, faisant plus de 3.790 morts.

L'Italie est désormais le pays le plus touché par ce virus après la Chine, avec 366 décès et 7.375 cas positifs.

Dans la région de Lombardie et dans quatorze provinces italiennes, toutes les manifestations culturelles, sportives ou religieuses sont interdites, et les discothèques, piscines, musées théâtres, cinémas, pubs, écoles de danse et autres lieux similaires devront également fermer leurs portes jusqu'au 3 avril, selon un décret signé dans la nuit de samedi à dimanche par le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte.

Les mesures de confinement couvrent une vaste zone dans le nord du pays allant de Milan, la capitale économique, à Venise, haut lieu du tourisme mondial. Dans le détail, la zone confinée comprend toute la Lombardie, huit provinces dans la région d’Emilie-Romagne, trois provinces en Vénétie, cinq dans le Piémont et deux provinces dans Les Marches. Les déplacements y sont strictement limités.

Le gouvernement italien a également décidé l'envoi de 20.000 personnes en renfort dans ses hôpitaux, ce qui permettra de porter de 5.000 à 7.500 le nombre de lits en soins intensifs.

Lire aussi:

Coronavirus. RAM: suspension des vols à destination de Milan et Venise

Coronavirus en Italie: l'ambassade du Maroc met en place une cellule de suivi

(Photo AFP)

Covid-19: 60000 Marocains résident en Lombardie, région la plus touchée d'Italie

Le 09 mars 2020 à18:30

Modifié le 09 mars 2020 à 21:08

68% de la communauté marocaine en Italie réside dans le nord de ce pays, celui précisément qui vient de subir des mesures drastiques de confinement de la part des autorités de la péninsule. Comment nos compatriotes vivent-ils cette situation ? Combien sont-ils ?

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Médias24 a donné la parole à des Marocains résidant en Italie. Nos interlocuteurs nous confirment que la peur du coronavirus règne et les rues se font désertes.

Othmane, qui habite depuis près de 10 ans à Spezia - à plus de 200 km des zones rouges - refuse de ramener ses enfants et sa femme auprès de lui en Italie. Ceux-ci étaient rentrés au Maroc début janvier 2020, avant l'apparition du virus en Italie.  

Au total, 24 cas ont été confirmés dans cette ville portuaire. Notre interlocuteur nous raconte que "l’armée a bouclé les zones contaminées. La circulation y est très limitée. Les consignes énoncées dimanche dans le décret du président du conseil, Giuseppe Conte, se veulent claires: éviter tout mouvement de personnes à l’entrée et à la sortie des territoires visés ainsi qu’à l’intérieur de ces mêmes territoires, à l’exception des mouvements motivés par des besoins professionnels avérés ou des situations de nécessité ou des mouvements pour des raisons de santé."

"Ainsi, pour accéder aux villes placées en quarantaine, les citoyens doivent présenter un certificat de résidence. Pour partir au travail, il faut être muni d'un contrat de travail", selon Othmane.

Désormais, "il est strictement interdit de se serrer la main ainsi que toute autre forme de contact", ajoute-t-il.

"A titre d'exemple, ce matin je me suis rendu dans une administration pour des papiers. Plusieurs mesures de précaution ont été mises en place pour éviter la propagation du virus. Nous sommes à présent obligés de respecter une distance de deux mètres avec les autres personnes. Pour demander un papier, une dame nous oriente de loin. Elle m’a demandé d’entrer dans une cabine avec un téléphone fixe, désinfectée après chaque utilisation. J'ai composé le numéro du service concerné, j'ai demandé les papiers dont j’ai besoin, qui me seront envoyés par e-mail pour éviter tout contact avec les fonctionnaires."

Toutefois, "dans les zones rouges, tout est fermé, contrairement aux autres villes, où restaurants, cafés et bars ferment leurs portes, au plus tard à 18h". "Même dans ces endroits, le contact est interdit. Par exemple, pour commander un café, il faut respecter une distance de 2 mètres avec le serveur, qui vient servir les clients à table. Pour payer il faut laisser l’argent sur la table, qu'une personne vient récupérer une fois que le client quitte l’endroit".

"Concernant l’alimentation, il n’y a pas de problème d’approvisionnement. Au début, les gens avaient très peur. Ils se ruaient vers les supermarchés, remplissaient leurs caddies, laissant les étagères quasiment vides. A présent, la situation est revenue à la normale, et le réapprovisionnement se fait rapidement. A la caisse, nous respectons aussi une certaine distance avec les autres clients". 

"Dans les zones rouges, les supermarchés ferment leurs portes à 18h, et n'ouvrent pas durant les week-ends".

Par ailleurs, "dans les grandes entreprises, les effectifs ont été réduits de moitié. Des mesures de précaution sont également mises en place: port de masque, gants et utilisation fréquente du gel désinfectant".

Bouchaib habite quant à lui depuis plus de 30 ans en Italie. Il travaille dans le secteur de la logistique, et habite dans la ville de Como, à près de 100 km des zones rouges. Sollicité par Médias 24, il nous raconte que "les conditions de vie dans les villes confinées sont catastrophiques. Il n’y a presque pas de circulation. Les villes sont désertes, et les écoles sont fermées depuis près de 3 semaines. Les manifestations sportives sont annulées, les lieux religieux fermés et les regroupements interdits".

"Pour faire les courses, seul le chef de famille se rend dans les grandes surfaces. Avant, on s'y rendait en famille, et on en profitait pour faire un tour dans les magasins ou des activités". 

"L'épidémie paralyse les régions les plus productives du pays, et l’économie est touchée par ce virus".

Combien de Marocains en Italie ?

Selon un dernier bilan réalisé par le ministère italien du Travail et des Politiques sociales en 2018, la communauté marocaine occupe la première place des communautés étrangères en Italie avec 443.147 titulaires de permis de séjour de longue durée et de titres de séjour à terme liés au regroupement familial.

Malgré nos nombreuses sollicitations, le ministère des Affaires étrangères n’a pas donné suite à nos appels concernant le nombre de Marocains résidant en Italie au mois de mars 2020, ni sur ceux testés positifs au virus dans le pays.

Le rapport annuel sur la communauté marocaine en Italie de 2018 montre toutefois que les régions du nord de l'Italie constituent une destination privilégiée pour les citoyens marocains, avec une population s’élevant à plus de 68% du total de la population marocaine dans ce pays.

La Lombardie, la région la plus touchée par le coronavirus, accueille environ un quart de la communauté totale marocaine. Elle enregistre le plus grand nombre de présences. Elle est suivie de trois autres régions, à savoir l’Emilie-Romagne, le Piémont et la Vénétie, toutes placées actuellement en quarantaine.

La présence marocaine est également considérable en Italie du Sud avec plus de 16% du total de la communauté marocaine.

15 millions de personnes en quarantaine

Mesure sans précédent en Europe. Un quart de la population, soit plus de 15 millions d’habitants, a été placée en quarantaine dimanche 8 mars dans le nord de l'Italie, mesure draconienne décidée par le gouvernement pour endiguer l'épidémie qui touche désormais plus de 100.000 personnes dans le monde entier, faisant plus de 3.790 morts.

L'Italie est désormais le pays le plus touché par ce virus après la Chine, avec 366 décès et 7.375 cas positifs.

Dans la région de Lombardie et dans quatorze provinces italiennes, toutes les manifestations culturelles, sportives ou religieuses sont interdites, et les discothèques, piscines, musées théâtres, cinémas, pubs, écoles de danse et autres lieux similaires devront également fermer leurs portes jusqu'au 3 avril, selon un décret signé dans la nuit de samedi à dimanche par le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte.

Les mesures de confinement couvrent une vaste zone dans le nord du pays allant de Milan, la capitale économique, à Venise, haut lieu du tourisme mondial. Dans le détail, la zone confinée comprend toute la Lombardie, huit provinces dans la région d’Emilie-Romagne, trois provinces en Vénétie, cinq dans le Piémont et deux provinces dans Les Marches. Les déplacements y sont strictement limités.

Le gouvernement italien a également décidé l'envoi de 20.000 personnes en renfort dans ses hôpitaux, ce qui permettra de porter de 5.000 à 7.500 le nombre de lits en soins intensifs.

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