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Coronavirus

Covid-19: Le casse-tête des contaminations familiales

La propagation du coronavirus ne peut être enrayée sans une lutte contre les foyers de contamination familiaux. Les personnes à risque ne peuvent pas s'isoler dans les quartiers à forte densité. La solution pourrait être de les placer dans des établissements hôteliers ou des appartements mis à la disposition de l'Etat.

Covid-19: Le casse-tête des contaminations familiales
Solène Paillard
Le 14 avril 2020 à 20h23 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Ce mardi 14 avril, le Dr Lyoubi, directeur de l'épidémiologie, a fourni un chiffre important: sur les 1.888 cas de Covid-19 enregistrés depuis le 2 mars, 865 cas proviennent de cas contacts, c'est-à-dire de personnes placées sous observation par la Santé publique, ou dépistées, après avoir été en contact avec une personne déjà contaminée.

Sur ces 865 cas, une forte majorité provient d'une contamination familiale. Confinement aidant, le milieu familial devient le principal terrain de propagation du virus.

De la maîtrise de cette propagation familiale et de la qualité de la détection et du suivi des contacts, dépend l'avenir de la propagation de cette maladie au Maroc. C'est l'avis des épidémiologistes.

Prenons un exemple: en présence d'un cas confirmé, la santé publique essaie de retracer ses contacts pendant les 14 jours précédents. Ces contacts sont classés en 3 catégories. Ce sont les personnes avec lesquelles il a pu s'asseoir, commercer, discuter... Selon l'appréciation du contact, ces cas sont classés en trois catégories. La première, celle à haut risque, fait l'objet de toute l'attention de la santé publique, assistée en cas de besoin par les autorités publiques.

Un cas contact à haut risque subit un test. Si le test est négatif, cela signifie que la personne testée n'est pas malade. Mais cela ne signifie pas qu'elle ne le sera pas dans un proche avenir, car la durée d'incubation est de 14 jours. Cela signifie que cette personne présente un danger éventuel pour son entourage immédiat.

En fait, la santé publique lui demande de rester à l'isolement, de garder ses distances en famille, et on l'appelle une à deux fois par jour pour vérifier son état et lui demander de prendre sa température.

Mais comment s'isoler, si on vit à plusieurs dans un logement d'une ou deux pièces ? Là est toute la difficulté, nous signalent des médecins qui proposent que l'isolement soit effectué par l'Etat, tant que le nombre de ces cas est limité. C'est-à-dire dans des immeubles ou hôtels.

Trois semaines donc après l’instauration du confinement, le 20 mars, cette lutte se heurte à un autre enjeu : l’apparition de foyers familiaux, lorsqu'un membre de la famille qui sort dans l’espace public, contracte le virus et le transmet aux autres personnes du foyer.

Dès le dimanche 5 avril, lors d’un point de presse, le directeur de l’épidémiologie avait d’ailleurs imputé la hausse du nombre de contaminations par le coronavirus à la transmission du virus au sein de foyers familiaux.

Isoler les cas contacts négatifs dans des hôtels et des appartements...

"Le confinement permet de réduire la transmission communautaire de la maladie mais, automatiquement, se développe un effet paradoxal : la hausse du risque de contamination dans les foyers, surtout si les mesures barrières ne sont pas respectées au sein de la population", explique Mohamed Amine Berrahou, professeur universitaire à la Faculté de médecine et de pharmacie de Fès, dans une déclaration à Médias24.

A Casablanca, qui cumule 30% des cas de contamination, 60% des cas sont concentrés dans trois quartiers à forte densité de population, selon une source médicale sûre. Si le confinement y est actuellement plus respecté qu’à ses débuts, des familles entières cohabitent dans une faible superficie, rendant l'isolement familial difficile ou impossible.

Notre source juge nécessaire d’isoler les cas contacts même s'ils sont testés négatifs après la détection du cas confirmé, car continuant malgré tout à présenter un risque pendant la période d’incubation, c’est-à-dire 14 jours. Il ne suffit donc pas de tester une seule fois les cas contacts, comme c’est le cas actuellement, et de considérer, lorsque le test s’avère négatif, qu'ils doivent uniquement s'isoler chez eux et faire le suivi de leur situation médicale à distance. Dans les quartiers à forte densité de population, où les conditions d'habitation sont difficiles, ces personnes peuvent s'avérer positives au coronavirus après-coup et contaminer leurs familles, des fois sans présenter de symptômes. 

... à condition de respecter les mesures barrières

Des établissements hôteliers ainsi que des appartements ont déjà été mis à la disposition de l'Etat, notamment pour les membres du personnel hospitalier, afin de les isoler des membres de leur famille pour limiter les contaminations. La solution pourrait donc être d’étendre cette possibilité aux citoyens lambda, en l’occurrence les cas contacts testés négatifs. "La mise à disposition d’établissements hôteliers ou d’immeubles pourrait être envisageable, à condition que les mesures barrières en vigueur dans les hôpitaux et l’espace public, le soient également dans ces endroits", indique Mohamed Amine Berrahou.

Une option envisageable "mais à une condition majeure", abonde Jaâfar Heikel, spécialiste en maladies infectieuses et santé publique et professeur de médecine préventive: "Il ne faut pas que ces lieux deviennent eux-mêmes des zones à risque ou des zones de transmission, créant ainsi d’autres clusters. Cela ne sert à rien de mettre des patients dans un immeuble ou un hôtel si tout le monde peut circuler, papoter dans les couloirs, utiliser l’ascenseur à sa guise… ".

"Si cela devenait nécessaire, il faudrait que les promoteurs immobiliers et les gérants d’établissements hôteliers coordonnent avec les autorités sanitaires pour garantir le respect des mesures barrières. L’objectif n’est surtout pas de créer d’autres foyers de contamination."

Attention, ce n'est pas une mesure facile à mettre en place. Actuellement, 5.130 cas contacts font l'objet de suivi, selon le ministère de la Santé publique. Mais si l'on attend, il y en aura davantage.

A noter que tous les cas familiaux confirmés ne proviennent pas d'une promiscuité dans l'habitat. Plusieurs dizaines d'entre eux au moins ont été provoqués par des rencontres familiales effectuées malgré l'imposition du confinement.

Une équation complexe qui pourrait faire l'objet d'une campagne de sensibilisation.

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Solène Paillard
Le 14 avril 2020 à 20h23

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