Déconfinement: la reprise des transports vue par Addou, Khlie et Hifdi

EXCLUSIF. A la sortie du confinement, les transporteurs de passagers seront obligés d'adopter des mesures de protection pour éviter une éventuelle propagation du coronavirus. Selon le président de la RAM, celui de la Fédération du transport-CGEM et le directeur général de l’ONCF, la distanciation ne sera pas sans effet sur le prix du voyage, aérien, ferroviaire ou routier.

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Déconfinement: la reprise des transports vue par Addou, Khlie et Hifdi

Le 06 mai 2020 à 21:07

Modifié le 06 mai 2020 à 23:46

En attendant la réouverture des lignes aériennes, ferroviaires et routières qui assurent le transport interurbain et international, les transporteurs s’interrogent sur l’impact financier de l’introduction des mesures de distanciation pour renforcer la sécurité sanitaire et rassurer les clients après la fin du confinement.

La distanciation: un tiers de sièges en moins dans les avions

Questionné sur la faisabilité de l'idée de supprimer un siège à côté de chaque passager d'avion pour éviter tout contact physique, Abdelhamid Addou, président de la RAM déclare que cette option n’est pas à exclure.

"Si on décide de ne pas vendre un siège, il n’y a pas besoin de le retirer physiquement, il suffit juste de ne pas le commercialiser et l’histoire sera réglée.

"Cela voudrait donc dire qu’il faudra enlever de la vente tous les sièges du milieu ce qui représentera à peu près un tiers de la capacité d’accueil d’un avion.

"A la question de savoir si c’est faisable, la réponse est oui mais à celle de savoir si la RAM va le faire, la décision ne nous appartient pas car c’est celle des autorités des aviations civiles du monde entier.

"En effet, c’est à eux de décider et d’imposer des nouvelles normes sanitaires qui devront, après le déconfinement, être exécutées par toutes les compagnies aériennes de la planète.

"De son côté, la RAM peut exiger que ses passagers portent des masques quand ils montent à bord de ses avions mais la décision de réduire à l’avance sa capacité d’accueil pour des raisons de sécurité n’est pas de notre ressort.

"Si après les attentats du 11 septembre 2001, on ne pouvait plus faire monter en cabine une bouteille d’eau de plus d’un litre, il n’est pas exclu que ce genre de démarche de distanciation soit proposé par les régulateurs et les aviations civiles du monde entier", commente le président.

Une mesure qui impliquera une hausse des tarifs

Selon lui, si cette mesure de distanciation est appliquée, elle ne manquera pas d’impacter à la fois les recettes de la RAM ainsi que le portefeuille de ses clients.

"D’un point de vue sécuritaire, cette mesure est peut-être souhaitable mais pas au niveau économique car aucune compagnie ne sera en mesure de maintenir sa rentabilité avec un tiers de sièges en moins. En effet, cela entrainerait de facto un renchérissement du prix des billets d’avion.

"Augmenter les tarifs au moment où la demande sera en repli dans un contexte de crise économique avec des gens méfiants avant de remonter dans un avion ou de voyager dans l’absolu sera extrêmement difficile à gérer voire à imposer.

"Le problème n’est pas l’avion mais plutôt de quitter sa maison et sa ville pour aller ailleurs. Si la demande est faible et qu’en plus, vous augmentez les prix, il y a un risque non négligeable de destruction de l’industrie", prévient, visiblement inquiet, Addou.

Devant notre insistance pour savoir s’il avait prévu ce scénario, le président déclare que la RAM n’aura pas d’autre choix que de s’exécuter si les autorités mondiales lui imposent la distanciation sociale.

"Encore une fois, techniquement c’est faisable mais si on est obligé de l’appliquer, notre compagnie n’aura d’autre choix que de devoir automatiquement revoir complètement son modèle économique.

La survie de l’industrie aérienne menacée

"Aujourd’hui, il y a des spéculations dans un sens comme dans l’autre avec par exemple, le PDG de Ryanair qui a déclaré qu’il n’appliquerait pas cette mesure et qu’il préférait arrêter tous les vols de sa compagnie plutôt que de couler son business.

"De son côté, Air France affirme y penser sérieusement et qu'en cette période de basse demande avec la majorité de ses avions cloués au sol, tout le monde peut le faire en théorie.

"Le problème est que le jour où la demande reviendra, si on continue à vendre un tiers de sièges en moins, il sera très compliqué pour notre industrie de survivre dans le temps", avance Addou

A la question de savoir s’il n’y avait pas d’autre choix que d’augmenter le prix des billets pour compenser les sièges en moins, le président ne voit pas d’autre alternative.

"Sachant que vous avez un avion qui décolle d’un point A à un point B, cette machine a un coût en termes d’amortissement (achat, leasing …), de carburant, de personnel, de taxes aéroportuaires… qu’il faut payer quel que soit le taux de remplissage.

"Les charges sont les mêmes avec un avion plein à 100% ou à 65%", conclut le président qui ajoute qu’un avion n’est rentable qu’à partir d’un taux minimal d’occupation de 75%.

L’ONCF attend les instructions des pouvoirs publics

Joint à son tour, le directeur général de l’ONCF, Mohamed Rabie Khlie, affirme que la compagnie ferroviaire publique est en train d’étudier plusieurs scénarios de reprise pour l’après-confinement.

"Pour l’instant, nous attendons les phases que les pouvoirs publics vont arrêter pour le déconfinement ainsi que les restrictions qui seront imposées pour chaque phase", temporise le DG.

Selon lui, en attendant le déconfinement, l’ONCF continue d’assurer un service minimum pour la navette domicile-travail avec une occupation des trains d’environ 50%.

Le taux d’occupation actuel de 50% des trains ne pourra pas durer après le déconfinement

"Cette restriction qui n’a pas engendré de hausse des tarifs des voyages pourra être observée après le déconfinement mais il sera difficile de la tenir dans la durée", annonce Khlie qui laisse entendre que la poursuite de la distanciation sociale aura un coût et donc un impact sur le prix des billets de train.

" A la lumière du plan de déconfinement qui sera retenu par les pouvoirs publics, l’ONCF prendra toutes les dispositions et mesures pour mettre ses passagers en confiance et les transporter dans les meilleures conditions de sécurité sanitaire", conclut le directeur général.

Tous les transporteurs routiers à l’arrêt hormis ceux du personnel

De son côté, Abdelilah Hifdi, président de la fédération du transport de la CGEM, nous déclare que la profession de transporteurs est confrontée à une grande inconnue.

"Quelles vont être les décisions administratives qui seront prises en fonction de l’évolution de la pandémie et est-ce que l’Etat va continuer à limiter l’offre de transport ou sa capacité en places ?

"Avec l’arrêt total des lignes d’autocars interurbains, du transport scolaire, du transport touristique …, il ne reste que le transport de personnel qui travaille à 40% de sa capacité normale.

La distanciation Zig Zag fait travailler à perte

"De plus, la distanciation intitulée Zig Zag le fait travailler avec 50% de sa capacité d’accueil car chaque passager est séparé de son voisin par un ou 2 fauteuils vides. Ainsi, entre baisse d’activité et moins de sièges remplis, ces transporteurs travaillent à perte en attendant des jours meilleurs.

"Après le déconfinement, les grandes entreprises de transport routier interurbain (CTM, Supratours…) pourront, si l’Etat leur demande, faire l’effort de fonctionner à 50% de leur capacité mais cela ne pourra se faire que sur du court-terme.

"Autrement dit, avec le peu de sièges occupés, il ne sera plus possible de maintenir les mêmes prix de transport interurbain après le déconfinement.

Des autocars équipés de compartiments pour respecter la distanciation ?

"A ce propos, notre fédération est en train de développer avec les constructeurs, des autocars qui auront des compartiments équipés de système de climatisation individuelle contre le Covid 19.

"Chaque passager aura son compartiment sécurisé qui ne nécessitera plus de distanciation sociale.

"Sachant que le 1er prototype est presque achevé, nous pensons que c’est la solution idéale pour mieux gérer l’après-confinement", révèle Hifdi, très optimiste sur son futur succès commercial.

"Pour mieux se protéger, nous n’échapperons pas à la vérité des prix"

Interrogé sur son coût supplémentaire pour les voyageurs, le président dénonce d’abord le fait que le prix des tickets de transport interurbain soient toujours administrés par l’Etat.

"Tous les types de transport de passagers sont libéralisés à l’exception des voyages interurbains en autocar où la tarification est du ressort de l’Etat à l’image du prix du pain. S’il est trop tôt pour parler d’une libéralisation des prix, la crise du Covid 19 va, selon moi, certainement faire bouger les lignes.

"Ainsi, si l’Etat veut maintenir la distanciation, il faudra équiper tous les moyens de transport et nous n’échapperons donc pas à la vérité des prix", conclut le président de la fédération du transport. 

Déconfinement: la reprise des transports vue par Addou, Khlie et Hifdi

Le 06 mai 2020 à21:07

Modifié le 06 mai 2020 à 23:46

EXCLUSIF. A la sortie du confinement, les transporteurs de passagers seront obligés d'adopter des mesures de protection pour éviter une éventuelle propagation du coronavirus. Selon le président de la RAM, celui de la Fédération du transport-CGEM et le directeur général de l’ONCF, la distanciation ne sera pas sans effet sur le prix du voyage, aérien, ferroviaire ou routier.

En attendant la réouverture des lignes aériennes, ferroviaires et routières qui assurent le transport interurbain et international, les transporteurs s’interrogent sur l’impact financier de l’introduction des mesures de distanciation pour renforcer la sécurité sanitaire et rassurer les clients après la fin du confinement.

La distanciation: un tiers de sièges en moins dans les avions

Questionné sur la faisabilité de l'idée de supprimer un siège à côté de chaque passager d'avion pour éviter tout contact physique, Abdelhamid Addou, président de la RAM déclare que cette option n’est pas à exclure.

"Si on décide de ne pas vendre un siège, il n’y a pas besoin de le retirer physiquement, il suffit juste de ne pas le commercialiser et l’histoire sera réglée.

"Cela voudrait donc dire qu’il faudra enlever de la vente tous les sièges du milieu ce qui représentera à peu près un tiers de la capacité d’accueil d’un avion.

"A la question de savoir si c’est faisable, la réponse est oui mais à celle de savoir si la RAM va le faire, la décision ne nous appartient pas car c’est celle des autorités des aviations civiles du monde entier.

"En effet, c’est à eux de décider et d’imposer des nouvelles normes sanitaires qui devront, après le déconfinement, être exécutées par toutes les compagnies aériennes de la planète.

"De son côté, la RAM peut exiger que ses passagers portent des masques quand ils montent à bord de ses avions mais la décision de réduire à l’avance sa capacité d’accueil pour des raisons de sécurité n’est pas de notre ressort.

"Si après les attentats du 11 septembre 2001, on ne pouvait plus faire monter en cabine une bouteille d’eau de plus d’un litre, il n’est pas exclu que ce genre de démarche de distanciation soit proposé par les régulateurs et les aviations civiles du monde entier", commente le président.

Une mesure qui impliquera une hausse des tarifs

Selon lui, si cette mesure de distanciation est appliquée, elle ne manquera pas d’impacter à la fois les recettes de la RAM ainsi que le portefeuille de ses clients.

"D’un point de vue sécuritaire, cette mesure est peut-être souhaitable mais pas au niveau économique car aucune compagnie ne sera en mesure de maintenir sa rentabilité avec un tiers de sièges en moins. En effet, cela entrainerait de facto un renchérissement du prix des billets d’avion.

"Augmenter les tarifs au moment où la demande sera en repli dans un contexte de crise économique avec des gens méfiants avant de remonter dans un avion ou de voyager dans l’absolu sera extrêmement difficile à gérer voire à imposer.

"Le problème n’est pas l’avion mais plutôt de quitter sa maison et sa ville pour aller ailleurs. Si la demande est faible et qu’en plus, vous augmentez les prix, il y a un risque non négligeable de destruction de l’industrie", prévient, visiblement inquiet, Addou.

Devant notre insistance pour savoir s’il avait prévu ce scénario, le président déclare que la RAM n’aura pas d’autre choix que de s’exécuter si les autorités mondiales lui imposent la distanciation sociale.

"Encore une fois, techniquement c’est faisable mais si on est obligé de l’appliquer, notre compagnie n’aura d’autre choix que de devoir automatiquement revoir complètement son modèle économique.

La survie de l’industrie aérienne menacée

"Aujourd’hui, il y a des spéculations dans un sens comme dans l’autre avec par exemple, le PDG de Ryanair qui a déclaré qu’il n’appliquerait pas cette mesure et qu’il préférait arrêter tous les vols de sa compagnie plutôt que de couler son business.

"De son côté, Air France affirme y penser sérieusement et qu'en cette période de basse demande avec la majorité de ses avions cloués au sol, tout le monde peut le faire en théorie.

"Le problème est que le jour où la demande reviendra, si on continue à vendre un tiers de sièges en moins, il sera très compliqué pour notre industrie de survivre dans le temps", avance Addou

A la question de savoir s’il n’y avait pas d’autre choix que d’augmenter le prix des billets pour compenser les sièges en moins, le président ne voit pas d’autre alternative.

"Sachant que vous avez un avion qui décolle d’un point A à un point B, cette machine a un coût en termes d’amortissement (achat, leasing …), de carburant, de personnel, de taxes aéroportuaires… qu’il faut payer quel que soit le taux de remplissage.

"Les charges sont les mêmes avec un avion plein à 100% ou à 65%", conclut le président qui ajoute qu’un avion n’est rentable qu’à partir d’un taux minimal d’occupation de 75%.

L’ONCF attend les instructions des pouvoirs publics

Joint à son tour, le directeur général de l’ONCF, Mohamed Rabie Khlie, affirme que la compagnie ferroviaire publique est en train d’étudier plusieurs scénarios de reprise pour l’après-confinement.

"Pour l’instant, nous attendons les phases que les pouvoirs publics vont arrêter pour le déconfinement ainsi que les restrictions qui seront imposées pour chaque phase", temporise le DG.

Selon lui, en attendant le déconfinement, l’ONCF continue d’assurer un service minimum pour la navette domicile-travail avec une occupation des trains d’environ 50%.

Le taux d’occupation actuel de 50% des trains ne pourra pas durer après le déconfinement

"Cette restriction qui n’a pas engendré de hausse des tarifs des voyages pourra être observée après le déconfinement mais il sera difficile de la tenir dans la durée", annonce Khlie qui laisse entendre que la poursuite de la distanciation sociale aura un coût et donc un impact sur le prix des billets de train.

" A la lumière du plan de déconfinement qui sera retenu par les pouvoirs publics, l’ONCF prendra toutes les dispositions et mesures pour mettre ses passagers en confiance et les transporter dans les meilleures conditions de sécurité sanitaire", conclut le directeur général.

Tous les transporteurs routiers à l’arrêt hormis ceux du personnel

De son côté, Abdelilah Hifdi, président de la fédération du transport de la CGEM, nous déclare que la profession de transporteurs est confrontée à une grande inconnue.

"Quelles vont être les décisions administratives qui seront prises en fonction de l’évolution de la pandémie et est-ce que l’Etat va continuer à limiter l’offre de transport ou sa capacité en places ?

"Avec l’arrêt total des lignes d’autocars interurbains, du transport scolaire, du transport touristique …, il ne reste que le transport de personnel qui travaille à 40% de sa capacité normale.

La distanciation Zig Zag fait travailler à perte

"De plus, la distanciation intitulée Zig Zag le fait travailler avec 50% de sa capacité d’accueil car chaque passager est séparé de son voisin par un ou 2 fauteuils vides. Ainsi, entre baisse d’activité et moins de sièges remplis, ces transporteurs travaillent à perte en attendant des jours meilleurs.

"Après le déconfinement, les grandes entreprises de transport routier interurbain (CTM, Supratours…) pourront, si l’Etat leur demande, faire l’effort de fonctionner à 50% de leur capacité mais cela ne pourra se faire que sur du court-terme.

"Autrement dit, avec le peu de sièges occupés, il ne sera plus possible de maintenir les mêmes prix de transport interurbain après le déconfinement.

Des autocars équipés de compartiments pour respecter la distanciation ?

"A ce propos, notre fédération est en train de développer avec les constructeurs, des autocars qui auront des compartiments équipés de système de climatisation individuelle contre le Covid 19.

"Chaque passager aura son compartiment sécurisé qui ne nécessitera plus de distanciation sociale.

"Sachant que le 1er prototype est presque achevé, nous pensons que c’est la solution idéale pour mieux gérer l’après-confinement", révèle Hifdi, très optimiste sur son futur succès commercial.

"Pour mieux se protéger, nous n’échapperons pas à la vérité des prix"

Interrogé sur son coût supplémentaire pour les voyageurs, le président dénonce d’abord le fait que le prix des tickets de transport interurbain soient toujours administrés par l’Etat.

"Tous les types de transport de passagers sont libéralisés à l’exception des voyages interurbains en autocar où la tarification est du ressort de l’Etat à l’image du prix du pain. S’il est trop tôt pour parler d’une libéralisation des prix, la crise du Covid 19 va, selon moi, certainement faire bouger les lignes.

"Ainsi, si l’Etat veut maintenir la distanciation, il faudra équiper tous les moyens de transport et nous n’échapperons donc pas à la vérité des prix", conclut le président de la fédération du transport. 

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