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Géopolitique

Escalade Washington-Téhéran : quels enjeux pour le Maroc ?

La montée en puissance du dispositif militaire américain au Moyen-Orient ravive le scénario d’une confrontation directe avec l’Iran. À Rabat, l’évolution du rapport de force est suivie avec attention, tant ses effets pourraient rejaillir sur les équilibres régionaux. Et en filigrane, sur le dossier du Sahara et l’axe Alger-polisario.

Escalade Washington-Téhéran : quels enjeux pour le Maroc ?
Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, à gauche, saluant son homologue iranien, Ebrahim Raïssi. Palais d'El-Mouradia à Alger, mars 2024.
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Le 19 février 2026 à 16h00 | Modifié 19 février 2026 à 16h01

En cette journée du 19 février 2026, la tension s’accentue au Moyen-Orient. La raison, c’est la menace de frappes américaines de plus en plus concrètes à l’encontre de l’Iran.

En effet, les pourparlers que des émissaires de la "République islamique" ont eus avec leurs homologues de Washington sur le programme nucléaire iranien, ces 17 et 18 février 2026 à Genève (Suisse), n’ont pas vraiment donné grand-chose.

Selon un officiel américain cité par l'agence de presse britannique Reuters, un délai de deux semaines a été donné à Téhéran pour qu'il formalise une proposition écrite. Mais il semble que d'ici là, les États-Unis pourraient déjà être passés à l'acte.

Selon la chaîne américaine CBS News, s'appuyant sur "de hauts responsables de la sécurité nationale" US, c'est ainsi "dès samedi" [le 21 février 2026] que les forces armées américaines seraient prêtes à engager une action militaire.

Une concentration militaire américaine rarement vue depuis 2003

Une affirmation d’autant plus crédible que, depuis la guerre d’Irak en 2003, rarement la concentration de bâtiments de combat et de capacités aéronavales américaines n’a été aussi visible dans la zone CENTCOM (Commandement central des États-Unis, à savoir, grosso modo, le Moyen-Orient) : deux porte-avions, l’USS Gerald R. Ford et l’USS Abraham Lincoln ; leurs groupes aériens embarqués, dont une cinquantaine d’avions de combat ; des destroyers lance-missiles — des navires d'escorte polyvalents —  ; trois navires de combat côtiers .

Par ailleurs, le quotidien israélien Yedioth Aharonoth a affirmé, dans son édition du 18 février 2026, que les différents services de secours et le Commandement israélien du front intérieur — une branche de l’armée chargée de protéger la population civile en cas de crise — auraient reçu pour instruction de se préparer à la guerre.

"Dans plusieurs organismes de sécurité, une alerte maximale a été décrétée au niveau défensif, et l’appareil sécuritaire est, sans aucun doute, en état de mobilisation", écrit le journal publié à Tel-Aviv.

À l'évidence, il n'y a, pour l'heure, qu'une décision politique qui pourrait donc prévenir un conflit, et elle dépend d'un seul homme : le président américain, Donald Trump.

Ce dernier, dans ses déclarations publiques depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, a toujours donné l'impression de ne vouloir utiliser la force à l'encontre de l'Iran qu'en dernier recours. Ce que rappelait, le 18 février 2026, sa porte-parole, Karoline Leavitt : "Le président a déjà mené, en tant que commandant en chef, une opération très réussie avec l’opération Midnight Hammer [dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, ndlr] qui (...) a totalement anéanti les installations nucléaires iraniennes. Le président a toutefois toujours été très clair : s’agissant de l’Iran comme de n’importe quel autre pays dans le monde, la diplomatie demeure toujours son option privilégiée."

Mais la concernée a conditionné la retenue de Trump à la conclusion d'un "accord" qui, on le voit, tarde à voir le jour.

Le Maroc observe de près l’évolution de la situation

En attendant, les autorités marocaines sont, sans doute, en train de suivre de très près ces développements.

Car bien qu'il soit situé à plus de 5.000 km du Maroc, il n'en reste pas moins que l'Iran fait partie intégrante de l'agenda diplomatique national. Et pour cause : son soutien en sous-main au mouvement séparatiste du polisario, raison de la rupture des relations bilatérales en cours depuis mai 2018.

"Nous n'avons rien à faire par rapport à ce qui est en train de se passer, mais nous sommes concernés. Si le régime iranien s'effondre, l'Algérie va automatiquement perdre un de ses principaux alliés régionaux", nous déclare notre consultant en relations internationales, Ahmed Faouzi.

Certes, l'Iran n'a jamais officiellement reconnu la pseudo "république arabe sahraouie démocratique" (rasd), autoproclamée par le polisario. Mais les liens sont établis et ont été bien démontrés par les services de sécurité nationaux, comme l'avait détaillé un éditorial de l'hebdomadaire français Jeune Afrique quelques jours après le gel des relations bilatérales.

Pis : n'était la menace brandie par le Maroc de reprendre l'ensemble de la zone tampon située à l'Est du mur de défense marocain, le polisario aurait depuis belle lurette reçu l'assentiment d'Alger pour obtenir les fameux drones kamikazes iraniens Arash 2. En effet, son soi-disant "ministre" de l'Intérieur, Omar Mansour, avait lui-même évoqué, en septembre 2022 à Nouakchott, des négociations en cours, à ce propos.

"La défiance de l'Iran envers le Maroc, elle est inscrite dans l'ADN de son régime actuel. Depuis la Révolution islamique de 1979, il est très rarement arrivé que l'on s'entende, et le plus souvent nous avons eu maille à partir l'un avec l'autre", commente Ahmed Faouzi.

À cet égard, il faut rappeler qu'en 2018, lorsque Rabat avait décidé de couper tout lien avec son homologue iranien, c'était à un moment où un réchauffement venait à peine de s'opérer trois ans plus tôt : en février 2009, le Maroc avait apporté son soutien à Bahreïn, qu'un dignitaire religieux iranien avait qualifié de "quatorzième province iranienne", et cela avait entraîné tout un maelstrom à la suite duquel le Royaume avait pris la décision de rappeler, séance tenante, son ambassadeur.

Ce n'est qu'en janvier 2014 que Marocains et Iraniens reprendront officieusement langue, à l'occasion d'une session du Comité Al-Qods qu'accueille alors Marrakech, et dans l'année même — en décembre 2014 — Mohammed Taghi Moayed est nommé à la tête de l'ambassade iranienne à Rabat, tandis que dans le sens inverse Hassan Hami se voit désigné, en octobre 2016, à Téhéran.

Mais ce dernier ne fera donc pas de vieux os dans la capitale iranienne, car à peine seize mois après avoir présenté ses lettres de créance au président Hassan Rohani, il est prié de regagner le Maroc.

"Je pense que nous avons fait l'effort nécessaire pour normaliser nos relations, même si les conditions n'ont pas toujours été réunies. Mais dans l'autre camp, il y a une absence de bonne volonté manifeste qui ne nous concerne pas seulement au Maroc, mais tous les pays de la région : à vrai dire, ils ne courent pas les rues ceux qui peuvent se prévaloir d'une bonne entente avec l'Iran, si ce n'est à titre tout à fait superficiel et donc pas du tout consistant", fait remarquer Ahmed Faouzi.

Mais pour la partie iranienne, on l'imagine, ce miroir aux alouettes devient plus que vital à l'heure de négocier avec Donald Trump et ses hommes.

Sauf que, comme le laisse montrer son importante armada stationnée à un jet de missile de Téhéran, il n'est pas dit que le chef d'État de la première puissance mondiale acceptera, cette fois, d'avaler la couleuvre.

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