Exclusif. Présentiel, distanciel: les explications de Saaid Amzazi

ENTRETIEN. Samedi 22 aout à 21H18, le ministère de l'Education nationale a diffusé un communiqué inattendu au sujet de la prochaine rentrée scolaire. Celle-ci aura lieu le 7 septembre mais en distanciel, avec la possibilité de mixer du présentiel si les parents les souhaitent.

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 Exclusif. Présentiel, distanciel: les explications de Saaid Amzazi

Le 23 août 2020 à 15:11

Modifié le 23 août 2020 à 16:29

Qui a pris cette décision?

-"Le ministère de l'Education nationale", répond Saaid Amzazi, ministre de tutelle, joint par Médias24. "Sous l'autorité du Chef du gouvernement, nous nous sommes concertés avec les ministères de la Santé et de l'Intérieur. Nous avons également tenu compte des expériences d'autres pays. Et nous avons élaboré cette formule d'enseignement distanciel, améliorée par rapport à ce qui a été appliqué pendant le confinement".

Amzazi nous expose le cheminement qui a conduit à cette formule inattendue:

"Depuis le mois de juin, nos équipes ont travaillé d'arrache-pied sur 3 modèles pédagogiques adaptés à trois scénarios d'évolution épidémiologique: 1/ l'amélioration considérable; 2/ la baisse des indicateurs de sorte à promouvoir surtout les mesures barrières; 3/la situation actuelle marquée par une forte recrudescence."
Le ministre de l'Education nationale rappelle quelques ordres de grandeur: "en 1 seul jour, nous avons eu l'équivalent d'un mois et demi de nouveaux cas et l'équivalent d'un mois en mortalité".

Il fallait donc trouver une solution qui préserve la santé des élèves et des enseignants tout en assurant l'enseignement. "Des études récentes montrent qu'un arrêt de deux mois impacte considérablement l'apprentissage", explique-t-il.

Pourtant, l'expérience de l'enseignement à distance pendant le confinement n'a pas été très concluante. Amzazi confirme: 40% des élèves, notamment des milieux défavorisés et du monde rural, n'ont pas suivi. "Nous nous sommes dits qu'il fallait mixer présentiel et distanciel, en donnant le choix aux familles".

Est-ce que cette décision ne consiste pas tout simplement à rejeter la responsabilité sur les familles? "Nous sommes dans une période particulière, inédite dans l'histoire. Il faut raisonner en co-éducation. La réussite et l'apprentissage dépendent également de l'encadrement des parents. Les parents devront non seulement encadrer mais également sensibiliser leurs enfants. De leur côté, les écoles rempliront leur devoir en se conformant aux normes sanitaires les plus strictes".

Pourquoi l'obligation de porter le masque à partir de la cinquième année primaire? "C'est une recommandation de l'OMS. De 5 à 10 ans, les enfants sont moins susceptibles d'être contaminés. A partir de 11 ans, l'OMS recommande le masque."

Dans la pratique, comment ça va se passer?

"A compter du 1er septembre, les parents qui optent pour le présentiel pourront soit se présenter à l'école, soit renseigner un formulaire sur une plateforme qui sera probablement celle de Massar. Le formulaire sera surtout un engagement des parents à sensibiliser leurs enfants."

Ceci pour la procédure de choix. Mais pour ce qui concerne l'organisation des cours, cela semble compliqué d'organiser les flux entre présentiel et distanciel. Et comment faire avec un corps enseignant que l'on ne pourra pas doubler de taille?

"Deux points importants. Le premier, c'est que l'élève quelle que soit la formule, présentiel ou distanciel, fera ses 30 heures de cours par semaine. Et en deuxième lieu, nous donnons pleine autorité aux chefs d'établissements pour les décisions pédagogiques. Celles-ci tiendront d'ailleurs compte des considérations territoriales: dans une région rurale ou urbaine où il y a moins de circulation du virus, ou absence de cas actifs, les décisions seront différentes des régions où il y a un grand nombre de cas."

"L'élève doit donc avoir ses 30 heures de cours hebdomadaires. Supposons que toute l'école demande le présentiel. Il sera impossible de leur assurer du présentiel à 100%. Les élèves dans ce cas extrême auront 50% de présentiel et 50% de distanciel, 15 heures par semaine chacun (à raison de 5 heures par jour). Par exemple, la moitié des élèves viendront à l'école les lundis, mercredis et vendredis. Tandis que ceux de la seconde moitié viendront les mardis, jeudis et samedis. Pourquoi? eh bien parce que nous devrons réduire le nombre d'élèves par classe. Cette réduction se fera en fonction de la superficie, de sorte à garantir une distance d'un mètre minimum dans tous les sens autour de chaque élève en classe."

En d'autres termes, dans le cadre du présentiel, les effectifs en classe seront réduits jusqu'à 50% dans le public (en moyenne 15 élèves au lieu de 30 par salle). Les superficies seront également réduites dans tous les cycles et quel que soit le type d'enseignement, public, privé ou mission.

Saaid Amzazi revient sur la qualité du distanciel: "il y aura une grande amélioration. Nous avions été pris de court au moment du confinement. Depuis, une équipe de haut niveau composée d'inspecteurs a été dédiée à cette question, elle a élaboré un cadre de référence. Par exemple, les cours de deux heures ont été réduits à 30 mn. Et nous donnerons à tous les élèves la possibilité de venir à l'école, car le lien avec l'école est fondamental."

Le ministre de l'Education nationale reconnaît l'existence d'inégalités. Par exemple celle des connexions Internet: "les questions de connectivité ne dépendent pas de nous, nous y sommes très sensibles". Et équiper les élèves de tablettes? Au moins les plus démunis d'entre eux? "En prenant comme hypothèse un prix de 1.000 DH par tablette, et comme cible les deux millions d'élèves bénéficiaires de Tayssir, il faudrait 2 milliards de DH de budget. Nous ne pouvons pas le dégager aujourd'hui".

Ces différentes explications sont valables pour le public, le privé et les missions étrangères, confirme notre interlocuteur.

La situation sera en partie différente pour les universités car les apprenants sont des adultes: "un communiqué sera publié prochainement à ce sujet".

Pour ce qui concerne les crèches, "nous leur demandons de pouvoir accueillir les enfants avec des conditions drastiques de sécurité, au moins trois jours par semaine".

Pour résumer, "si aucun parent ne demande le présentiel, il pourrait y avoir du distanciel à 100%. Par contre, il n'y aura jamais de présentiel à 100%, à cause de la réduction des effectifs par salle de classe".

Et l'avenir? "Nous évaluerons la situation épidémiologique toutes les deux semaines. Dans les quartiers fermés et isolés, il y aura bien sûr du distanciel à 100%.La situation pourra évoluer dans un sens ou dans l'autre chaque deux semaines, en fonction de l'épidémiologie. Les modèles préparés sont très agiles et adaptables. Et je rends un hommage appuyé au personnel de l'Education nationale qui a effectué un travail remarquable", conclut M. Amzazi.

Exclusif. Présentiel, distanciel: les explications de Saaid Amzazi

Le 23 août 2020 à16:20

Modifié le 23 août 2020 à 16:29

ENTRETIEN. Samedi 22 aout à 21H18, le ministère de l'Education nationale a diffusé un communiqué inattendu au sujet de la prochaine rentrée scolaire. Celle-ci aura lieu le 7 septembre mais en distanciel, avec la possibilité de mixer du présentiel si les parents les souhaitent.

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Qui a pris cette décision?

-"Le ministère de l'Education nationale", répond Saaid Amzazi, ministre de tutelle, joint par Médias24. "Sous l'autorité du Chef du gouvernement, nous nous sommes concertés avec les ministères de la Santé et de l'Intérieur. Nous avons également tenu compte des expériences d'autres pays. Et nous avons élaboré cette formule d'enseignement distanciel, améliorée par rapport à ce qui a été appliqué pendant le confinement".

Amzazi nous expose le cheminement qui a conduit à cette formule inattendue:

"Depuis le mois de juin, nos équipes ont travaillé d'arrache-pied sur 3 modèles pédagogiques adaptés à trois scénarios d'évolution épidémiologique: 1/ l'amélioration considérable; 2/ la baisse des indicateurs de sorte à promouvoir surtout les mesures barrières; 3/la situation actuelle marquée par une forte recrudescence."
Le ministre de l'Education nationale rappelle quelques ordres de grandeur: "en 1 seul jour, nous avons eu l'équivalent d'un mois et demi de nouveaux cas et l'équivalent d'un mois en mortalité".

Il fallait donc trouver une solution qui préserve la santé des élèves et des enseignants tout en assurant l'enseignement. "Des études récentes montrent qu'un arrêt de deux mois impacte considérablement l'apprentissage", explique-t-il.

Pourtant, l'expérience de l'enseignement à distance pendant le confinement n'a pas été très concluante. Amzazi confirme: 40% des élèves, notamment des milieux défavorisés et du monde rural, n'ont pas suivi. "Nous nous sommes dits qu'il fallait mixer présentiel et distanciel, en donnant le choix aux familles".

Est-ce que cette décision ne consiste pas tout simplement à rejeter la responsabilité sur les familles? "Nous sommes dans une période particulière, inédite dans l'histoire. Il faut raisonner en co-éducation. La réussite et l'apprentissage dépendent également de l'encadrement des parents. Les parents devront non seulement encadrer mais également sensibiliser leurs enfants. De leur côté, les écoles rempliront leur devoir en se conformant aux normes sanitaires les plus strictes".

Pourquoi l'obligation de porter le masque à partir de la cinquième année primaire? "C'est une recommandation de l'OMS. De 5 à 10 ans, les enfants sont moins susceptibles d'être contaminés. A partir de 11 ans, l'OMS recommande le masque."

Dans la pratique, comment ça va se passer?

"A compter du 1er septembre, les parents qui optent pour le présentiel pourront soit se présenter à l'école, soit renseigner un formulaire sur une plateforme qui sera probablement celle de Massar. Le formulaire sera surtout un engagement des parents à sensibiliser leurs enfants."

Ceci pour la procédure de choix. Mais pour ce qui concerne l'organisation des cours, cela semble compliqué d'organiser les flux entre présentiel et distanciel. Et comment faire avec un corps enseignant que l'on ne pourra pas doubler de taille?

"Deux points importants. Le premier, c'est que l'élève quelle que soit la formule, présentiel ou distanciel, fera ses 30 heures de cours par semaine. Et en deuxième lieu, nous donnons pleine autorité aux chefs d'établissements pour les décisions pédagogiques. Celles-ci tiendront d'ailleurs compte des considérations territoriales: dans une région rurale ou urbaine où il y a moins de circulation du virus, ou absence de cas actifs, les décisions seront différentes des régions où il y a un grand nombre de cas."

"L'élève doit donc avoir ses 30 heures de cours hebdomadaires. Supposons que toute l'école demande le présentiel. Il sera impossible de leur assurer du présentiel à 100%. Les élèves dans ce cas extrême auront 50% de présentiel et 50% de distanciel, 15 heures par semaine chacun (à raison de 5 heures par jour). Par exemple, la moitié des élèves viendront à l'école les lundis, mercredis et vendredis. Tandis que ceux de la seconde moitié viendront les mardis, jeudis et samedis. Pourquoi? eh bien parce que nous devrons réduire le nombre d'élèves par classe. Cette réduction se fera en fonction de la superficie, de sorte à garantir une distance d'un mètre minimum dans tous les sens autour de chaque élève en classe."

En d'autres termes, dans le cadre du présentiel, les effectifs en classe seront réduits jusqu'à 50% dans le public (en moyenne 15 élèves au lieu de 30 par salle). Les superficies seront également réduites dans tous les cycles et quel que soit le type d'enseignement, public, privé ou mission.

Saaid Amzazi revient sur la qualité du distanciel: "il y aura une grande amélioration. Nous avions été pris de court au moment du confinement. Depuis, une équipe de haut niveau composée d'inspecteurs a été dédiée à cette question, elle a élaboré un cadre de référence. Par exemple, les cours de deux heures ont été réduits à 30 mn. Et nous donnerons à tous les élèves la possibilité de venir à l'école, car le lien avec l'école est fondamental."

Le ministre de l'Education nationale reconnaît l'existence d'inégalités. Par exemple celle des connexions Internet: "les questions de connectivité ne dépendent pas de nous, nous y sommes très sensibles". Et équiper les élèves de tablettes? Au moins les plus démunis d'entre eux? "En prenant comme hypothèse un prix de 1.000 DH par tablette, et comme cible les deux millions d'élèves bénéficiaires de Tayssir, il faudrait 2 milliards de DH de budget. Nous ne pouvons pas le dégager aujourd'hui".

Ces différentes explications sont valables pour le public, le privé et les missions étrangères, confirme notre interlocuteur.

La situation sera en partie différente pour les universités car les apprenants sont des adultes: "un communiqué sera publié prochainement à ce sujet".

Pour ce qui concerne les crèches, "nous leur demandons de pouvoir accueillir les enfants avec des conditions drastiques de sécurité, au moins trois jours par semaine".

Pour résumer, "si aucun parent ne demande le présentiel, il pourrait y avoir du distanciel à 100%. Par contre, il n'y aura jamais de présentiel à 100%, à cause de la réduction des effectifs par salle de classe".

Et l'avenir? "Nous évaluerons la situation épidémiologique toutes les deux semaines. Dans les quartiers fermés et isolés, il y aura bien sûr du distanciel à 100%.La situation pourra évoluer dans un sens ou dans l'autre chaque deux semaines, en fonction de l'épidémiologie. Les modèles préparés sont très agiles et adaptables. Et je rends un hommage appuyé au personnel de l'Education nationale qui a effectué un travail remarquable", conclut M. Amzazi.

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