Export: L’Espagne déclare "une guerre économique" au Maroc

Le voisin ibérique a décidé d'infliger jusqu’à 700 euros d'amende à tout transporteur marocain de marchandises dont le réservoir contient plus de 200 litres de gasoil. Ce qui oblige les Marocains à acheter 1.300 litres de gasoil chez les pétroliers espagnols. Pour plusieurs sources sectorielles, cette mesure vise à tuer le TIR marocain, à freiner les exportations du pays et à grever la compétitivité du produit marocain. Le gouvernement s'est saisi de l'affaire.

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Export : L’Espagne déclare

Le 19 octobre 2020 à 20:12

Modifié le 20 octobre 2020 à 17:31

La mesure est entrée en vigueur il y a six mois selon nos sources. Mais depuis deux mois, "elle est appliquée avec beaucoup de zèle», affirme Idriss Bernoussi, président de l’Association marocaine des transports routiers internationaux (Amtri).

Elle consiste, en quelques mots, à pousser les transporteurs marocains à consommer du gasoil espagnol. Dès qu’un camion en provenance du Maroc franchit les frontières espagnoles avec plus de 200 litres de gasoil dans le réservoir, il se voit infliger une amende qui peut atteindre 700 euros.

"Sur les 500 à 600 camions qui partent tous les jours en Espagne, 30 à 60 camions marocains sont contrôlés tous les jours et paient en moyenne entre 500 et 700 euros d’amende pour dépassement de la franchise carburant", nous confie Ahmed Issaoudi, président de l’Amtri zone sud.

Une arme concurrentielle réactivée par l'Espagne contre le Maroc

Cette franchise carburant n’est pas nouvelle. Elle a été décidée en 1992 par l’UE dans un règlement visant à réguler la concurrence entre transporteurs au sein de l’espace communautaire.

Directeur du Transport terrestre et de la logistique au sein du ministère du Transport, Noreddine Eddib nous explique que ce règlement ne visait pas seulement les pays tiers, mais aussi les différentes pays de l’UE. 

"Les pays au sein de l’Union européenne ont des tarifs de gasoil différents, certains appliquent des ristournes ou des tarifs préférentiels pour les transporteurs professionnels. Pour réguler la concurrence, l’UE a mis en place cette franchise, qui s'applique également aux pays hors UE. Mais elle n’a jamais été réellement appliquée aux Marocains, les Espagnols qui sont notre premier contact avec le marché européen fermaient généralement les yeux... Aujourd’hui, on a constaté qu’ils ont décidé de réactiver ce règlement, et ça impacte fortement la filière du transport", détaille-t-il.

Pourquoi maintenant? Nos sources ont plusieurs interprétations. Certaines parlent de représailles aux mesures prises par le Maroc pour stopper la contrebande en provenance de Sebta et Melilia, quand d'autres parlent du contexte de crise qui pousse les Espagnols à vouloir contrer la concurrence que font les Marocains à leur production locale, notamment agricole.

"L’Espagne est dans la légalité. Et nous n'avons rien à dire. Mais il y a des us et coutumes qui régissent nos rapports dans le TIR, et l'Espagne a décidé de les casser de manière unilatérale, déclenchant une véritable guerre commerciale et économique contre le Maroc", nous déclare M. Bernoussi.

L'expression "guerre économique" revient dans la bouche de tous nos interlocuteurs. Car au-delà du surcoût que cette mesure représente pour les transporteurs, les impacts de cette mesure sont nuisibles pour plusieurs pans de l’économie marocaine.

La compétitivité du produit marocain dans le viseur

"C’est clairement une guerre économique », estime ainsi Hassan Sentissi, président de l’Association marocaine des exportateurs, Asmex. "L’objectif est de freiner les exportations du pays, de grever la compétitivité du produit marocain. Notamment dans l’agriculture. Les Espagnols considèrent que le Maroc leur fait de l'ombre sur le marché européen. Et veulent nous freiner. Mais il ne faut pas qu’on se laisse faire", nous dit-il, tout en avouant ne pas comprendre la logique de nos voisins ibériques.

"L’Espagne est notre premier partenaire commercial. Aussi bien sur l'export que sur l’import. Les Espagnols sont en train de se tirer une balle dans le pied, car si on décide d’appliquer la réciprocité, ou de prendre des mesures de défense, ils seront les premiers à en pâtir. Je ne comprends pas leur logique. J'appelle donc les responsables espagnols à la raison. Car une guerre économique, ça commence toujours par des mesures non tarifaires, mais on ne sait pas comment ça peut finir", nous dit-il.

Son association qui représente les exportateurs du pays vient justement de saisir le gouvernement ce lundi matin. "Nous avons écrit au ministre du Transport et au ministre de l’Industrie et du Commerce, car la situation est extrêmement inquiétante. Il faut une intervention au plus haut niveau pour régler ce problème", nous confie M. Sentissi.

Les professionnels du TIR ont également saisi le gouvernement et font du lobbying au plus haut niveau de l’Etat pour une intervention urgente. Une première réunion a été tenue le 1er octobre avec les transporteurs à l'initiative du ministère du Transport. Réunion où étaient présents des représentants du ministère de l’Intérieur, des Finances, de l’Industrie… Et où la situation a été qualifiée "d’inacceptable", selon nos sources.

"C’est un dossier hautement diplomatique. Le ministère des Affaires étrangères est au courant et est régulièrement informé de l'évolution de la situation. C’est un dossier de géostratégie. Et il faut une action urgente au plus haut niveau de l’Etat auprès de l’UE pour régler le problème", nous dit M. Bernoussi.

Le directeur du Transport au niveau du ministère de Abdelkader Aamara ne dit pas autre chose: "Cette question représente un gros risque pour l'économie du pays. Mais nous ne pouvons rien faire à notre niveau, car c’est un dossier diplomatique. Nous sommes en train de prendre attache de manière officielle avec le ministère des Affaires étrangères pour enclencher une action au niveau des instances de l’UE. Car ce dossier n’est pas bilatéral, il ne concerne pas que l’Espagne, mais toute l’UE", nous dit-il.

Selon lui, cette action de l’Espagne a poussé également d’autres pays de l’UE à faire de même, la France notamment. "Je viens d'apprendre ce matin même qu’un transporteur marocain a été contrôlé aux frontières françaises. Et il a été doublement taxé car considéré comme récidiviste. D’autres pays de l’UE ne vont pas tarder à faire de même. Il faut que notre diplomatie agisse pour revoir les accords qui nous lient à l’UE, c’est la seule issue possible à ce dossier", souligne M. Eddib.

1,2 milliard de DH de manque à gagner pour les pétroliers marocains

Les risques de la réactivation de ce règlement "du siècle dernier", comme le qualifie Hassan Sentissi de l’Asmex, sont de plusieurs natures.

En activant cette franchise carburant, l’Espagne essentiellement (c’est la principale porte du Maroc vers le marché de l’UE) agit directement sur le coût du transport des exportateurs marocains vers les marchés européens et indirectement sur toute la chaîne économique.

C’est la compétitivité de toutes les exportations marocaines vers l’Europe qui est touchée.

"Le sujet ne concerne pas que l'agriculture, mais aussi les produits industriels, les équipements automobiles, le textile… Et tous les produits qu’exporte le Maroc vers l’UE", explique le président de l’association des transporteurs internationaux, M. Bernoussi.

Les pétroliers marocains y perdront beaucoup aussi. Selon les calculs de l'association des transporteurs internationaux, cette limite des 200 litres prive les pétroliers marocains de 1.300 litres par camion, le réservoir d’un ensemble routier étant de 1.500 litres.

L'estimation du manque à gagner en termes de chiffre d’affaires pour les pétroliers marocains est de 1,2 milliard de DH par année, selon M. Bernoussi. Chiffre qui correspond à peu près aux calculs faits par la direction du Transport du ministère, dont le directeur nous parle d’un manque à gagner de 148 millions d’euros, soit plus de 1,5 milliard de DH.

De l’argent qui sera injecté directement dans les caisses des pétroliers espagnols. "Sur la base du prix du gasoil espagnol, qui est de 1,1 euro le litre, ce sont 1,6 milliard de DH qui seront transférés aux pétroliers espagnols. Et en devises… ", estime M. Bernoussi, qui pense que les pétroliers doivent également agir pour protéger leurs intérêts.

La filière marocaine du TIR menacée de disparition

Autre effet: l’impact dévastateur sur le secteur du transport. Car cette franchise crée un biais dans la concurrence entre opérateurs marocains et espagnols.

"Les Espagnols font du gasoil au Maroc sans aucune restriction. Et le font aussi chez eux, avec des avantages que nous n’avons pas, car ils ont le droit de récupérer la TVA et la TIC. Ils ont aussi un tarif préférentiel pour le gasoil professionnel. Le coût de revient pour eux finalement est de 7 DH le litre contre 12 DH (1,1 euro) pour nous", explique M. Issaoudi, président de l’Amtri zone sud.

Ce biais de la concurrence est dû également, comme le souligne M. Bernoussi à l’absence de convention fiscale entre le Maroc et l’Espagne, contrairement aux conventions qui régissent les relations du Maroc avec la France. 

"Un transporteur marocain qui prend du gasoil en Espagne ne peut pas récupérer la TVA, ni la TIC, faute d'absence d’accord fiscal entre les deux pays. C’est une grande aberration qui nous pénalise lourdement face aux transporteurs espagnols", s’alarme-t-il

Le directeur du Transport du ministère va plus loin, estimant qu’avec cette franchise carburant, le Maroc perd tout avantage compétitif vis-à-vis des Espagnols. "Nous avions jusque-là un avantage en termes de coût de la main-d’œuvre. Cet avantage est aujourd’hui largement compensé par cette franchise imposée aux transporteurs, ainsi que par l'impossibilité de récupérer la TVA et la TIC. Je peux même vous dire qu’un transporteur espagnol est aujourd’hui plus compétitif qu’un marocain", nous dit-il.

Et cela risque selon lui de mettre à mal tout le secteur du TIR, voir entraîner une série de faillites dans la filière: "certains transporteurs risquent de faire faillite, car ils ne pourront pas tenir face à cette concurrence déloyale des Espagnols", s'alarme-t-il.

Le président de l’Amtri, M. Bernoussi, partage les mêmes inquiétudes de son département de tutelle. Et craint à terme un remake du scénario de la Comanav qui a signé la disparition du pavillon marocain dans le transport maritime.

"Les Espagnols sont plus compétitifs aujourd’hui que nous. Car l’effet de main-d’œuvre est compensé par les avantages qu’ils ont sur le prix du gasoil, le coût du crédit qui est moins cher que chez nous et la taxe qu’ils nous appliquent aujourd’hui. Si ça continue comme ça, ils vont finir par contrôler tout le TIR entre le Maroc et l’UE et faire disparaître les transporteurs marocains", explique-t-il.

La solution? "Elle est exclusivement diplomatique", nous dit M. Eddib. "Nous avons des accords avec l’UE. Il est temps de les revoir, qu'on rediscute les termes de notre partenariat. Et cela doit passer par les Affaires étrangères. Nous essayons à notre niveau de sensibiliser tous les acteurs, qui ne se sentaient pas concernés au départ par ce dossier, pour qu'ils aient conscience des risques sur l'économie, la compétitivité du produit marocain et l’avenir de la filière du TRI marocain", signale le directeur du Transport du ministère.

Export: L’Espagne déclare "une guerre économique" au Maroc

Le 19 octobre 2020 à20:12

Modifié le 20 octobre 2020 à 17:31

Le voisin ibérique a décidé d'infliger jusqu’à 700 euros d'amende à tout transporteur marocain de marchandises dont le réservoir contient plus de 200 litres de gasoil. Ce qui oblige les Marocains à acheter 1.300 litres de gasoil chez les pétroliers espagnols. Pour plusieurs sources sectorielles, cette mesure vise à tuer le TIR marocain, à freiner les exportations du pays et à grever la compétitivité du produit marocain. Le gouvernement s'est saisi de l'affaire.

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La mesure est entrée en vigueur il y a six mois selon nos sources. Mais depuis deux mois, "elle est appliquée avec beaucoup de zèle», affirme Idriss Bernoussi, président de l’Association marocaine des transports routiers internationaux (Amtri).

Elle consiste, en quelques mots, à pousser les transporteurs marocains à consommer du gasoil espagnol. Dès qu’un camion en provenance du Maroc franchit les frontières espagnoles avec plus de 200 litres de gasoil dans le réservoir, il se voit infliger une amende qui peut atteindre 700 euros.

"Sur les 500 à 600 camions qui partent tous les jours en Espagne, 30 à 60 camions marocains sont contrôlés tous les jours et paient en moyenne entre 500 et 700 euros d’amende pour dépassement de la franchise carburant", nous confie Ahmed Issaoudi, président de l’Amtri zone sud.

Une arme concurrentielle réactivée par l'Espagne contre le Maroc

Cette franchise carburant n’est pas nouvelle. Elle a été décidée en 1992 par l’UE dans un règlement visant à réguler la concurrence entre transporteurs au sein de l’espace communautaire.

Directeur du Transport terrestre et de la logistique au sein du ministère du Transport, Noreddine Eddib nous explique que ce règlement ne visait pas seulement les pays tiers, mais aussi les différentes pays de l’UE. 

"Les pays au sein de l’Union européenne ont des tarifs de gasoil différents, certains appliquent des ristournes ou des tarifs préférentiels pour les transporteurs professionnels. Pour réguler la concurrence, l’UE a mis en place cette franchise, qui s'applique également aux pays hors UE. Mais elle n’a jamais été réellement appliquée aux Marocains, les Espagnols qui sont notre premier contact avec le marché européen fermaient généralement les yeux... Aujourd’hui, on a constaté qu’ils ont décidé de réactiver ce règlement, et ça impacte fortement la filière du transport", détaille-t-il.

Pourquoi maintenant? Nos sources ont plusieurs interprétations. Certaines parlent de représailles aux mesures prises par le Maroc pour stopper la contrebande en provenance de Sebta et Melilia, quand d'autres parlent du contexte de crise qui pousse les Espagnols à vouloir contrer la concurrence que font les Marocains à leur production locale, notamment agricole.

"L’Espagne est dans la légalité. Et nous n'avons rien à dire. Mais il y a des us et coutumes qui régissent nos rapports dans le TIR, et l'Espagne a décidé de les casser de manière unilatérale, déclenchant une véritable guerre commerciale et économique contre le Maroc", nous déclare M. Bernoussi.

L'expression "guerre économique" revient dans la bouche de tous nos interlocuteurs. Car au-delà du surcoût que cette mesure représente pour les transporteurs, les impacts de cette mesure sont nuisibles pour plusieurs pans de l’économie marocaine.

La compétitivité du produit marocain dans le viseur

"C’est clairement une guerre économique », estime ainsi Hassan Sentissi, président de l’Association marocaine des exportateurs, Asmex. "L’objectif est de freiner les exportations du pays, de grever la compétitivité du produit marocain. Notamment dans l’agriculture. Les Espagnols considèrent que le Maroc leur fait de l'ombre sur le marché européen. Et veulent nous freiner. Mais il ne faut pas qu’on se laisse faire", nous dit-il, tout en avouant ne pas comprendre la logique de nos voisins ibériques.

"L’Espagne est notre premier partenaire commercial. Aussi bien sur l'export que sur l’import. Les Espagnols sont en train de se tirer une balle dans le pied, car si on décide d’appliquer la réciprocité, ou de prendre des mesures de défense, ils seront les premiers à en pâtir. Je ne comprends pas leur logique. J'appelle donc les responsables espagnols à la raison. Car une guerre économique, ça commence toujours par des mesures non tarifaires, mais on ne sait pas comment ça peut finir", nous dit-il.

Son association qui représente les exportateurs du pays vient justement de saisir le gouvernement ce lundi matin. "Nous avons écrit au ministre du Transport et au ministre de l’Industrie et du Commerce, car la situation est extrêmement inquiétante. Il faut une intervention au plus haut niveau pour régler ce problème", nous confie M. Sentissi.

Les professionnels du TIR ont également saisi le gouvernement et font du lobbying au plus haut niveau de l’Etat pour une intervention urgente. Une première réunion a été tenue le 1er octobre avec les transporteurs à l'initiative du ministère du Transport. Réunion où étaient présents des représentants du ministère de l’Intérieur, des Finances, de l’Industrie… Et où la situation a été qualifiée "d’inacceptable", selon nos sources.

"C’est un dossier hautement diplomatique. Le ministère des Affaires étrangères est au courant et est régulièrement informé de l'évolution de la situation. C’est un dossier de géostratégie. Et il faut une action urgente au plus haut niveau de l’Etat auprès de l’UE pour régler le problème", nous dit M. Bernoussi.

Le directeur du Transport au niveau du ministère de Abdelkader Aamara ne dit pas autre chose: "Cette question représente un gros risque pour l'économie du pays. Mais nous ne pouvons rien faire à notre niveau, car c’est un dossier diplomatique. Nous sommes en train de prendre attache de manière officielle avec le ministère des Affaires étrangères pour enclencher une action au niveau des instances de l’UE. Car ce dossier n’est pas bilatéral, il ne concerne pas que l’Espagne, mais toute l’UE", nous dit-il.

Selon lui, cette action de l’Espagne a poussé également d’autres pays de l’UE à faire de même, la France notamment. "Je viens d'apprendre ce matin même qu’un transporteur marocain a été contrôlé aux frontières françaises. Et il a été doublement taxé car considéré comme récidiviste. D’autres pays de l’UE ne vont pas tarder à faire de même. Il faut que notre diplomatie agisse pour revoir les accords qui nous lient à l’UE, c’est la seule issue possible à ce dossier", souligne M. Eddib.

1,2 milliard de DH de manque à gagner pour les pétroliers marocains

Les risques de la réactivation de ce règlement "du siècle dernier", comme le qualifie Hassan Sentissi de l’Asmex, sont de plusieurs natures.

En activant cette franchise carburant, l’Espagne essentiellement (c’est la principale porte du Maroc vers le marché de l’UE) agit directement sur le coût du transport des exportateurs marocains vers les marchés européens et indirectement sur toute la chaîne économique.

C’est la compétitivité de toutes les exportations marocaines vers l’Europe qui est touchée.

"Le sujet ne concerne pas que l'agriculture, mais aussi les produits industriels, les équipements automobiles, le textile… Et tous les produits qu’exporte le Maroc vers l’UE", explique le président de l’association des transporteurs internationaux, M. Bernoussi.

Les pétroliers marocains y perdront beaucoup aussi. Selon les calculs de l'association des transporteurs internationaux, cette limite des 200 litres prive les pétroliers marocains de 1.300 litres par camion, le réservoir d’un ensemble routier étant de 1.500 litres.

L'estimation du manque à gagner en termes de chiffre d’affaires pour les pétroliers marocains est de 1,2 milliard de DH par année, selon M. Bernoussi. Chiffre qui correspond à peu près aux calculs faits par la direction du Transport du ministère, dont le directeur nous parle d’un manque à gagner de 148 millions d’euros, soit plus de 1,5 milliard de DH.

De l’argent qui sera injecté directement dans les caisses des pétroliers espagnols. "Sur la base du prix du gasoil espagnol, qui est de 1,1 euro le litre, ce sont 1,6 milliard de DH qui seront transférés aux pétroliers espagnols. Et en devises… ", estime M. Bernoussi, qui pense que les pétroliers doivent également agir pour protéger leurs intérêts.

La filière marocaine du TIR menacée de disparition

Autre effet: l’impact dévastateur sur le secteur du transport. Car cette franchise crée un biais dans la concurrence entre opérateurs marocains et espagnols.

"Les Espagnols font du gasoil au Maroc sans aucune restriction. Et le font aussi chez eux, avec des avantages que nous n’avons pas, car ils ont le droit de récupérer la TVA et la TIC. Ils ont aussi un tarif préférentiel pour le gasoil professionnel. Le coût de revient pour eux finalement est de 7 DH le litre contre 12 DH (1,1 euro) pour nous", explique M. Issaoudi, président de l’Amtri zone sud.

Ce biais de la concurrence est dû également, comme le souligne M. Bernoussi à l’absence de convention fiscale entre le Maroc et l’Espagne, contrairement aux conventions qui régissent les relations du Maroc avec la France. 

"Un transporteur marocain qui prend du gasoil en Espagne ne peut pas récupérer la TVA, ni la TIC, faute d'absence d’accord fiscal entre les deux pays. C’est une grande aberration qui nous pénalise lourdement face aux transporteurs espagnols", s’alarme-t-il

Le directeur du Transport du ministère va plus loin, estimant qu’avec cette franchise carburant, le Maroc perd tout avantage compétitif vis-à-vis des Espagnols. "Nous avions jusque-là un avantage en termes de coût de la main-d’œuvre. Cet avantage est aujourd’hui largement compensé par cette franchise imposée aux transporteurs, ainsi que par l'impossibilité de récupérer la TVA et la TIC. Je peux même vous dire qu’un transporteur espagnol est aujourd’hui plus compétitif qu’un marocain", nous dit-il.

Et cela risque selon lui de mettre à mal tout le secteur du TIR, voir entraîner une série de faillites dans la filière: "certains transporteurs risquent de faire faillite, car ils ne pourront pas tenir face à cette concurrence déloyale des Espagnols", s'alarme-t-il.

Le président de l’Amtri, M. Bernoussi, partage les mêmes inquiétudes de son département de tutelle. Et craint à terme un remake du scénario de la Comanav qui a signé la disparition du pavillon marocain dans le transport maritime.

"Les Espagnols sont plus compétitifs aujourd’hui que nous. Car l’effet de main-d’œuvre est compensé par les avantages qu’ils ont sur le prix du gasoil, le coût du crédit qui est moins cher que chez nous et la taxe qu’ils nous appliquent aujourd’hui. Si ça continue comme ça, ils vont finir par contrôler tout le TIR entre le Maroc et l’UE et faire disparaître les transporteurs marocains", explique-t-il.

La solution? "Elle est exclusivement diplomatique", nous dit M. Eddib. "Nous avons des accords avec l’UE. Il est temps de les revoir, qu'on rediscute les termes de notre partenariat. Et cela doit passer par les Affaires étrangères. Nous essayons à notre niveau de sensibiliser tous les acteurs, qui ne se sentaient pas concernés au départ par ce dossier, pour qu'ils aient conscience des risques sur l'économie, la compétitivité du produit marocain et l’avenir de la filière du TRI marocain", signale le directeur du Transport du ministère.

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