FMI : Bank Al Maghrib peut baisser davantage le taux directeur
Le FMI estime que le secteur bancaire marocain a bien résisté et qu'il est peu probable que le choc Covid puisse se transformer en une crise pour le secteur financier. Il pense par ailleurs que Bank Al Maghrib peut baisser davantage le taux directeur. Détails.
En marge de la publication du rapport dédié au Maroc dans le cadre des consultations de 2020 au titre de l’article IV des statuts du FMI, l'équipe des services du fonds affecté au Maroc, dirigée par Roberto Cardarelli, a tenu un point de presse ce mardi 5 janvier.
Plusieurs sujets y ont été abordés dont celui de la politique monétaire adoptée par le royaume et la situation du secteur financier marocain. Le FMI estime dans son rapport qu'il y a encore un certain espace pour réduire les taux directeurs.
Le taux directeur est actuellement à 1,5%. Son niveau le plus bas historiquement. Lors de son dernier conseil, Bank Al Maghrib a choisi de maintenir ce taux inchangé, après deux baisses opérées en 2020 (0,75 point au total) pour contrer la crise.
A ce sujet, Maximilien Queyranne, Senior Economist et membre de la mission du FMI pour le Maroc estime que " la banque centrale a en effet pris des mesures exceptionnelles de baisse du taux directeur. Notre sentiment est que cette politique accommodante était nécessaire et utile. On a échangé sur les perspectives de la politique monétaire avec Bank Al Maghrib et nous estimons qu'il reste des marges de manœuvre pour couper davantage le taux directeur si cela s'avère nécessaire".
"Ce que l'on peut observer c'est que l'écart de production est tout de même très important. Le taux d'inflation est faible et le restera à moyen terme selon les projections. En fonction de l'évolution de la situation économique, il pourrait être nécessaire de baisser à nouveau le taux directeur", poursuit Maximilien Queyranne.
Une bonne transmission de la décision de la baisse du taux directeur
Baisser le taux directeur, soit. Mais jusqu'à quel niveau ? Et qu'en est-il de la transmission de cette décision à l'économie réelle, question qui se posait par le passé ?
Ces questions ont été posées par Médias24 aux représentants du FMI. "Définir la limite inférieure en dessous de laquelle on ne peut plus baisser le taux directeur est un exercice difficile, notamment parce qu'il n'y a pas de précédent au Maroc", nous répond Maximilien Queyranne.
"Ce qu'on observe de manière générale, c'est que ce palier inférieur est bas, voire négatif dans certains pays avancés ; et dans d'autres pays émergents il est plutôt à des niveaux allant de 0,5% à 1%. Le Maroc a probablement moins de marge à la baisse du taux directeur que des pays avancés. Il y a des marges de manœuvre à la baisse qui ne sont sans doute pas très importantes à l'image de ce qu'on a pu voir dans les pays avancés", analyse notre interlocuteur.
En réponse aux remarques du FMI, consignées dans le rapport, les autorités marocaines ont souligné "qu'étant donné le faible niveau du taux directeur, les décisions relatives à de nouvelles réductions devraient également tenir compte de la nécessité de conserver l'espace nécessaire pour répondre aux futurs chocs négatifs" et que la banque centrale "continue de surveiller la transmission de la politique monétaire et il faut plus de temps pour évaluer pleinement son impact sur l'économie réelle.
Justement, au sujet de la transmission des décisions de la banque centrale à l'économie réelle qui est une difficulté que rencontre l'ensemble des pays, le représentant du FMI avance "que la manière dont les mesures ont été prises en 2020 ont permis une bonne transmission, notamment au niveau des crédits aux entreprises".
"Tous les systèmes de crédits garantis ont été définis en référence au taux directeur avec un spread au-dessus de ce taux. Ce qui a tiré les taux vers le bas et a permis une bonne transmission pour soutenir les entreprises. Dans les autres segments, la transmission est plus variable mais, globalement la transmission reste relativement bonne", poursuit notre interlocuteur qui concède que "plus on s'approche du taux plancher, plus la transmission a tendance à s'affaiblir."
Le secteur bancaire résilient
La résilience du secteur bancaire marocain a également été au cœur des discussions. A ce titre, le Senior Economist et membre de la mission du FMI pour le Maroc estime que "le secteur bancaire a montré une très bonne résilience. Il est entré dans ce choc avec des niveaux prudentiels confortables".
"La banque centrale a pris des mesures de soutien au secteur bancaire qui ont été très utiles, notamment en matière de liquidités. Le gouvernement a également mis en place des mesures pour soutenir le crédit. A la fois ces forces initiales et ces mesures prises ont permis au secteur bancaire de bien supporter ce choc majeur", explique-t-il.
"On peut noter aussi que les banques ont augmenté leur niveau de provisionnement et donc elles se préparent à l'impact de cette crise sur leur portefeuille de crédit et l'augmentation attendue des créances en souffrance. Donc, nous n'avons aucune raison de penser que ce choc majeur puisse se transformer en une crise pour le secteur financier ou bancaire", avance Maximilien Queyranne.
À découvrir
à lire aussi
Article : Automobile. Le Maroc premier exportateur africain et premier producteur de voitures particulières
Si l’Afrique du Sud reste le premier producteur automobile d’Afrique, le Maroc est devenu le premier exportateur automobile du continent et domine la production de voitures particulières. Au moment où Volkswagen cherche plus de visibilité en Afrique du Sud, le Royaume apparaît comme une alternative crédible. Sa force tient à sa proximité avec l’Europe, à sa logistique et à une chaîne industrielle déjà tournée vers l’export.
Article : Aéroport Mohammed V : l'ONDA engage une refonte architecturale à 300 MDH
L’appel d’offres porte sur les études et le suivi d’un chantier destiné à donner une même identité aux terminaux T1, T2 et domestique, tout en repensant les parcours passagers, les accès, les façades et l’expérience d’accueil.
Article : Désinformation : comment la machinerie hostile au Maroc a fabriqué “l’affaire Wassim”, jusqu'au sommet de l’État algérien
Comme lors de chaque grand rendez-vous sportif, les réseaux de propagande hostiles au Maroc redoublent d'activité. La dernière tentative en date, "l’affaire Wassim", a cherché à imputer à la communauté marocaine résidant aux États-Unis l'agression présumée d'un mineur algérien à Boston.
Article : Énergie verte : les futurs câbles Maroc-France et le gazoduc H2 prennent place dans les plans européens
Les projets énergétiques reliant le Maroc au continent européen se multiplient dans le Plan décennal de développement du réseau européen, version 2026. Portés par Xlinks, Fortescue ou encore Enagás, ils confirment le positionnement du Royaume comme futur fournisseur d'énergie verte de l'Europe.
Article : Une fusion-absorption de l'Université internationale privée Averroès par LCI Africa Holding en projet
Le Conseil de la concurrence a été saisi le 2 juillet de l’opération, qui rapprocherait l’établissement casablancais du groupe LCI Education, déjà présent au Maroc à travers HEM, Collège LaSalle International Maroc et Foncière L’AGORA pour l’Éducation.
Article : À Tétouan, les juges constitutionnels veulent rendre l’État de droit plus visible
Organisé avec la Commission de Venise, le colloque a réuni pendant deux jours des intervenants marocains et étrangers autour d’un enjeu central : l’indépendance des cours et leur capacité à dialoguer au-delà des frontières. Les travaux ont aussi été marqués par la présentation de la version révisée de la Liste des critères de l’État de droit.