Immobilier : L'état d'urgence paralyse un secteur déjà en crise

La quasi-totalité des chantiers est à l’arrêt. Sur l’infime partie toujours opérationnelle, l’enjeu est d’assurer la sécurité sanitaire de tous les intervenants. Arrêt net pour la commercialisation.

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Immobilier : L'état d'urgence paralyse un secteur déjà en crise

Le 15 avril 2020 à 17:04

Modifié le 15 avril 2020 à 17:41

Le confinement et la suspension d’une grande partie de l’activité économique n’épargnent pas le secteur immobilier, véritable vivier d’emplois au Maroc. D’après Youssef Iben Mansour, promoteur immobilier et ancien président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), joint par Médias24, 80% des 1,1 millions d’emplois que cumule le secteur du BTP concernent la production de logements.

Or à l’heure actuelle, la quasi-totalité de l’écosystème immobilier est à l’arrêt, aussi bien au niveau de la production que de la commercialisation. « La production de logements, y compris les logements sociaux, est suspendue. Au niveau de la demande, aucune transaction ne se fait car les corps de métiers chargés des transactions sont eux aussi à l’arrêt. Les opérations d’achat ou de vente de logements qui étaient en cours avant le confinement sont donc également suspendues », précise Youssef Ibn Mansour.

Ceci sans parler de l'absence ou du report des intentions d'achat compte tenu de la crise sanitaire et du confinement.

Quant aux prix de l’immobilier, difficile de prédire s’ils subiront une hausse ou une baisse après le confinement, estime ce promoteur. « Concernant les transactions réalisées avant le confinement, les prix restent évidemment les mêmes. En revanche, nous n'avons aucune visibilité sur l’évolution des prix après le confinement, au moment de la reprise des travaux ».

Des chantiers quasi-vides

Encore faut-il que les logements sortent de terre pour pouvoir les vendre. Actuellement, la quasi-totalité des chantiers est à l’arrêt ; seule une infime partie est encore opérationnelle, fait remarquer Youssef Ibn Mansour. « Quelques entreprises spécialisées dans le second œuvre, notamment l’électricité et la plomberie, continuent de travailler mais à un rythme très ralenti. Globalement, le nombre de chantiers encore en activité ne dépasse pas 1%, 2% tout au plus, sur la totalité des chantiers au Maroc », précise-t-il.

Les chantiers encore en cours sont ceux qui ont atteint la phase de finalisation des travaux et disposent encore d’une main d’œuvre, bien que largement réduite : une grande partie des ouvriers, originaires des régions rurales, a en effet déserté les centres urbains au lendemain de l’annonce du confinement, le 20 mars. « Du jour au lendemain, la main d’œuvre est partie et les chantiers se sont vidés », indique Youssef Ibn Mansour.

« Certains chantiers nécessitent un travail continu pour des raisons de sécurité », précise de son côté un autre promoteur contacté par Médias24. Ce dernier cite l’exemple des travaux de terrassement, c’est-à-dire l’opération qui consiste à préparer le terrain pour la future construction, en creusant et déplaçant la terre. C’est la première étape du chantier, juste avant les fondations. « La suspension d’un terrassement peut mettre en péril la stabilité du sol sur lequel on a creusé et causer des éboulements, d’où la nécessité de le terminer pour sécuriser le chantier et les sols riverains », explique ce promoteur.

Le défi de l’application des règles sanitaires sur les chantiers

Un argument que rejette un architecte joint par notre rédaction. « Sur le plan scientifique, cet argument ne tient pas, balaye-t-il. Nous savons sécuriser des habitats menaçant ruine mais nous ne serions pas capables de sécuriser un chantier ? Il est tout à fait possible de sécuriser un chantier, en l’occurrence des travaux de terrassement qui, d’ailleurs, même s’ils doivent être achevés, ne demandent pas plus de deux jours. »

L’enjeu est en réalité plus sanitaire que sécuritaire, estime cet architecte, qui précise que l’arrêt des chantiers est loin de faire l’unanimité au sein de la profession. « En temps normal, on a déjà beaucoup de mal à faire respecter les conditions de sécurité sur les chantiers, notamment le port du casque, des gants et des chaussures de chantier. Or en cette période de crise, nous avons un dispositif sanitaire drastique qu’il nous est encore plus difficile de faire appliquer », nous dit-il.

Dans un communiqué consulté par Médias24, le Conseil régional de l’Ordre des architectes de Casablanca a énoncé, à l’issue d’une visioconférence, le 28 mars, avec la ministre de l’Habitat, douze mesures que les entreprises en charge des travaux doivent prendre pour le maintien et l’activité du bâtiment. Parmi ces dispositions, le port de masques respiratoires et de gants, l’interdiction de tout groupement de travail de plus de trois personnes et la priorisation de la mécanisation des tâches. Il est également demandé d’équiper les points d’eau en gel désinfectant et en serviettes de papier jetables, et d’habiliter un personnel médical ou paramédical pour la détection quotidienne de symptômes suspects chez les salariés, avec les moyens d’évacuation vers les centres médicaux de référence. Le communiqué précise enfin que « toutes les tâches qui ne permettent pas le respect de ces règles de sécurité ou qui ne peuvent être effectuées (...) devront être reportées ».

Le Conseil national de l’ordre des architectes a lui aussi publié un communiqué, le 30 mars, à l’issue de cette même visioconférence avec le ministère, dans lequel il impute aux maîtres d’ouvrages publics et privés qui souhaitent poursuivre les travaux sur leurs chantiers, la responsabilité d’assurer les dispositifs sanitaires adéquats pour la protection de tous les intervenants.

Enfin, le Conseil national a également annoncé son intention de mettre en place, en collaboration avec les ministères de la Santé et du Travail, un guide spécial pour les mesures d’hygiène et de salubrité dans les chantiers, relatif au Covid-19, et d’assurer une campagne de sensibilisation de ces mesures.

Immobilier : L'état d'urgence paralyse un secteur déjà en crise

Le 15 avril 2020 à17:17

Modifié le 15 avril 2020 à 17:41

La quasi-totalité des chantiers est à l’arrêt. Sur l’infime partie toujours opérationnelle, l’enjeu est d’assurer la sécurité sanitaire de tous les intervenants. Arrêt net pour la commercialisation.

Le confinement et la suspension d’une grande partie de l’activité économique n’épargnent pas le secteur immobilier, véritable vivier d’emplois au Maroc. D’après Youssef Iben Mansour, promoteur immobilier et ancien président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), joint par Médias24, 80% des 1,1 millions d’emplois que cumule le secteur du BTP concernent la production de logements.

Or à l’heure actuelle, la quasi-totalité de l’écosystème immobilier est à l’arrêt, aussi bien au niveau de la production que de la commercialisation. « La production de logements, y compris les logements sociaux, est suspendue. Au niveau de la demande, aucune transaction ne se fait car les corps de métiers chargés des transactions sont eux aussi à l’arrêt. Les opérations d’achat ou de vente de logements qui étaient en cours avant le confinement sont donc également suspendues », précise Youssef Ibn Mansour.

Ceci sans parler de l'absence ou du report des intentions d'achat compte tenu de la crise sanitaire et du confinement.

Quant aux prix de l’immobilier, difficile de prédire s’ils subiront une hausse ou une baisse après le confinement, estime ce promoteur. « Concernant les transactions réalisées avant le confinement, les prix restent évidemment les mêmes. En revanche, nous n'avons aucune visibilité sur l’évolution des prix après le confinement, au moment de la reprise des travaux ».

Des chantiers quasi-vides

Encore faut-il que les logements sortent de terre pour pouvoir les vendre. Actuellement, la quasi-totalité des chantiers est à l’arrêt ; seule une infime partie est encore opérationnelle, fait remarquer Youssef Ibn Mansour. « Quelques entreprises spécialisées dans le second œuvre, notamment l’électricité et la plomberie, continuent de travailler mais à un rythme très ralenti. Globalement, le nombre de chantiers encore en activité ne dépasse pas 1%, 2% tout au plus, sur la totalité des chantiers au Maroc », précise-t-il.

Les chantiers encore en cours sont ceux qui ont atteint la phase de finalisation des travaux et disposent encore d’une main d’œuvre, bien que largement réduite : une grande partie des ouvriers, originaires des régions rurales, a en effet déserté les centres urbains au lendemain de l’annonce du confinement, le 20 mars. « Du jour au lendemain, la main d’œuvre est partie et les chantiers se sont vidés », indique Youssef Ibn Mansour.

« Certains chantiers nécessitent un travail continu pour des raisons de sécurité », précise de son côté un autre promoteur contacté par Médias24. Ce dernier cite l’exemple des travaux de terrassement, c’est-à-dire l’opération qui consiste à préparer le terrain pour la future construction, en creusant et déplaçant la terre. C’est la première étape du chantier, juste avant les fondations. « La suspension d’un terrassement peut mettre en péril la stabilité du sol sur lequel on a creusé et causer des éboulements, d’où la nécessité de le terminer pour sécuriser le chantier et les sols riverains », explique ce promoteur.

Le défi de l’application des règles sanitaires sur les chantiers

Un argument que rejette un architecte joint par notre rédaction. « Sur le plan scientifique, cet argument ne tient pas, balaye-t-il. Nous savons sécuriser des habitats menaçant ruine mais nous ne serions pas capables de sécuriser un chantier ? Il est tout à fait possible de sécuriser un chantier, en l’occurrence des travaux de terrassement qui, d’ailleurs, même s’ils doivent être achevés, ne demandent pas plus de deux jours. »

L’enjeu est en réalité plus sanitaire que sécuritaire, estime cet architecte, qui précise que l’arrêt des chantiers est loin de faire l’unanimité au sein de la profession. « En temps normal, on a déjà beaucoup de mal à faire respecter les conditions de sécurité sur les chantiers, notamment le port du casque, des gants et des chaussures de chantier. Or en cette période de crise, nous avons un dispositif sanitaire drastique qu’il nous est encore plus difficile de faire appliquer », nous dit-il.

Dans un communiqué consulté par Médias24, le Conseil régional de l’Ordre des architectes de Casablanca a énoncé, à l’issue d’une visioconférence, le 28 mars, avec la ministre de l’Habitat, douze mesures que les entreprises en charge des travaux doivent prendre pour le maintien et l’activité du bâtiment. Parmi ces dispositions, le port de masques respiratoires et de gants, l’interdiction de tout groupement de travail de plus de trois personnes et la priorisation de la mécanisation des tâches. Il est également demandé d’équiper les points d’eau en gel désinfectant et en serviettes de papier jetables, et d’habiliter un personnel médical ou paramédical pour la détection quotidienne de symptômes suspects chez les salariés, avec les moyens d’évacuation vers les centres médicaux de référence. Le communiqué précise enfin que « toutes les tâches qui ne permettent pas le respect de ces règles de sécurité ou qui ne peuvent être effectuées (...) devront être reportées ».

Le Conseil national de l’ordre des architectes a lui aussi publié un communiqué, le 30 mars, à l’issue de cette même visioconférence avec le ministère, dans lequel il impute aux maîtres d’ouvrages publics et privés qui souhaitent poursuivre les travaux sur leurs chantiers, la responsabilité d’assurer les dispositifs sanitaires adéquats pour la protection de tous les intervenants.

Enfin, le Conseil national a également annoncé son intention de mettre en place, en collaboration avec les ministères de la Santé et du Travail, un guide spécial pour les mesures d’hygiène et de salubrité dans les chantiers, relatif au Covid-19, et d’assurer une campagne de sensibilisation de ces mesures.

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